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La série "Sex and the city" fête ses quinze ans de diffusion.
Quand la fiction devient réalité

Héritage : ce que Sex and the City a changé dans l’idée que les femmes se font de leur condition

Publié le 09 juin 2013
La série culte "Sex and the City" fête ses 15 ans de diffusion : entre image de femmes libérées et rôles fictionnels, quel impact la vie des quatre New-yorkaises a-t-elle eu sur la vie des femmes dans nos sociétés ?
Elodie Mielczareck est spécialiste de l'analyse des signes et codes de la communication publicitaire et politique.Elle travaille au sein d'agences d'identité visuelle et d'instituts qualitatifs. Elle enseigne en BTS Communication Visuelle et anime un...
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La série culte "Sex and the City" fête ses 15 ans de diffusion : entre image de femmes libérées et rôles fictionnels, quel impact la vie des quatre New-yorkaises a-t-elle eu sur la vie des femmes dans nos sociétés ?

Atlantico : La série culte "Sex and the City" fête les 15 ans de la diffusion du premier épisode (voir ici).  Les quatre héroïnes : Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha, représentent quatre femmes indépendantes et libérées. Ces icônes virtuelles ont-elles eu un impact sur les femmes et leur condition ou en tout cas sur l'image qu'elles s'en font ? Qu'ont-elles changé ?

Elodie Mielczareck : La série Sex&theCity a marqué un tournant majeur dans l’univers de la série télévisée. Pour la première fois, on y parlait d’un phénomène sociologique touchant les trentenaires voire plus : le célibat. Le point de vue est féminin, il permet d’appréhender toutes les questions liées à la condition féminine dans une société moderne occidentale : "Jusqu’où suis-je libre de mon esprit et de mon corps ou entravée par les codes hérités de mon éducation ?", "Est-ce que je peux encore construire une relation sur un schéma classique (mariage, enfant, etc.) et en être heureuse ?", etc.

Sex&theCity s’inscrit dans la filiation d’un certain féminisme, celui hérité des années 1968 où la femme se reconnaît comme un être autonome et non plus aliéné. Une libération de la condition féminine qui est avant tout sexuelle. Un message qui a d’ailleurs eu des retentissements dans la vie réelle : les ventes du fameux "rabbit" ont explosé ! C’est là un phénomène réel et objectivable par les chiffres. Plus besoin de parler de "masseur pour le cou", il est devenu tendance pour chaque femme d’accéder au plaisir de la masturbation.

 

Comment expliquer le succès si important de cette série ?

Revenons d’abord sur le statut de la série télévisée. Comme le dit Thibault de Saint Meurice dans son ouvrage Philosophie en séries, celles-ci "sont un formidable miroir de la vie et constituent un grand réservoir d’expériences et de situations exemplaires auxquelles tout le monde peut faire référence (...) la plupart de ces fictions portent en elles de véritables interrogations."

En effet, le pouvoir d’identification est assez fort car, contrairement au cinéma, il y a une épaisseur temporelle : vous prenez le temps de découvrir le personnage et son histoire. Les motifs narratifs se calquent davantage sur la temporalité de notre vie quotidienne. Le rendez-vous hebdomadaire favorise l’attachement. Vous "grandissez" en même temps que la série. Il suffit de regarder toutes les générations "Club Dorothée" ou "Chantal Goya" pour s’en rendre compte. C’est la récurrence temporelle qui permet l’ancrage.

Par ailleurs, les personnages ne sont pas choisis au hasard. Chacun remplit une fonction bien particulière. Dans le cas de Sex&theCity, chacune de nos héroïnes remplit un rôle bien particulier :

  • Charlotte York, la "coincée" représente le respect des conventions sociales et de la tradition, c’est l’agent critique, celle qui intériorise les interdits.
  • Carrie Bradshaw, l’ "intéressée", personnage centrée sur la réalisation de son bonheur personnel. Elle apprend à gérer les exigences opposées et contradictoires (être indépendante ET en couple).
  • Samantha Jones, la "croqueuse d’hommes" représente quant à elle le pôle pulsionnel, elle représente la libido à l’état brut, celle qui échappe à notre volonté.
  • Miranda Hobbes, la "working girl" est davantage dans l’être que dans le paraître, moins accrochée aux codes traditionnels et sociaux, elle vise la réalisation du moi à travers son travail.

Finalement, on retrouve les structures psychiques élémentaires tels que les a décrit Freud : le "ça", le "moi", le "surmoi" et le "soi". Nos quatre héroïnes forment donc un système structuré dans lequel vous ne pouvez que vous reconnaître. On peut le schématiser de la façon suivante :

(Cliquez pour agrandir)

 

La série est-elle féministe ou bien stéréotypée ?

Bien sûr la série a eu le mérite de placer l’autonomie sociale des femmes au cœur du sujet. En revanche, il est assez désagréable voire navrant de constater que non seulement les femmes ne réalisent leur autonomie qu’à travers leurs corps - même Miranda, la working girl chevronnée, n’est réellement accomplie que lorsqu’elle devient mère. Elles n’existent finalement qu’à travers leur sexualité et donc le regard que les hommes posent sur elles. Nos héroïnes ne sont pas libérées mais aliénées par la perfection : avoir le plus bel intérieur (Charlotte), avoir la plus garde-robe (Carrie), avoir le corps le plus jeune possible (Samantha), avoir la mission professionnelle la plus importante (Miranda). Nos héroïnes sont enfermées dans une fuite en avant de la perfection, de l’ "avoir-toujours-plus" et du paraître, et non pas de l’être... C’est le culte de la performance qui est mis en scène. Une performance dépendante de la sanction masculine.

Et finalement, en creusant un peu, on retombe sur des clichés à la vie dur : l’opportuniste intéressée (Carrie adore les cadeaux), la putain qui se tape tout ce qui bouge, la coincée et celle qui bosse tellement qu’elle en oublie les hommes. Tout dans cette série nous montre l’incapacité actuelle des femmes à s’adapter à leur nouvelle autonomie et l’incapacité des hommes à sortir du paradigme maman-putain, entre idéalisme et menace. 

 

Aujourd'hui, même des séries très terre à terre et second degré comme Girls se revendiquent de l'héritage de "Sex and the City". La série culte fait-elle figure de précurseur dans le domaine, de référence pour les séries du même genre à venir ? Que reprennent-elles de ses codes, comment les adaptent-elles ?

Suite à Sex&TheCity, d’autres séries ont fleuri : Desperate Housewives ou encore Footballers Wives. On retrouve les mêmes codes sociaux : on vit dans un univers luxueux qui laisse place à des questions plus "futiles" : comment plaire ? comment trouver ou garder son compagnon ? etc. Mais au final ces questionnements sont loin d’être futiles puisqu’ils déterminent nos choix de vie. En outre, il est intéressant de constater que toutes les femmes de toutes ces séries sont toujours en situation d’attente. Au delà d’une image de libération sexuelle et d’une autonomie sociale, on retrouve toujours le mythe de la Belle au bois dormant. La femme attend le prince charmant qui va venir la réveiller, ou encore la réveiller à elle-même. Sans doute ce mythe va être déconstruit dans les quelques années à venir ou peut-être ne le sera-t-il jamais. Notons qu’à ce titre, Blanche Neige et le chasseur est très symptomatique de cette volonté de changer de paradigme.

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Commentaires (3)
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curnonsteen
- 09/06/2013 - 21:34
c'est du rien du tout
Arrêtez de divaguer : dans les années 60/70, des "auteurs " américains se sont taillés un succès éphémère en poussant le stylo sur le thème de l'amour à plusieurs : fariboles écrites pour des adultes en herbe (je me cache dans un placard pour faire la bête à deux dos avec la femme d'un de mes amis qui fait la même chose avec la mienne : ah! quel frisson !). Ceci s'appellait jouer au docteur, il y a quelques décennies...
Ganesha
- 09/06/2013 - 18:09
Canard Jaune
Il s'agit effectivement d'une série importante dans l'évolution de notre perception du monde et de notre société. Bel article.
Une précision : il ne s'agit pas du tout d'un "rabbit" (lapin), mais d'un petit canard jaune en plastique, qui ressemble au jouet que l'on met dans le bain des jeunes enfants, mais qui contient un vibrateur...
Il y a un des quatre personnages, Charlotte, qui est une "femme au foyer classique" et finalement, c'est elle la "gagnante", et il faut bien admettre que les deux qui restent "sans enfant" apparaissent comme des "ratées"...
L'explosion du chômage fait, malheureusement, désormais, de cette oeuvre, un témoignage historique sur un rêve qui a duré quelques décennies...mais qui aura bientôt complètement disparu !
drzwi
- 09/06/2013 - 10:01
.
Série commerciale, on y vend au peuple du rêve : des jolies femmes, qui ont du travail, de l'argent, du succès.