En direct
Best of
Best-of: le meilleur de la semaine Atlantico
En direct
Zone d'expérimentation
Avis à la Syrie... Le très douloureux accouchement de la démocratie irakienne
Publié le 26 juillet 2012
L'Irak a été frappée par une série d'attentats lundi faisant plus de 100 morts. Tous revendiqués par Al-Qaïda, ces crimes seraient un moyen de créer des dissensions confessionnelles. Neuf ans après la chute de Saddam Hussein, l’Irak se cherche toujours.
Karim Sader est politologue et consultant, spécialiste du Moyen-Orient et du Golfe arabo-persique. Son champ d’expertise couvre plus particulièrement l’Irak et les pays du Golfe où il intervient auprès des entreprises françaises dans leurs stratégies d...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Karim Sader
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Karim Sader est politologue et consultant, spécialiste du Moyen-Orient et du Golfe arabo-persique. Son champ d’expertise couvre plus particulièrement l’Irak et les pays du Golfe où il intervient auprès des entreprises françaises dans leurs stratégies d...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L'Irak a été frappée par une série d'attentats lundi faisant plus de 100 morts. Tous revendiqués par Al-Qaïda, ces crimes seraient un moyen de créer des dissensions confessionnelles. Neuf ans après la chute de Saddam Hussein, l’Irak se cherche toujours.

Dans un espace arabo-musulman en pleine recomposition, plus d’un an après l’avènement des « printemps arabes » qui ont entraîné dans leurs sillages la chute de régimes autoritaires que l’on croyait inamovibles, qu’advient-il de l’Irak dont la situation actuelle paraît quelque peu occultée par les médias ? Car à l’exception des violences, relayées chaque mois dans une presse se contentant d’en dénombrer les victimes – comme en témoigne la série d’attaques meurtrières qui a frappé lundi l’ensemble des grandes localités du pays – force est de constater le peu d’analyses qui circulent quant à l’évolution d’un Irak pourtant présenté comme un « laboratoire de la démocratie » dans la région, près d’une décennie après le renversement de la dictature de Saddam Hussein, dans les semaines qui suivirent le déclenchement de l’offensive militaire américaine de mars 2003.

Si la délicate phase de transition entamée dans les différents théâtres de contestation de 2011 – Tunisie, Egypte, Libye, Yémen,… – semble davantage préoccuper l’opinion internationale, tout comme le triste sort de la Syrie aujourd’hui en proie aux exactions du régime de Bachar el-Assad et au spectre d’une guerre civile, un regard plus approfondi sur le cas irakien présente pourtant de très précieux éclairages quant aux possibles débouchées des révoltes arabes.

Parmi ces premiers enseignements, il y a l’inévitable question du prisme confessionnel dont l’Irak peine à se débarrasser. Dans une région cherchant à sortir de l’alternance entre régime autoritaire « laïc » et péril intégriste au profit de l’instauration d’un véritable Etat de droit – comme l’ont révélé, l’an dernier, les aspirations d’une jeunesse arabe frustrée de participation politique et de bien-être économique – l’Irak se cherche toujours désespérément cette « troisième voie ». Certes, le retrait des troupes américaines, achevé en décembre 2011, a consacré le retour du pays vers sa pleine souveraineté, mettant fin à 105 mois d’occupation militaire ayant coûtées la vie à 4.474 GI’s et plus de 120.000 civils irakiens – et dont le bilan économique avoisine les 800 milliards de dollars. Mais c’était sans compter l’échec du délicat processus de réconciliation entre les différentes communautés, aujourd’hui plus divisées que jamais.

Ironie de l’Histoire, après 34 années de règne sans partage du Baath dominé par la minorité Sunnite qui réprima par le sang les Chiites majoritaires (60%), sans oublier les Kurdes (18%) gazés par centaines de milliers à la fin des années 1980, c’est une dictature inverse qui semble s’être installée à Bagdad, celle du premier ministre chiite, Nouri al-Maliki, dont le penchant autoritaire n’a rien à envier à celui d’un Saddam. Fin stratège, le nouveau maître de l’Irak, dont le clan contrôle l’ensemble des forces de sécurité ainsi que le très stratégique secteur pétrolier (près de 143 milliards de barils de réserves prouvées), aura su s’imposer aux yeux des Etats-Unis, comme un véritable homme de compromis capable de remettre le pays sur pieds après plusieurs décennies de conflits et d’embargo. Il faut dire qu’à la droite d’Al-Maliki, sur l’échiquier politique local, il y a le spectre des partis intégristes chiites inféodés à l’Iran, dont le plus emblématique est le mouvement de Moqtada Sadr qui aspire à l’instauration d’une théocratie à l’iranienne.

Quant aux sunnites de plus en plus marginalisés sur le plan politique par les manœuvres d’intimidations du clan Al-Maliki, leur marge de manœuvre semble se réduire comme peau de chagrin, n’ayant d’autres recours que de se tourner vers Al-Qaïda et sa branche locale –  « l’Etat Islamique d’Irak » – qui cherche à s’imposer comme l’unique porte-drapeau de la minorité jadis dominante sous Saddam. Dans le collimateur des terroristes, toujours très actifs dans le pays comme l’a démontré la vague d’attentats de ce début de Ramadan (plus de 100 morts et 218 blessés), il y les forces de sécurités accusés d’être la botte du pouvoir à Bagdad, puis les miliciens d’Al-Sahwa – ces anciens djihadistes sunnites qui avaient fait le choix de se retourner en 2007 contre la nébuleuse terroriste en s’alliant aux troupes américaines du général Petraeus – et, surtout, les membres de la communauté chiite, considérés comme des « hérétiques » à la solde de la Perse voisine.

De son côté, la communauté kurde s’efforçant de jouer les arbitres du clivage entre sunnites et chiites, a profité de ces divisions pour asseoir progressivement son autonomie dans le nord du pays. Mais les revendications territoriales de la minorité sur la riche province pétrolière de Kirkuk, doublées de litiges énergétiques qui l’oppose à l’Etat central, ont fini par générer de graves tensions entre Erbil et Bagdad, ajoutant à la ligne de fracture confessionnelle, une dimension ethnique à travers l’antagonisme arabo-kurde.

Tous ces éléments rendent l’Irak d’autant plus vulnérable aux turbulences de la géopolitique régionale, et il s’agit là d’un autre enseignement important à tirer de l’expérience irakienne. Car faute d’être parvenu à installer une véritable démocratie transcendant les clivages communautaires, Bagdad est devenue l’une des principales caisses de résonances de la « guerre froide » régionale que se livrent l’axe chiite mené par l’Iran – dont l’Irak constitue l’une des pièces maîtresses depuis la prise de pouvoir des chiites en 2003 – face au front sunnite conduit par les pétromonarchies du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête, suivie de la Turquie sunnite qui ne cache plus ses prétentions « néo-ottomanes » dans la région. Ces derniers affichent ouvertement leurs soutiens à des sunnites d’Irak dont les appétits autonomistes au centre et à l’est sont d’autant plus palpables qu’ils s’inspirent à la fois de l’expérience kurde dans le Nord, ainsi que du soulèvement  de leurs coreligionnaires syriens qui tentent de renverser le pouvoir alaouite – une secte chiite – à Damas, mettant en exergue le risque bien réel d’une partition de l’Irak.

Ainsi, à la lumière du cas irakien, l’on peut d’ores et déjà s’interroger sur l’issue potentielle des « printemps » du Moyen Orient, et plus particulièrement en ce qui concerne la crise syrienne qui retient actuellement toutes les attentions, à l’heure où la chute du régime d’Assad semble inévitable. Comment dès lors envisager une possible cohabitation entre la minorité alaouite et la majorité sunnite qui ambitionne de prendre le pouvoir après moins d’un demi-siècle de joug baathiste ? Quid du sort réservé à la communauté chrétienne à l’aune de la triste destinée des chrétiens d’Irak, victimes de persécutions et contraints à l’exil ? Enfin, sur le plan géostratégique, l’Iran et ses alliés irakiens resteront-ils passifs face au renversement de leur partenaire syrien qui entraînerait de facto la rupture du « croissant chiite », cet axe stratégique qui s’étend de la Caspienne à la Méditerranée, reliant le régime des Mollahs au Hezbollah libanais, en passant par Bagdad et Damas ? Ne se dirige-t-on pas vers une possible partition de la Syrie qui verrait la création d’un Etat alaouite autour de Lattaquié, garantissant ainsi la survie des intérêts russe et iranien ?

Quoiqu’il en soit, l’expérience irakienne demeure un cas d’école devant conduire à modérer davantage l’enthousiasme parfois angélique qu’ont inspiré les « printemps arabes », et ce, au profit d’une lecture des enjeux géopolitiques qui en découlent.            

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Gilets jaunes : les états-majors des grandes entreprises imaginent trois scénarios de sortie de crise possibles
03.
Alain Finkelkraut étrille Marlène Schiappa après ses propos sur la Manif pour tous
04.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
05.
5 indicateurs de la (faible) culture démocratique du gouvernement
06.
Auto-positionnement politique des Français : le sondage qui montre l’ampleur de la crise existentielle vécue par la droite
07.
Pour la mairie de Paris, la capitale serait sale à cause du réchauffement climatique
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
03.
Statistiques du ministère de l’intérieur : Christophe Castaner ou l’imagination au pouvoir
04.
Etat providence, immigration et Gilets jaunes : l’étude américaine explosive qui révèle la nature du dilemme politique français
05.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
06.
Agression contre Finkielkraut : certains Gilets jaunes voudraient que les Juifs portent l'étoile jaune
01.
Agression contre Finkielkraut : certains Gilets jaunes voudraient que les Juifs portent l'étoile jaune
02.
Ces lourdes erreurs politiques qui fragilisent la lutte contre l’antisémitisme
03.
Antisémitisme: voilà pourquoi je n'irai pas manifester le 19 février
04.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
05.
Derrière les faits divers dans les Ehpad, la maltraitance que l’ensemble de la société française inflige à ses vieux
06.
Un président étranger à son peuple mais aussi de plus en plus étranger à la communauté internationale
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
slavkov
- 26/07/2012 - 19:11
bien vu
... ahurissant, une fois de plus ahurissant que l'occident avec les monarchies féodales du golf soutient politiquement et subventionnent militairement les mouvement terroristes qui agressent de l'extérieure un pays libre ...
xenophon
- 26/07/2012 - 15:17
Inévitable
Seuls les Bobos irénistes parisiens pouvaient croire à ce "printemps arabe" que certains "philosophes" nous ont vendu la main sur le cœur! Le Moyen Orient est en lente implosion dont les retombées externes sont encore difficiles à prévoir. Il est malheureusement envisageable que les Européens soient directement concernés par les débordements de cette débâcle: instabilité du prix du baril au moment où nos écolos tonitruent leurs slogans anti-nucléaires et leurs certitudes venteuses, exportation par l' émigration du salafisme qui permet aux foules et gouvernements arabes de fuir leurs responsabilités en s' attaquant aux "infidèles" si complaisants dans leur remords coloniaux prétentieux pour masquer l' inaptitude des pays concernés du Moyen Orient à bâtir leur propre avenir, relance des antagonismes Shiite-Sunnisme comme au 7ème siècle, etc. Et, cerise sur le gâteau, l' Arabie Saoudite, mère de l' intransigeance religieuse, est protégée par les USA la superpuissance mondiale actuelle.