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Guerilla BCE/Bundesbank : quand l'indépendance de la BCE pourrait remettre en cause l'efficacité et le sérieux de la Bundesbank

Publié le 30 août 2012
Jens Weidmann, le patron de la Banque centrale allemande accuse la BCE de "droguer" la zone euro. La Bundesbank, parangon de toutes les vertus, est-elle menacée par une Banque centrale européenne qui voudrait superviser l'ensemble des banques de la zone euro ?
Pascal Ordonneau est l'ancien patron du marketing chez Citibank, ancien Directeur général des groupes Crédit Lyonnais et HSBC.Il a notamment publié La désillusion, abécédaire décalé et critique de la banque et de la finance, paru aux éditions Jacques...
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Pascal Ordonneau est l'ancien patron du marketing chez Citibank, ancien Directeur général des groupes Crédit Lyonnais et HSBC.Il a notamment publié La désillusion, abécédaire décalé et critique de la banque et de la finance, paru aux éditions Jacques...
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Jens Weidmann, le patron de la Banque centrale allemande accuse la BCE de "droguer" la zone euro. La Bundesbank, parangon de toutes les vertus, est-elle menacée par une Banque centrale européenne qui voudrait superviser l'ensemble des banques de la zone euro ?

Lors de son discours d’intronisation en tant que Gouverneur de la Bundesbank (Buba), en 1979, Karl Otto Pöhl, promettait qu’il vouerait son mandat au maintien de l’argent rare (Knappes Geld) et qu’il ne serait pas question « d’étendre le manteau de la compassion » sous la forme d’un financement trop généreux de l’économie ! Ces belles déclarations résonnent encore.

La Buba, se donne maintenant des airs de capitaine courageux manœuvrant dans la tempête. Il n’aura pas fallu beaucoup attendre pour que son lointain successeur, M. Weidmann, se dresse en donneur de leçons et assimile les programmes de rachats d’obligations de la BCE, reprenant les mots même de Monsieur Pöhl, à « des piqures de drogue » qui loin de désintoxiquer le malade contribuent à accélérer sa perte. La BCE fabrique : « une "drogue" qui peut rendre les Etats "accro". C’est une constante à la Buba : l’argent est soit une drogue, soit ce que le diable a donné au monde pour lui rendre la vie douce et futile.

Sainte Buba ou Grande Inquisitrice ?

Mais en y réfléchissant, quelle mouche pique la Buba. De quel droit la Buba prétend-elle donner des leçons à tout le monde ? On dira que la Buba, n’est pas n’importe quelle banque centrale, ce n’est pas une vulgaire Banque de France ou, pire encore, une Bank of England dévoyée ! Elle est, en Allemagne, dans l’ordre économique ce que la Cour de Karlsruhe est dans l’ordre politique : juge souverain au-dessus de tout et de tous, garant de la monnaie, comme la Cour Constitutionnelle est garante de la Constitution. Cela vient de très loin. Au lendemain de la guerre, la Buba fût installée pour faire régner un ordre monétaire « constitutionnel » incarnant les grands principes de l’ordo-libéralisme.

Sacrifions donc, un instant, sur l’autel de la grandeur de la Buba : psalmodions sur ses mérites et invoquons les pénitences qu’elle s’inflige et les remontrances qu’elle exporte massivement à l’ensemble des banques européennes ! Ne se sent-elle pas investie d’une mission sacrée ? S’imagine-t-elle être devenue la modeste directrice de la conscience monétaire européenne ? Depuis 2008, la Buba est là, mentor intransigeant, juge inflexible, pourfendant l’hérétique, Torquemada matinée de Vichinsky, attrayant devant elle tous ceux qui ont failli, ceux qui se sont vautrés dans l’erreur monétaire et ceux qui ont pris la monnaie pour une marchandise qu’on peut trafiquer dans tous les sens du terme.

Une réputation fabriquée. La Buba, c’est l’art de mettre la poussière sous les tapis.

Ce n’est pas ce qu’il faut dire ? On ne doit pas discuter sa science ni mettre en doute sa conscience ? Eh bien oui. On peut. Et on est même en droit de le faire. On n’ira pas, à nouveau, radoter sur douloureuse histoire de l’inflation galopante qui date de plus de 80 ans ! On ira simplement rechercher les statuts de la Buba. Ces fameux textes gravés comme les Dix Commandements. On verra que la Buba est dirigée par un Gouverneur (rien d’original), lequel est entouré d’un Conseil (pas davantage original) et de comités composés des Présidents des Banques centrales de chacun des Länder (ça c’est plus intéressant) : les fameuses Landesbank. « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es…»

Si la Buba devait sa note chez Standard and Poors à l’entourage de son Gouverneur, elle aurait une note grecque ! Les méchantes langues allemandes disent que la Buba est indépendante parce qu’elle a réussi à se spécialiser dans l’abstention. L’indépendance de la Buba : c’est sa capacité à ne rien faire.

C’est un second aspect de notre argumentation en défaveur de cette fameuse Buba : son inefficacité en tant que Banque de premier rang. Les Anglais, fiers de leurs institutions, convaincus d’avoir depuis longtemps découvert la pierre philosophale en matière de finance et de banque, sont revenus de très loin et ont nationalisé une bonne part de leurs banques. Ecœuré, choqué, le législateur anglais est en passe de prendre des mesures d’une rare fermeté à l’égard de son système bancaire. Les Allemands, n’ont rien fait. Ils ont la Buba !

Nous écrivions dans ces colonnes : « …Toutes les anciennes banques privées (allemandes), sauf une, ont disparu. Quant aux banques régionales (les fameuses Ländesbanken), qui sont des banques publiques, la classe politique allemande n’a pas de mots assez durs pour les fustiger ». Faut-il un autre critère, nous indiquions : « …la recapitalisation des banques et les besoins en capitaux propres (sont) nécessaires pour faire face à la montée des risques. Les banques allemandes ont annoncé que leurs besoins s’élèveraient à quelques 5 milliards d’euros...

En fait, ce serait au moins le double qu’il leur faudrait trouver sur les marchés en 2012 ! C’est simplement la même histoire que Hypo real… dont le coût final s’élèverait à 250 milliards d’euro ». C’est aussi tout simplement un système bancaire qui a n’a cessé de dissimuler ses pertes. C’est une Buba qui lui a prêté main forte. Ce sont des comptes erronés, sous-estimés et parfois tout simplement « oubliés ». Même les agences de notations n’ont pas pu continuer à l’accepter, malgré toute leur bénignité vis à vis de l’Allemagne et son admirable Buba. En a témoigné la dégradation massive des notes de l’ensemble du système bancaire allemand dans les derniers mois de 2011.

La Buba, ne rêve que de porter atteinte à l’indépendance de la BCE.

Alors, la Buba, banque de premier rang, mère de toutes les banques allemandes, donneuse de leçon européenne ? La Buba, indépendante mais codirigée par une collectivité de banques à la mauvaise réputation ? La Buba qui n’a rien vu venir de la crise, ni chez elle, ni à fortiori chez les autres et qui n’a jamais cherché à appliquer la réglementation européenne en matière de concurrence bancaire ? Cette Buba serait le parangon de toutes les vertus bancaires ?

La Buba, qui ne cesse d’essayer d’obtenir que la BCE calque son attitude et sa politique sur la sienne. La Buba, « indépendante » sur laquelle on a copié les statuts de la BCE, « indépendante ». Sainte Buba qui voudrait aussi qu’on modifie les statuts et la gouvernance de la BCE pour que la voix allemande soit mieux entendue ! L’indépendance pour elle est absolue, pour les autres, elle ne serait que relative !

La Buba, enfin, qui voit arriver d’un très mauvais œil la supervision européenne de l’ensemble des banques de la zone euro. Il est vrai que c’est très gênant. Imaginez que le superviseur prenne son métier au sérieux ! Imaginez qu’il se pense indépendant et, pire encore, que la mission soit confiée à la BCE dont on a dit qu’elle était aussi indépendante que la Buba.

Imaginez l’horreur, l’indicible : un organisme européen qui aurait le droit de superviser directement des entités bancaires gentiment assoupie dans le marigot des compromissions à l’allemande. Qui aurait le droit d’exiger d’elles qu’elles fassent qui leur est demandé depuis trois ans : renforcer leurs fonds propres pour se mettre en harmonie avec les règles de Bâle III. Qui aurait l’obligation de demander aux banques allemandes de respecter les directives européennes en matière de comptabilité et de gouvernance. Qui n’accepterait plus comme argent comptant toutes les bonnes excuses sur le statut des Ländesbanken et exigerait qu’il soit mis en conformité avec les règles les plus basiques de la concurrence.

Ainsi la Buba est-elle emportée dans le célèbre sketch de l’arroseur arrosé. Lançant des imprécations contre la BCE alors même qu’elle ne peut pas rogner sur l’indépendance de cette dernière, prétendant interdire des opérations alors qu’elle n’a pas plus de pouvoir sur la BCE que les LandesBanken en ont sur elle. Lançant des interdits qui ont de plus en plus des allures de Fatwa ou d’oukases, dont la violence et la répétition ne sont plus révélateurs de sa soi-disant sagesse et de sa connaissance des marchés et sont de plus en plus clairement des signes de sa perte d’influence et morale et institutionnelle.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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ghislfa
- 30/08/2012 - 10:28
OUAIS!!!!
A force de jouer les Saint Just, on finit par trouver quelqu'un qui vous rive votre clou. Je ne serais pas surpris qu'on découvre un jour le pot aux roses des finances publiques allemandes et un nid de dettes cachées.
Çà me rappelle les mémoires du Chancelier Brünning, dans les années 30, lorsque qu'il s'attaque à une crise bancaire et qu'il raconte le poker menteur auquel les établissements allemand se sont livrés, affirmant n'avoir besoin de rien avant de finir par avouer une quasi faillite et de se précipiter sur les subsides d'état.
Angela a beau jouer les Margarettes des années 2000, elle évacuera moins facilement les problèmes de l'Europe en tirant dans le dos de ses collègues étrangers comme elle l'a fait avec Helmut Kohl.
L'Allemagne a fait ses choux gras du déficit des autres, elle n'échappera pas à la solidariteé.