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La crise au-delà des chiffres : ce que ces 5 dernières années ont changé dans la vie quotidienne des Français

Publié le 11 mars 2013
Perte de pouvoir d'achat, couples divorcés obligés de cohabiter, jeunes au chômage coincés chez leurs parents... La crise n'est pas qu'une question économique et budgétaire : des millions de Français la vivent au quotidien.
Philippe Moati est professeur agrégé d'économie à l'Université Paris-Diderot. Ses axes de recherche privilégiés sont les transformations du système productif et, plus généralement, les mutations du capitalisme. Il assure la co-présidence de l&...
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Philippe Moati Moati et Claude Martin
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Philippe Moati est professeur agrégé d'économie à l'Université Paris-Diderot. Ses axes de recherche privilégiés sont les transformations du système productif et, plus généralement, les mutations du capitalisme. Il assure la co-présidence de l&...
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Perte de pouvoir d'achat, couples divorcés obligés de cohabiter, jeunes au chômage coincés chez leurs parents... La crise n'est pas qu'une question économique et budgétaire : des millions de Français la vivent au quotidien.

Atlantico : Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a augmenté de 0,3 point au quatrième trimestre 2012 pour atteindre 10,2% en France métropolitaine et 10,6% avec les départements d'outre-mer (+0,4 point), selon les données publiées jeudi par l'Insee. Une tendance qui rend encore plus délicat l'objectif du gouvernement d'atteindre une baisse du chômage d'ici à la fin 2013. Alors que la crise s’éternise, quelles sont ses conséquences concrètes sur le quotidien des gens ? La crise contraint-elle les Français à changer de mode de vie ?

Philippe Moati : Forcément. Mais il faut distinguer ceux qui ont perdu leur emploi, et parmi eux ceux qui arrivent en fin de droits, et ceux qui sont touchés indirectement par les conséquences de la crise, notamment en matière de politique publique : durcissement de la fiscalité, ralentissement salarial, etc.

Pour ceux qui sont durement touchés, la crise se traduit par un fort déclin du niveau de vie. L’Insee met du temps à publier des données fines sur le niveau de vie, mais je pense qu’on va finir par constater ce que les associations savent parfaitement : la pauvreté est en train de s’accroître en France. Une sorte de trappe à pauvreté est en train de s’ouvrir et des catégories entières de population tombent dedans. Je pense en particulier aux personnes qui avaient des emplois peu ou moyennement qualifiés dans l’industrie, dans des régions où, quand l’usine ferme, il n’y a plus grand-chose autour, et qui vont s’installer dans un chômage de longue durée dont ils auront grand mal à sortir.

Il se crée une sorte de fragilisation de la société française, qui est très mal répartie sur le territoire. Certaines régions sont plus touchées que d’autres par cette dynamique, ce qui est très inquiétant. On a le sentiment que c’est structurel, que quelque chose s’est cassé et pourrait ne pas se reconstruire. Et si ça se reconstruit, ça ne sera pas forcément au même endroit.

D’ailleurs, l’économiste Laurent Davezies a sorti récemment un livre qui montre que les territoires les plus touchés par la crise correspondent à la carte électorale du Front national. Il peut donc y avoir des conséquences induites à cette paupérisation, et un désespoir chez ces populations qui n’en voient plus l’issue.

Le fait que le chômage se soit installé depuis plusieurs années fait que la proportion de chômeurs en fin de droit augmente inexorablement chaque mois ; et des foyers qui avaient vu leurs revenus baisser peuvent tomber dans de grandes difficultés financières. C’est une minorité de gens, mais cela va poser problème.

Pour le lot commun, la crise se traduit de manière évidente par une pression fiscale qui s’alourdit et/ou des avantages sociaux qui s’érodent. Le gouvernement essaie de faire en sorte que cela épargne relativement les bas revenus, mais rien que le fait de ne pas revoir les tranches d’impôts sur le revenu fait que les classes moyennes sont touchées. Même si l’effort porte plus sur les hauts revenus, les bas et les moyens sont touchés aussi.

Selon l’Insee, l’augmentation du pouvoir d’achat en 2012 a été de 0. Et c’est le pouvoir d’achat total des ménages. Or, la population a continué à croître de 0,5%, ce qui veut dire que le pouvoir d’achat par tête a diminué. Une tendance qui s’était déjà vue au second trimestre 2011. On rendre donc dans une logique durable de baisse de pouvoir d’achat par habitant, ce qui est extrêmement rare : cela ne s’était produit qu’une seule fois, en 1993.

Quels sont les conséquences sur les jeunes ? Les enfants restent-ils plus longtemps chez leurs parents ?

Parler des jeunes n’a pas grand sens, car leur population est coupée en deux. Il y a ceux qui sortent du système scolaire sans qualification, et qui étaient déjà en grande difficulté, et évidemment le contexte actuel n’arrange rien à cette situation catastrophique.

Puis il y a les autres, ceux qui ont des diplômes : pour eux, c’est le sursis. L’insertion sur le marché du travail est plus difficile, plus longue, avec des salaires parfois plus faibles en début de carrière. Ce processus a commencé avant la crise, mais elle l’a aggravé. Cela peut les pousser effectivement à rester plus longtemps chez papa/maman, mais cela dépend des réseaux qu’ils ont derrière et de leur capacité à mobiliser une solidarité familiale financière. Il y a un facteur d’inégalité qui s’accroît à la faveur de la crise, selon que l'on a le réseau familial ou pas.

D’après certaines études, le nombre de divorces aurait diminué depuis la crise et de plus en plus de couples séparés continuent à vivre sous le même toit, au moins temporairement. La crise force-t-elle les couples à vivre ensemble alors qu'ils n'en ont plus envie ?

Effectivement, on a tous de telles anecdotes. On a l’impression que les gens ont toutes les raisons de se séparer, mais qu’ils y réfléchissent à deux fois. Et ils ont raison ! La pauvreté se cristallise particulièrement chez les familles monoparentales, y compris pour les gens qui travaillent. Avec un revenu par tête donné, on a un niveau de vie plus élevé dans un grand ménage que dans un petit, car un ménage produit des services domestiques avec des économies d’échelle : on mutualise beaucoup de choses quand on est sous le même toit.

Evidemment, quand on veut divorcer, on n’a pas forcément cela en tête, mais quand on cherche un logement pour s’installer tout seul, on comprend vite qu’on ne va pas y arriver, car c’est le logement qui pèse le plus lourd dans le budget des ménages. Partant, le léger reflux des ventes de biens et la modération sur les hausses de loyers est plutôt une bonne nouvelle.

La crise a-t-elle également des conséquences sur la santé, dans le sens ou certaines personnes renonceraient à se soigner ?

Plusieurs enquêtes l’ont montré. C’est pour cela que certains syndicats luttent pour obtenir la mutuelle pour tous. Mais même avec une mutuelle, l’optique et les soins dentaires restent mal couverts et on sait que beaucoup de Français déclarent reporter de tels soins car ils ne peuvent pas consentir à cette ponction sur leur budget. C’est inquiétant.

Qu’en est-il de la mobilité résidentielle ? Les familles s’éloignent-elles de la ville ?

Tout à fait. On a eu un premier mouvement d’évacuation des classes moyennes du centre des villes vers les périphéries, et ces dernières se repoussent sans arrêt. Mais la contrepartie des économies sur le logement, ce sont des galères au quotidien, car la distance domicile-travail a tendance à s’accroître.

En Ile-de-France, l’excédent naturel supérieur à la moyenne nationale – la population est plus jeune, donc fait plus d’enfants en moyenne – masque un fort déficit migratoire. De plus en plus de Franciliens quittent la région. Longtemps, c’était des retraités qui allaient vivre au soleil, mais aujourd’hui ce sont de plus en plus des actifs. Soit ils vont plus loin dans la campagne, et y importent un mode de vie urbain ou retournent travailler en ville en train ; soit ils changent complètement de région et vont s’installer dans des villes plus petites.

Mais ils n’ont pas toujours une garantie d’avoir un emploi sur place. Des villes comme Montpellier attirent énormément de gens, mais ont aussi un taux de chômage élevé.

Il faut donc faire attention à tout ça. La crise économique, ce n’est pas que des indicateurs ; les réponses à la crise ne doivent donc pas être simplement des réponses budgétaires. Il faut répondre au quotidien des gens, comprendre la détresse qui s’installe dans la population, entendre par exemple les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants… J’appelle à la mise en place de politiques qui visent à améliorer le quotidien des gens. Si on ne le fait pas, on a un vrai risque de perdre de la cohésion sociale dans notre pays.

Claude Martin, sociologue de la famille et des politiques sociales, revient plus longuement sur ces gens que la crise oblige à rester vivre ensemble.

Atlantico : La crise force-t-elle les couples à vivre ensemble alors qu'ils n'en ont pas envie ?

  1. Claude Martin : Mes confrères aux Etats-Unis ont étudié les effets de la crise de subprimes sur les couples et ont confirmé que la crise avait généré des situations dans lesquelles des personnes, même si elles avaient entamée des procédures de divorce, étaient contrainte de cohabiter pour des périodes variables, mais longtemps après avoir convenu d’une séparation. Les problèmes liés aux difficultés de vendre des biens au prix escompté peu de temps auparavant fait que ces situations augmentent.
  2. La sécurité financière prend-elle le pas sur les sentiments en temps de crise ?

  3. De toute façon, en matière conjugale et familiale, il y a toujours une conjugaison indétectable entre le souhait de choisir un conjoint parce qu’on pense qu’il sera l’homme de sa vie ou parce que cette alliance apportera une protection mutuelle. Les affectifs et économiques sont toujours imbriqués. Il est très difficile de prétendre qu’en amour on ne compte pas. La question ne se pose pas seulement lorsque le couple subit une crise d’ordre financier. Ce qui importe, à la formation du couple n’est pas la sécurité financière du conjoint. C’est plutôt la fiabilité, la prévisibilité qu’apporte l’autre. Si elle n’est pas réalisée en amont, elle ressurgira en aval.

    Aux Etats-Unis, il y a un coût du mariage : certains hommes sont considérés comme immariables car ils ne sont pas économiquement stables. Le couple va cohabiter, avoir des enfants mais la femme ne se laissera pas épouser parce qu’elle a l’impression que jamais son conjoint ne lui fournira les garanties nécessaires afin de rendre prévisible son futur. Là-bas, l’homme est une source de crainte et d’instabilité. C’est une preuve de plus que l’avenir économique du couple entre en compte.

    En France, le phénomène est globalement le même. Je rappelle que le mariage a longtemps été « arrangé ».  Les couples ne décidaient pas pour eux-mêmes puisque le mariage était essentiellement une institution dont la vocation était de garantir l’accumulation patrimoniale. On revient de loin de ce point de vue. Il faudrait avoir une vision très enchantée pour croire que ces aspects n’interviennent pas dans les relations amoureuses actuelles.

Dans le couple, y a-t-il nécessairement une interdépendance financière ?

Le modèle du couple a changé depuis l’après-guerre quand Monsieur travaillait et ramenait l’argent à la maison pendant que Madame s’occupait des enfants et tenait la maison. A l’heure actuelle, les deux membres du couple ont un emploi et peuvent même parfois envisager une carrière. Dans le cas américain, ce sont principalement les femmes qui s’inquiètent de voir leur conjoint finir dans la rue si elles n’acceptent pas de les héberger. En France, c’est plutôt l’inverse qui a lieu. Souvent ce sont les deux membres du couple qui vont se trouver économiquement fragilisés parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir chacun un logement. Désormais, le chômage de longue durée affecte de plus en plus les hommes.

Un tiers des premiers mariages des femmes avec un niveau d’études secondaires se terminent par un divorce au cours des cinq premières années de l’union, ce qui est un taux très élevé sur une si courte période de vie maritale, alors que ce taux n’est que de 13 % pour les femmes ayant obtenu un diplôme d’études supérieures.

Au fond, n'est-ce pas aussi une excuse ?

On ne peut pas parler d’excuses. Bien sûr, cela peut parfois être une façon de refuser la séparation, dans ce cas on peut parler de résistance pour sauver son cocon familial. Mais pour la plupart des cas, l’un des partenaires craint pour son futur, et aussi beaucoup pour celui de ses enfants. L’inquiétude prend le pas sur le désir d’autonomisation. L’absence de choix est extrêmement frustrante. On note des tensions affectives terribles sur le couple ainsi que sur les enfants. Ce choix qui n’en est pas un empêche à celui qui aimerait partir d’également reconstruire sa vie sentimentale. Le couple reste englué dans sa situation.

Cela dit, le désir de refaire sa vie est loin d’être la première préoccupation des ex partenaires. Cette état donne la priorité aux relations amicales sur les relations amoureuses.

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gegemalaga
- 12/03/2013 - 18:05
surconso.
la crise : ce sont les banques ...

mais je n'ai pas encore lu: LA SURCONSOMATION ...

et pourtant !! c'est bien là l'origine ? non?

et d'ailleur c'a va etre là le remède , n'en deplaise à nos dirigeants , qui , ayant besoin de toujours plus fric ont peur des baisses de rentrées !

et oui , comme dit pigmerd , sus à la mafia : adaptez vous.

gegemalaga
pidmerd
- 12/03/2013 - 15:49
FACE A LA MAFIA, MOI JE M'ADAPTE
A chaque fois que la mafia vote une taxe supplémentaire pour remplir ses caisses, je m'arrange pour ne pas y contribuer.
Quelques exemples :
la taxe de 110 % sur la bière : je n'achète plus de bière
la taxe sur les sodas : je n'achète plus de sodas (j'achète de l'extrait de plante que je mélange à de l'eau. Economie : 12 €/mois) )
la taxe sur les sandwiches : je n'achète plus de sandwiches (je les fais moi-même. Un parisien acheté = 2,50 €, un parisien fabriqué par moi = 1,18 € - Economie : 1,32 €/jour)
J'utilise mes chèques restaurant au compte-gouttes (2 par jour) pour acheter mon alimentation
J'ai fait supprimer ma ligne téléphonique de mon appareil fixe (15 €/mois d'abonnement économisé)
J'ai résilié mon abonnement à canal satellite (programmes archi nuls) : économie = 40 €/mois
Augmentation de 35 % des taxes d'habitation et impôts locaux : je n'achète plus de sacs poubelles, je ne trie plus mes ordures, je jette tout dans mes poubelles, je ne vais plus à la déchèterie, je ne deneige plus mon trottoir au gros sel.
Je ne donne pas un sou aux associations
J'ai fermé tous mes comptes soumis à prélèvement sociaux (pour ne plus entretenir les fainéants et les étrangers)
texarkana
- 12/03/2013 - 11:41
au lieu de pleurnicher
qu'ils ne peuvent pas aller aux "sports d'hiver" (comme si c'était un droit acquis de toute éternité), cezrtains devraient faire comme moi : passer leurs vacances dans une destination tropicale, en 1 mois on ne dépense pas plus qu'une semaine a engraisser la mafia de l'"or blanc"!