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Cartels de la drogue au Mexique : comment expliquer le changement de cap radical du président Peña Nieto ?
Publié le 24 décembre 2012
Le président mexicain, fraîchement arrivé au pouvoir, s'éloigne de la politique de son prédécesseur Felipe Calderón, qui avait fait de la lutte contre les réseaux de drogue son cheval de bataille.
Jean Louis Martin est responsable des pays émergents dans le groupe des études économiques au sein de la banque Crédit agricole.
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Le président mexicain, fraîchement arrivé au pouvoir, s'éloigne de la politique de son prédécesseur Felipe Calderón, qui avait fait de la lutte contre les réseaux de drogue son cheval de bataille.

Atlantico:  Le président du Mexique Enrique Peña Nieto fraîchement arrivé au pouvoir a dévoilé le 18 décembre de nouvelles réformes. Lors de son discours, l'homme politique n'a pas évoqué la lutte contre la drogue, thème central dans la politique de son prédécesseur. Il a aussi annoncé la création de 10 000 "gendarmes ruraux", et la fermeture du ministère de la Sécurité publique, créé sous l'ère Calderón, qui luttait spécifiquement contre les réseaux criminels et la violence. Assistons-nous à un abandon de la lutte contre les réseaux criminels dans le pays ?

Jean-Louis Martin : Il est vrai que le président n'a pas évoqué de politique vis-à-vis de la drogue. Il n'est pas certain que le Mexique s'oriente vers une politique moins répressive, comme l'a fait l'Uruguay ou comme d'autres États d'Amérique latine semblent tentés de le faire. Le pays est voisin des États-Unis, et bien que certains États nord-américains changent leur législation, il n'est pas sûr que le Mexique en fasse de même.

Le président n'a pas non plus évoqué les aspects financiers du trafic de drogue. Attaquer les cartels en touchant à leur portefeuille est un moyen de les atteindre. En Colombie, les confiscations de sociétés font vraiment mal. Peña Nieto n'a rien dit sur la façon dont il allait s'attaquer aux cartels, et il semble que sa priorité à court terme soit de faire baisser le niveau de violence.

Le président doit aussi sonder les Etats-Unis pour voir ce que ces derniers sont prêts à faire, notamment sur la circulation des armes, qui nécessite une coopération.

Cependant, on ne peut pas parler d'abandon de la lutte contre les réseaux criminels. Le président a insisté sur la coordination des diverses formes de sécurité, avec par exemple la nomination d'un responsable de la défense et de la sécurité par État, une coordination entre les cinq grandes régions à l'échelle nationale. La création de la gendarmerie rurale est une force qui serait nationale, bien que les effectifs aient été revus à la baisse. Tout cela va dans le sens d'une plus grande coordination.

Une des grandes faiblesses des forces de sécurité mexicaines dans la lutte contre le crime est leur désorganisation, le fait que leurs actions tournent parfois en batailles rangées entre forces de différents niveaux, entre fédéraux et policiers locaux. S'il y a un progrès dans la coordination, c'est quelque chose de positif. Cependant, cela a déjà été tenté pendant la période Calderón, et ça n'a pas très bien marché. Ce sera peut-être mieux mis en place cette fois-ci, mais le succès n'est pas garanti. C'est très important que le président revienne sur la coordination des forces de sécurité.

La politique de Calderon a échoué. Ce qui est apparu assez vite, c'est que le Mexique n'avait pas les moyens d'une guerre frontale avec les cartels.  Il y a une grosse différence avec la Colombie qui a mis, et reçu beaucoup plus de moyens coordonnés des États-Unis, tandis que les Mexicains n'étaient pas disposés à accepter ces moyens. On peut certainement reprocher à Calderón de ne pas avoir tiré assez vite les leçons de son échec qui sont pourtant apparues assez vite.

Dans quelle mesure les trafics et la corruption dans le pays nuisent-ils à l'économie et à la société mexicaine ?

Ces activités font circuler de l'argent dans le pays, et créent des emplois relativement bien payés. Mais ils font aussi perdre énormément d'emplois. Un aspect est extrêmement nuisible : certains cartels qui réunissent à l'origine des trafiquants de drogue se tournent dans des activités comme le racket. Les grandes entreprises sont bien armées pour résister à cela car elles ont des équipements et des troupes de sécurité qu'elles peuvent payer, mais les petites structures peuvent se faire racketter très facilement.

Les recettes touristiques mexicaines étaient du même ordre de grandeur que celles pour la Thaïlande et la Turquie dans les années 1995. Maintenant, ces deux dernier pays reçoivent environ 30 milliards de recettes liées au tourisme par an, tandis que le Mexique en reçoit 12 milliards. Le pays a stagné, alors que les autres grands pays touristiques connaissent une progression régulière. Cela a un coût économique extrêmement net, et le Mexique devrait recevoir selon sa situation géographique 40 milliards de recettes touristiques.

Certaines activités de service aux personnes sont pénalisées par les trafics et la corruption, alors qu'il existe un gros potentiel dans certains secteurs comme les services médicaux notamment. La proximité des États-Unis offre un potentiel considérable. Beaucoup de spécialistes américains pourraient effectuer des travaux dentaires lourds, ou des opérations chirurgicales simples, mais ne le font pas pour des raisons de sécurité. Le pays est pourtant tout près, et beaucoup de médecins sont formés aux États-Unis.

Le Mexique a aussi un problème d'image extrêmement sérieux. La perception à l'étranger du niveau de violence est beaucoup plus forte que dans la réalité. Beaucoup le perçoivent comme un pays à feu et à sang, alors que les problèmes y sont relativement localisés. C'est aussi la faute des Mexicains. Le président Calderón avait en effet centré sa communication sur la guerre contre la drogue. Il ne faut pas s'étonner que son image à l'étranger soit liée au succès, ou à l'échec de cette politique, qui a en fait été un échec. Il faudrait que les Mexicains réussissent à parler d'autre chose que de la lutte contre les cartels, vis-à-vis de l'extérieur en tout cas.

La corruption est un problème très réel au Mexique, sans doute plus grave que dans d'autres pays sud-américains, comme le Mexique, le Chili, la Colombie, ou le Brésil. Mais ce n'est pas lié aux cartels ou à la drogue, c'est plus le résultat d'un fonctionnement de l'Etat qui a vécu 70 ans de parti unique que de la situation sur le front des cartels ces dernières années. Les réseaux criminels ont permis une corruption à un autre niveau  La corruption dans les relations d'affaires quotidienne ne provient pas des cartels. Mais la corruption de certains politiques est liée, mais ce n'est pas l'aspect le plus gênant. La corruption quotidienne dans les relations avec les entreprises est plus gênante.


Le pays est-il condamné à vivre avec son économie grise ?

Il y a de l'économie grise dans tous les pays en développement, y compris dans certains pays développés, et même chez nous. Au Mexique, il existe une économie informelle extrêmement développée, qui inclut des activités tout à fait honnêtes et par ailleurs légales, mais pas fiscalisées, comme des emplois sans contrats de travail par exemple. Cela existera encore longtemps dans le pays.

L'économie liée à la drogue, elle, durera aussi longtemps qu'il y aura des moyens financiers aussi colossaux produits par cette activité, ce qui la renvoie aux questions de légalisation. Quelle que soit la politique de sécurité qui sera menée vis-à-vis des cartels, les Mexicains n'arriveront pas à se débarrasser de ces derniers. La légalisation réduirait considérablement les ressources financières des cartels et ferait diminuer le niveau de violence, ainsi que la corruption et l'économie grise qui y est liée. Cependant, c'est une décision qui est tellement difficile à prendre en particulier au Mexique qu'elle est très improbable dans un futur proche.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

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texarkana
- 24/12/2012 - 14:34
Le PRI, c'est la version mexicaine du PS
....donc çà ne va pas être drôle non plus pour eux!