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L’Occident semble en train de perdre le contrôle de sa propre création, la mondialisation.
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Frankenstein : l’Occident inventeur de la mondialisation est-il en train d’en perdre le contrôle ?
Publié le 17 mars 2013
Si les pays émergents menacent l'hégémonie de l'Occident dans le processus de mondialisation, les Etats-Unis et l'Europe profitent du développement de nouveaux marchés et devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu dans un monde multipolaire.
Sylvie Matelly est directrice de recherche à l’IRIS, en charge de l’économie internationale et de l’économie de la défense. Elle travaille notamment sur la mondialisation et les relations économiques stratégiques. Michel Fouquin est conseiller au Centre...
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Si les pays émergents menacent l'hégémonie de l'Occident dans le processus de mondialisation, les Etats-Unis et l'Europe profitent du développement de nouveaux marchés et devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu dans un monde multipolaire.

Atlantico : Les entreprises comme McDonald's et Coca-Cola sont présentes dans la quasi-totalité des pays du globe et laissent supposer que l'Occident est encore au coeur de la mondialisation. Mais l’inventeur de la mondialisation n’est-il pas en train d’en perdre le contrôle et avec, sa place de leader ? Comment cela se traduit-il concrètement ? 

Sylvie Matelly : Je crois que nous sommes encore loin d'une marginalisation de l'Occident qui pendant quelques années va encore être au coeur de la mondialisation pour une raison simple : la demande et la consommation sont encore très majoritairement située dans les pays du Nord. On voit bien d'ailleurs depuis la crise de 2008 combien stimuler la consommation est un vrai challenge pour les pays émergents ou en développement. Regardez les dernières mesures qui viennent d'être annoncées par le gouvernement chinois. Aujourd'hui, les pays émergents ne marchent que sur une jambe : l'exportation. Ils ont vraiment besoin de devenir moins dépendants de cela mais ce n'est pas facile. Prenez la Chine par exemple : stimuler la consommation veut aussi dire augmenter les salaires. Dans un pays dont l'avantage comparatif et le succès à l'exportation reposent sur une main-d'oeuvre bon marché, cela suppose un changement de modèle assez radical !

Il est clair par contre que les Occidentaux ont un moindre contrôle que par le passé puisque de nouveaux acteurs entrent en jeu. Ils sont devenus encore plus dépendants de leur approvisionnement mais aussi des capitaux des exportateurs de pétrole ou de produits manufacturés (on le voit aujourd'hui avec le Qatar ou la Chine).

Deux remarques toutefois : les interdépendances, donc la relative perte d'indépendance, est le propre même de la mondialisation - les Occidentaux l'ont voulue parce qu'ils y ont beaucoup gagné au change. Les grandes entreprises innovantes, les investisseurs et les institutions financières ont tiré parti de la mondialisation. Ils n'ont d'ailleurs jamais eu un tel poids dans l'économie mondiale de par leur chiffre d'affaire ou leur capitalisation boursière. Deux chiffres pour illustrer cela : en 1986, la plus forte capitalisation boursière était IBM et elle s'élevait à environ 90 milliards de dollars. Aujourd'hui, Apple a réussi à lever plus de 600 milliards de dollars sur les marchés financiers !

D'autres tels les salariés peu qualifiés ou les chômeurs sont exclus de cette dynamique et ont vu leur niveau de vie stagner, voire se réduire en période de crise. L'augmentation de la consommation dans les pays émergents pourrait réduire la pression qui s'exerce aujourd'hui sur les salariés les moins qualifiés dans nos pays en créant de nouvelles opportunités et de nouveaux marchés mais paradoxalement, elle accroîtra encore la perte de contrôle des Occidentaux face à des pays émergents qui deviendront moins dépendants des marchés du Nord ! Un nouvel équilibre est donc probablement à trouver. 

Christian Déséglise : Le monde est en phase de transformation rapide. 80% de la croissance mondiale provient des pays émergents alors qu’il y a une dizaine d’années, leur contribution était marginale. La Chine est devenue le premier marché automobile en 2012. Elle absorbe plus du quart des smartphones vendus sur la planète. L’Inde compte près d’un milliard d’abonnés au téléphone mobile. Le Brésil est devenu le troisième marché de produits de beauté au monde. Le déplacement de l’économie mondiale vers les pays émergents est non seulement irréversible mais il s’est accéléré à la faveur des crises européenne, américaine et japonaise. Les entreprises qui ont su se positionner vers la demande émergente en ont tiré les fruits. Caterpillar a bénéficié à plein du boom des infrastructures et de l’exploitation des matières premières. General Motors vend aujourd’hui plus de voitures en Chine qu’aux Etats Unis, Fiat plus de voitures au Brésil qu’en Italie. De nombreuses entreprises françaises comme Danone ou LVMH ont aussi surfé avec succès sur la vague émergente. L’Oréal met aujourd’hui les bouchées doubles pour augmenter sa présence auprès des consommateurs émergents.

Mais la partie n’est pas gagnée d’avance pour les Occidentaux. De nombreuses entreprises émergentes sont en train de devenir des leaders globaux. Dans les transports (TGV chinois de CSR et coréens de Hyundai), l’aéronautique (les avions du brésilien Embraer), l’électronique (Huawei, Samsung, Lenovo), les matières premières (Vale), l’agroalimentaire (JBS et Brasil Foods), les services (Infosys), les cosmétiques (Natura), les compagnies aériennes (Qatar Airways, etc.) ou encore l’automobile (Tata), des concurrents redoutables sont en train d’apparaître.

Par ailleurs, les goûts et les modes, jusqu'à récemment largement dictés par l’Europe et les Etats-Unis sont de plus en plus influencés par le pays émergents. L’extraordinaire succès de la vidéo coréenne de Gangman Style montre à quelle vitesse ce type d’influence peut se propager. Les opportunités offertes par la phénoménale croissance du monde émergent sont réelles mais la compétition sera féroce, forçant les compagnies occidentales à être toujours à la pointe de l’innovation et de la qualité.

Michel Fouquin : Depuis le milieu des années 1990 on assiste à la montée en puissance de nombreux  pays émergents (20 à 30 pays dont les géants démographiques Chine, Inde, Indonésie, Brésil, etc.…) qui sortent du piège de la pauvreté. Ce qui est à la fois une très bonne nouvelle, car elle démontre que le système économique actuel permet cette émergence, mais c’est aussi un avertissement aux pays dominants qui doivent par force faire de la place à ces nouveaux venus.

De là à dire que les pays émergents mettent en cause la domination globale de l’Occident c’est encore prématuré mais possible à l’horizon d’une ou deux générations. Le défi principal est celui de la Chine qui a eu depuis trente années un parcours totalement hors normes, sans précédent, de prés ou de loin, dans l’histoire économique mondiale. Mais la Chine si elle est, avec plus de 11% du commerce mondial, la première source d’exportations mondiales, celles-ci sont encore le fait à plus de 50% d’entreprises occidentales. Si la Chine commence à exporter des capitaux, néanmoins le ratio investissements étrangers en Chine sur investissement chinois vers l’étranger reste encore de un à dix.

Dans certains secteurs particuliers, celui du pétrole notamment, la domination des pays émergents –faut-il d’ailleurs classer les pays exportateurs de pétrole du Sud parmi les pays émergents ?- est ancienne, et la formation des prix qui était avant 1973 aux mains des grandes compagnies occidentales et notamment américaines, appartient depuis en partie au cartel des pays de l’Opep. Cela dit le prix du pétrole est-il un prix anti-occidental ou celui-ci reflète-t-il la réalité de l’épuisement progressif des ressources pétrolières? Par ailleurs l’influence politique de l’Occident reste forte dans les pays du Golfe, ni l’Iran ni le Venezuela ne sont en mesure de dicter leur loi.

On pourrait multiplier les exemples illustrant l’inexorable montée en puissance des pays du Sud. Cependant il faut aussi noter que les grandes entreprises multinationales occidentales sont aussi celles qui en sont le plus conscientes et aussi les premières à en tirer profit. General Motors a su se sortir de sa faillite grâce d’abord à l’aide du gouvernement américain et ensuite à sa présence massive sur le marché chinois ou les entreprises allemandes font leur plus gros bénéfices. En revanche on peut craindre qu’au niveau en dessous celui des PME cela ne soit plus en plus difficile de faire face à cette nouvelle concurrence.

 

La Chine pourrait devenir le premier importateur de pétrole d'ici à 2015, détrônant ainsi les Etats-Unis qui occupaient historiquement la place. De même, dans une étude intitulée "The Price of Oil – Will it Start Rising Again ?", l'OCDE a remarqué que dans des pays comme l'Inde et la Chine, la demande de pétrole a augmenté de pair avec le revenu au cours des 20 dernières années et que le prix du pétrole pourrait atteindre ainsi les 190$ pour le Brent d'ici à 2020. Comment les pays émergents sont en train de s'imposer et de prendre une place de plus en plus importante dans la mondialisation ? Comment peuvent-ils bouleverser les équilibres établis ?

Sylvie Matelly : C'est assez logique que la dépendance au pétrole augment au fur et à mesure du développement économique ! Si un pays se développe, c'est qu'il produit. Or toute production et a fortiori une production industrielle nécessite de l'énergie. Plus que le signe d'une montée en puissance, la demande croissante en pétrole de l'Inde ou de la Chine est un vrai défi pour ces pays. Elle signe en effet une augmentation de leurs besoins donc de leur dépendance et l'augmentation du prix du baril accroît leurs coûts de production, dans un contexte où il faut aussi qu'ils parviennent à stimuler la consommation interne, l'équation n'est pas simple à résoudre ! Elle l'est d'autant moins qu'ils ont souvent un mix énergétique, c'est-à-dire une variété de sources d'approvisionnement énergétique moindre que les pays développés : en général, ils peuvent produire de l'énergie avec du charbon et du pétrole, au mieux du gaz, ils ont encore assez peu de nucléaire et très peu d'énergie renouvelable, quant aux économies d'énergie... Ils essaient de diversifier mais là encore, ils se heurtent à leur retard technologique et sont souvent obligés de faire appel à des entreprises occidentales pour leur construire des centrales. 

Alors évidemment et comme tout un chacun, ils tentent de sécuriser leurs approvisionnements et de ce point de vue, adoptent une politique étrangère offensive, on les voit se positionner en Afrique par exemple. Et bien sûr cela peut bouleverser les équilibres. Concrètement, sur place, les entreprises occidentales jusque-là habituées à jouer entre elles se retrouvent aujourd'hui en concurrence avec des entreprises émergentes. D'autre part, on voit bien dans les instances internationales que la prise en compte des intérêts des pays émergents compliquent aussi la donne. Avant, quand les Européens et les Américains parvenaient à un accord, l'affaire était conclue. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué et cela a tendance à bloquer le processus.

Christian Déséglise : Décembre 2002 a marqué un tournant dans le domaine énergétique avec le passage de la Chine au premier rang des importateurs de pétrole. Si les Etats-Unis devraient récupérer leur première place dans les mois qui viennent, cette position de leader sera de courte durée et la Chine s’installera confortablement en première position dès l’année prochaine. Ce changement est lié en partie à l’exploitation du pétrole de schiste au Etats Unis, qui réduit ses besoins de produits importés, mais surtout à la soif de pétrole de la Chine, une soif qui n’est pas près de s’assécher. Le parc automobile chinois, encore très faible comparé à celui des pays développés, va continuer de croître très rapidement. Dans l’ensemble du monde émergent, ce sont de l’ordre de 100 millions de nouveaux consommateurs qui viennent grossir les rangs de la classe moyenne tous les ans, et la plupart ont les moyens d’acquérir leur premier véhicule. C’est toute la géopolitique du pétrole qui est affectée par ces évolutions. Les gazoducs et pipelines russes, historiquement tournés vers l’Europe, se construisent maintenant vers la Chine. Les routes commerciales de l’énergie deviennent sud-sud et les flux d’investissement et les zones d’influence changent en conséquence : une nouvelle route de la soie se met en place entre l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Pour protéger ces nouvelles routes commerciales qui ne passent plus par l’Europe ou par les Etats-Unis, il est fort probable que les forces navales des pays émergents devront aussi se renforcer.

Michel Fouquin : Tout le monde le sait, les responsables Chinois et Indiens entre autres, que même si leurs peuples en rêvent ils ne pourront jamais accéder à l’"American Way of Life", que ce soit en termes de consommation énergétique ou en termes de pollution atmosphérique. Pourtant rien n’est fait non plus pour les en dissuader. De ce fait les trajectoires de la consommation mondiale continueront de suivre une tendance insoutenable. La mise en exploitation à grande échelle des gaz et des pétroles de schistes aux Etats-Unis permettra à ceux-ci d’échapper à la dépendance énergétique, mais ne modifiera pas, bien au contraire, le mode de vie américain.  La Chine est en train de devenir le premier marché mondial de voitures de luxe. Deux exemples de ce refus de prise de conscience des enjeux de long terme. Quand et où cela explosera-t-il, nul ne le sait pas, mais on est sur cependant du résultat final de l’explosion du système.

La conséquence de la montée en puissance des pays émergents a été la montée des prix des matières premières qui est à long terme inéluctable. Cela a eu des effets positifs pour certains pays pauvres d’Afrique et d’Amérique latine, riches en matières premières, mais cela a aussi encore aggravé la situation de ceux qui ne possèdent pas de matières premières valorisables.

Dans ce domaine, les grandes compagnies minières occidentales mènent encore le jeu et les tentatives chinoises de prise de contrôle des grandes compagnies australiennes, par exemple ont échoué et les gouvernements occidentaux semblent veiller au grain.


Alors que la Chine est entrée à l'OMC en 2001, la Russie est désormais elle aussi membres depuis août 2012. Les Occidentaux vont-ils devoir tôt ou tard céder leur place à la tête des grandes instances économiques internationales comme le Fond monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale ? Quelles conséquences ?

Sylvie Matelly : Il est clair que cela devra changer, c'est dans l'intérêt de tous car les grandes organisations internationales doivent se réformer et évoluer pour prendre en compte la réalité de ce qu'est la mondialisation aujourd'hui. Toutefois, les pouvoirs sont répartis de telles manière (les Etats-Unis et les pays européens disposent encore aujourd'hui de plus de la moitié des droits de vote!) que dans l'état actuel des choses, rien ne changera. A chaque élection au FMI et à la Banque Mondiale, il y a cette polémique et rien ne bouge. Cependant, pour que cela change il faut réformer, donner plus de poids aux pays émergents puisqu'ils ont plus de poids dans l'économie mondiale mais cela dépend de la décision de ce qui ont le pouvoir au sein de ces organisations... C'est un véritable casse-tête. Il est à craindre que de telles réformes ne soient pas possibles à court ou à moyen terme.

La conséquence en est double : d'une part, les choses avanceront à chaque urgence comme ce fut le cas en 2008 mais c'est en général trop tard et on ne fait qu'éviter le pire sans régler d'aucune manière le problème; d'autre part, face aux difficultés du dialogue multilatéral, soit les pays s'isoleront et mèneront des politiques internes pouvant être préjudiciables aux autres, soit ils négocieront deux à deux en fonction de leurs intérêts respectifs et quant ils y ont intérêt. Dans ce cas, il y aura aussi des perdants, n'est-ce pas aussi l'une des raisons de la crise en Europe? 

Christian Déséglise : La crise de 2008 a révélé l’insuffisance du G7 comme organe de gouvernance de l’économie mondiale et a suscité l’émergence du G20. Dans le même temps, la force financière des pays émergents a été  mise en pleine lumière. Avec plus de 8 mille milliards de dollars de réserves, les pays émergents sont devenus les bailleurs de fonds d’un FMI qui vient maintenant au secours de l’Europe. Les riches fonds souverains émergents ont recapitalisé les banques occidentales affaiblies par les subprimes et la crise du crédit. En contrepartie de ce nouveau muscle financier, quelques modifications ont été faites au FMI pour donner une meilleure représentation aux pays émergents. Mais ces reformes sont encore bien timides. Le Brésil a toujours moins de poids au FMI que la Belgique et la Chine fait toujours à peine égal avec le Benelux. De même, le processus de sélection des dirigeants de ces institutions multilatérales devrait être fondé sur le mérite et non sur la nationalité. Mon collègue et ami Jose Antonio Ocampo aurait fait un excellent président de la Banque mondiale. Je suis convaincu que les pays occidentaux n’auraient rien eu à craindre de sa gestion, qui aurait été entièrement tournée vers la réalisation de la mission de la Banque et la poursuite de ses objectifs de développement. 

Michel Fouquin : Les pays émergents ont du mal à présenter une ligne politique commune et ont très souvent des intérêts divergents. Ils ont du mal à s’accorder sur les candidats aux postes de responsabilité dans les organisations internationales laissant la place aux Occidentaux passés maître dans l’art des concessions réciproques pour se maintenir en place.

Cela dit l’ONU a très souvent été dirigée par un représentant du Tiers monde et une rotation du poste de secrétaire général entre pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Proche Orient semble bien fonctionner. Il est vrai aussi que le pouvoir réel est entre les mains des cinq membres permanents du conseil de sécurité, issus de la seconde guerre mondiale, qui n’est plus du tout représentatif de la réalité mondiale (absence du Japon, de l’Inde et du Brésil par exemple).

Le FMI est dirigé par un(e) européen(ne), mais on sait aussi que ce sont les États-Unis qui ont une voix prépondérante en matière monétaire internationale. Et cela ne risque pas de changer quelle que la nationalité du Secrétaire Général du FMI tant que le Dollar reste la seule vraie monnaie internationale. L’Euro étant un lointain second dont l’usage est encore restreint aux échanges intra européens.

L’OMC va passer aux mains des pays du Sud c’est déjà arrivé dans le passé et Pascal Lamy n’avait pu être élu que grâce à un accord US Europe et aux divergences entre pays du Sud.

Jorge Mario Bergoglio, le Pape François est le premier Pape sud-américain de l'Histoire. Qu'est-ce que cela dit notre époque ?


Alexandre del Valle : Cela révèle simplement que l’Eglise est universelle et qu’elle n’a jamais cessé de l’être. L’Eglise catholique a de plus en plus une dimension non-européenne, asiatique, africaine, latino-américaine. L’Eglise est obligée de s’adapter parce que les ouailles sont de moins en moins ferventes en Europe. Ce qui en veut pas dire que le catholicisme est mort car il est malgré tout assez dynamique, mais plutôt en dehors de l’Europe, notamment en Afrique, en Amérique latine et surtout en Asie. Il fallait donc un Pape issu d’un continent où l’Eglise catholique est davantage présente et fervente. Ceci dit, tous ces débats actuels sur la désignation géopolitique des papes n'a pas vraiment lieu d'être. Car le Pape François premier n’a pas été choisi selon moi parce qu’il est non européen (il est quand même d’origine italienne....) mais surtout pour sa proximité avec les pauvres et avec le peuple, caractéristique grâce à laquelle il pourra apporter une réforme bénéfique en cette période de crise de légitimité de l’Eglise et de scandales financiers à mon avis d’ailleurs très amplifiés et exagérés par les médias. Je pense donc que les critères d’élection du pape ont plus été liés aux questions morales qu’aux considérations géopolitiques et ethno-culturelles. En effet, si la volonté des électeurs du Conclave avait été réellement de montrer une dimension plurielle et de donner un visage non-européen ou tiers-mondiste de l’Eglise, le pape choisi n'aurait pas été d'origine italienne, ou issu du pays le plus européen de l’Amérique latine, l’Argentine, mais il n’aurait été ni européen ni blanc, donc noir ou asiatique et non-occidental. Or ce Pape est un occidental qu’on le veuille ou non.

L'Europe qui a inventé la mondialisation n’est-elle pas en train d’en perdre le contrôle et sa place de leader ?

Alexandre del Valle : Tout dépend comment on définit cette "place de leader". Par exemple, la représentation mondiale de l’Eglise catholique restera pour des siècles encore liée à l’Europe, mais avec des proportions différentes. Certes, il est évident que le monde d’aujourd’hui n’est plus totalement euro-centré, ou l’est de moins en moins. De sorte que si l’Europe veut encore compter dans le monde, elle va être obligée de composer avec une réalité géopolitique, économique, stratégique et géo-culturelle beaucoup plus diversifiée, c’est-à-dire caractérisée par l’émergence de pôles géoéconomiques et civilisationnels qui revendiqueront de plus en plus leur autonomie et leurs différences, souvent leur hostilité à l’hégémonisme euro-américain blanc-occidental.

Il est clair que si par la perte de leadership, on entend le fait que l’Europe et les Etats-Unis interviennent dans les affaires économiques et géopolitiques des autres blocs ou nations, alors l 'Europe et les Etats-Unis ne peuvent plus faire exactement tout ce qu'ils veulent et ils doivent donc tenir de plus en plus compte des autres blocs géo-stratégiques, des BRICs, de l'organisation de la conférence de Shanghai (OCS, union russo-chinoise), des non-Alignés et des différentes alliances hostiles à l'hégémonie de l'Occident. Pour revenir au mode d’élection des Papes, il ne me semble pas être devenu foncièrement révolutionnaire du point de vue politique ni même participer de cette nouvelle réalité géopolitique du monde multipolaire en devenir. Le système de désignation du pape se fait davantage en fonction de la personnalité, des réalités internes, des problèmes liés à la reconquête d’une légitimité morale plutôt qu’à de supposées origines ethno-culturelles, géographiques ou encore de la couleur de peau.

Faut-il redouter ce changement ou cela nous ouvre-t-il de nouvelles perspectives ? 

Alexandre de Valle : Pas du tout ! Au contraire même, car ces nouveaux défis et cette recomposition géopolitique mondiale multipolaire va ouvrir de nouvelles perspectives à condition que l'Occident; l’Europe et les Etats-Unis sachent tirer les leçons de ce qui est aujourd'hui davantage une mutipolarisation qu'une mondialisation. Car si la première désigne un monde fait de plusieurs pôles géo-civilisationnels et stratégiques qui décident de façon autonome de leurs propres affaires tout en échangeant entre eux, la seconde désigne un système économique et géostratégique mondial dominé ou piloté par des Occidentaux ou des organisations internationales et institutions forgées par les Occidentaux (ONU, FMI, OCDE, OMC, etc). Cela obligera l'Occident et la "vieille Europe" à se redéfinir et peut-être même de retrouver des racines plus profondes, car dans le nouveau monde multipolaire, chaque aire géo-économique et civilisationnelle devra respecter les spécificités de chacun, tout en défendant sa propre identité, de plus menacée de l’intérieur par les résultats de la mondialisation marchande et de l’immigration non contrôlée conjuguée à la dénatalité massive. En termes clairs, la fin de la mondialisation occidentale et le retour des identités locales partout dans le monde se vérifiera aussi en Occident, si toutefois celui-ci ne sombrera pas dans l’autodestruction et l’anomie généralisée. Je ne pense donc pas qu'il faille avoir peur de la mondialisation comprise à tort comme une multipolarité, car la multipolarité est moins neutre du point de vue identitaire que la mondialisation, et elle est moins déracinante, bien au contraire.  Ce multipolarisme naissant peut donc être une chance afin d’éviter le choc des civilisations, car si il accepte un nouveau partage du monde, l'Europe et les Etats-Unis pourront encore jouer un rôle important, retrouver une nouvelle légitimité (pour l’heure voisine de zero). Le rôle de l’Occident dans ce nouveau monde multipolarisé ne sera donc plus forcément celui d'un leadership, souvent arrogant et perçu comme déraçinant ou hostile aux souverainetés des nations, mais un leadership régional, chacun devant s’occuper de ses propres affaires. Et la crise économique très grave aidant, l’Europe n’aura pas d’autres choix que renoncer à son arrogance mondialiste, et elle devra être plus humble vis-à-vis d’anciens pays pauvres qui lui prêteront de l’argent et ne se soumettront plus comme avant...  L'Europe va donc devoir s’occuper plus d’elle et moins de l’humanité dans le futur, ce qui l’obligera à retrouver des racines et à ne plus se définir uniquement comme universelle, ce qui est à la fois dangereux pour son identité et extrêmement prétentieux. C’est ce monde là qui arrive à sa fin, et c'est justement cette prétention à l'universalisme qui irrite d'autres civilisations, pas la mondialisation technique (échanges, communications, transports), qui elle, est un simple outil utilisé par tous.

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JS
- 18/03/2013 - 15:07
"Occident inventeur de la
"Occident inventeur de la mondialisation"

Mon Dieu quelle betise, quelle ignorance !!!!!
mps
- 17/03/2013 - 23:13
Monduiaolisation ? Vieille comme le monde !
Quelle horreur de lire que l'occident aurait "inventé" la mondialisation !
On devrait pendre les profs d'histoire par les pouces ...
A la préhistoire, on trouve déjà dans nos cavernes des pierres semi-précieuses venant d'Inde (ce qui a permis à notre orfèvrerie de faire ses premiers pas).
L'Egypte des Pharaons finance déjà ces caravannes qu emporte des spécialités locales et reviennent du Pont Euxin avec d'autres marchandises.

Les Phéniciens, les romains, les Croiisés, les Templiers ouvrent des comptoirs partout, créent les premiers "travellers-chèqueset font aussi appel à des capitaux venant souvent de pays tiers.

Les Grandes Découvertes (dites espangoles) sont 100 % financées par les Bourses de Venise, Anvers et de la Ligue Hanséatique !

Etc. Il n'est pas une seule période de notre Histoire avant la fin de la Renaissance, où l'économie n'ait été totalement ouverte et financée par des capitalistes de toutes provenances.

Comment peut-on présenter cette mondialisation naturelle et féconde comme une inventuion récente et diabolique !!!!
Kulashaker
- 17/03/2013 - 16:58
Bravo M. Del Valle
"L'Europe va donc devoir s’occuper plus d’elle et moins de l’humanité dans le futur, ce qui l’obligera à retrouver des racines et à ne plus se définir uniquement comme universelle, ce qui est à la fois dangereux pour son identité et extrêmement prétentieux. C’est ce monde là qui arrive à sa fin, et c'est justement cette prétention à l'universalisme qui irrite d'autres civilisations, pas la mondialisation technique (échanges, communications, transports), qui elle, est un simple outil utilisé par tous."
Bravo M. Del Valle pour cette analyse car elle définit exactement ce que je pense de l'Europe, toujours dirigé vers le monde et de moins en moins préoccupé par ces racines et son identité profonde.