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La charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes.
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Faute de révolution sexuelle, les printemps arabes ont réinstallé l'obsession pour la charia
Publié le 12 janvier 2013
Aucune libération sexuelle ni aucune révolution libertaire n'a eu lieu, mais la charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes, explique Mathieu Guidère. Extrait des Cocus de la révolution (1/2).
Mathieu Guidère est islamologue et spécialiste de veille stratégique. Il est  Professeur des Universités et Directeur de RecherchesGrand connaisseur du monde arabe et du terrorisme, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Choc des révolutions...
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Aucune libération sexuelle ni aucune révolution libertaire n'a eu lieu, mais la charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes, explique Mathieu Guidère. Extrait des Cocus de la révolution (1/2).

De la charia avant toute chose


C’est la deuxième constatation qu’il est possible de faire en écoutant et en lisant les islamistes de tous bords en Égypte et ailleurs. Tous envisagent
ou réclament l’application de la charia, mais selon des modalités diverses et variées dans le temps et dans l’espace. C’est une constante des discours et des programmes politiques, qui frise l’obsession dans certains pays. Plusieurs groupes portent désormais le nom de « Ansar al-charia »
(Défenseurs de la charia)…

Le mot en soi est devenu un slogan populaire, alors même qu’il fait peur en Occident. Les peuples occidentaux sont traumatisés par les images insoutenables de lapidations, d’amputations et autres formes d’exécutions ou de mutilations qui ont marqué les dernières décennies. À l’inverse, les partis islamistes présentent la charia comme un ensemble de principes, de normes et de prescriptions visant à mieux gérer des pays et des sociétés en déshérence.

Bref, nous sommes là face à un véritable choc des perceptions. Car en regardant de plus près ce que recouvre, dans l’esprit des islamistes, ce concept central de charia, on constate paradoxalement qu’il a été desséché et réduit à quelques prescriptions coraniques, considérées comme évidentes, sur lesquelles les idéologues de l’islamisme tentent de construire un semblant de consensus théologique et d’unité doctrinale. Les traditions du prophète Mahomet sont parfois convoquées pour appuyer telle ou telle interprétation, mais pour l’essentiel c’est le Coran qui demeure la
première et la principale source de la charia.

Face à la pression moderniste et à la division des sociétés musulmanes, il existe bien sûr des tentatives d’adaptation de la charia à l’époque et à la vie quotidienne. Mais globalement le conservatisme et le traditionalisme règnent en maîtres sur des peuples soucieux avant tout d’ordre et de stabilité. Même parmi les jeunes, le conservatisme est prégnant et la révolution n’a fait que le renforcer, paradoxalement. Je me souviendrai toujours de ce groupe de jeunes gens, filles et garçons, venus des beaux quartiers du Caire pour prendre part aux manifestations sur la place Tahrir et qui criaient contre Moubarak, mais interrompaient leur sit-in cinq fois par jour pour aller accomplir les prières rituelles de l’islam, puis revenaient manifester…


La religion avant la révolution.

Inutile de préciser qu’il n’y a eu aucune libération sexuelle ni aucune révolution libertaire pendant le Printemps arabe. Il n’y a même pas eu le début d’une revendication en ce sens, ni de la part des jeunes hommes ni de la part des jeunes femmes. On voyait pourtant, sur la place Tahrir et ailleurs, à quel point la frustration sexuelle était grande et comment cela pouvait aisément dégénérer en agressions insoutenables contre les manifestantes…

Pour ne rien arranger, l’armée égyptienne s’est mise à pratiquer des « tests de virginité » sur des jeunes femmes qui manifestaient sur la célèbre
place du Caire. Sous cette étrange appellation se cache, en réalité, une forme de torture physique et de violence sexuelle, maintes fois dénoncée par les organisations égyptiennes et internationales de défense des droits de la personne.

______________________________________________________________

Extrait des Cocus de la révolution, voyage au cœur du printemps arabe, de Mathieu Guidère, aux éditions Autrement.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Thierry.64
- 13/01/2013 - 10:59
@ CARCAJOU
La finesse de vos analyses et la justesse de vos propos méritent d'être d'être soulignées. Le tout dans le respect de l'orthographe et de la syntaxe ce qui est de plus en plus rare. Bravo.
Carcajou
- 13/01/2013 - 10:19
Rien d'exceptionnel aujourd'hui.
@Thierry.64 - 13/01/2013 - 09:46

Mais ceux qui vivaient avant nous n'étaient pas malheureux. Leurs conditions de vie étaient liées au contexte et leur jugement était "contemporain".

On peut même supposer que l'échec des "révolutions" arabes est lié à l'idée que les peuples se font du bonheur. Pour eux, le malheur ou le mal-être qu'ils connaissent vient de leur éloignement de la loi d'Allah: restaurons la charia et nous connaitrons le bonheur que le prophète et ses contemporains ont connu. Car ils vivaient dans le bonheur comme les textes l'attestent, strictement comme les manuels scolaires présentent l'Ancien Régime comme une longue époque de malheur et de calamités. Ni l'un, ni l'autre ne reflète la vérité.

De la Renaissance à la Révolution, il s'est écoulé 3 siècles pendant lesquels la remise en question des enseignements de l’Église a mûri. Les idées "progressistes" de 1789 ont été une étape, il a fallu attendre 1905 pour séparer le spirituel du temporel.

Pourtant, les naissances, les mariages, les réussites, les bonnes récoltes étaient sources de joies et les morts, les échecs, les famines, les guerres des malheurs.

Nihil novi sub sole.
Carcajou
- 13/01/2013 - 10:01
Simple constat
@Gengis - 12/01/2013 - 19:04

Je ne parle pas le Grec, mais je prends votre petite phrase comme un compliment.

Notez justement que la France et de manière générale l'Europe s'est construite avec des régimes monarchiques. Que si certains monarques étaient de vraies calamités, la plupart d'entre eux gouvernaient sagement leur royaume et que quelques-uns étaient remarquables.

Notez également que les plus grandes calamités ont été apportées par des plébéiens ayant accédés au pouvoir. Que la République s'essouffle et montre les limites de la démocratie après seulement 150 ans (faites-moi grâce des 2 premières). Que malgré ce que racontent les manuels scolaires - hormis les famines que l'agriculture plus performante a éradiquées et le confort lié au progrès qui se dessinait déjà à la fin du XVIIIème siècle - le bon peuple n'est pas plus heureux aujourd'hui, pas plus malheureux non plus, qu'un groupe plus pu moins restreint gouverne la multitude et que les aboiements même amplifiés par le web n'empêche pas la caravane de passer.

Ce constat s'applique aux pays mahométans dont je ne suis pas sûr que le choix populaire soit moins éclairé que celui de l'électeur occidental.