En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
Seuls... si seuls
Comment nos sociétés se sont transformées en machines à générer de la solitude chez les jeunes
Publié le 17 juin 2012
Une étude parue dans le quotidien La Croix indique que les jeunes adultes ont tendance à se sentir de plus en plus seuls. Un phénomène qui n'est pas sans rapport avec la valorisation de la sociabilité et de la célébrité.
Sébastien Dupont est psychologue auprès d’enfants et d’adolescents (Centre hospitalier d’Erstein, Alsace) et docteur en psychologie (Université de Strasbourg).Il est l’auteur de Seul parmi les autres : le sentiment de solitude chez l’enfant et l...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Sébastien Dupont
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Sébastien Dupont est psychologue auprès d’enfants et d’adolescents (Centre hospitalier d’Erstein, Alsace) et docteur en psychologie (Université de Strasbourg).Il est l’auteur de Seul parmi les autres : le sentiment de solitude chez l’enfant et l...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Une étude parue dans le quotidien La Croix indique que les jeunes adultes ont tendance à se sentir de plus en plus seuls. Un phénomène qui n'est pas sans rapport avec la valorisation de la sociabilité et de la célébrité.

Une enquête récente, commandée par la Société de Saint-Vincent-de-Paul et publiée dans La Croix, confirme une tendance qui avait déjà été indiquée par d’autres études : les adolescents et jeunes adultes disent de plus en plus se sentir seuls ou exclus. Comment interpréter cette généralisation du sentiment de solitude chez les jeunes générations ? Comment comprendre que les jeunes se sentent si isolés, si « déliés », si peu intégrés à leurs cercles d’appartenance naturels (famille, amis, camarades d’étude, collègues de travail…) ?

Un phénomène de société

Chaque cas, bien sûr, est singulier. Et la sensibilité au sentiment de solitude ou d’exclusion relève de nombreux facteurs psychologiques et affectifs qui participent du parcours individuel de chacun. Mais, au-delà de ces cas particuliers, ces enquêtes nous révèlent le caractère généralisé et sociétal de ce phénomène. Du point de vue sociologique, elles nous font voir combien nos sociétés peinent à donner à leur membres le sentiment d’en faire partie, d’y appartenir. Comme l’avait anticipé, avec clairvoyance, le célèbre sociologue Émile Durkheim, dès le début du xxe siècle, les sociétés modernes, individualisées et étatisés, exposent leurs membres au sentiment d’isolement et d’anomie.

Le sentiment de solitude fait ainsi partie des états psychiques qui ont émergé et se sont amplifiés chez les individus des sociétés industrialisées, parallèlement à la dépression et aux idées suicidaires. Il apparaît comme le revers inévitable de la liberté et de l’individualisme de l’homme moderne. Si sa généralisation est attestée à tous les âges de la vie, les jeunes, qui ont justement pour tâche de s’entrer dans la société, y sont particulièrement vulnérables.

La solitude : un sentiment subjectif et relatif

Pour mieux comprendre ce phénomène, il faut bien distinguer le sentiment de solitude (la solitude « perçue ») de l’isolement social réel, car les deux ne vont pas toujours de paire : les personnes qui se sentent les plus seules ne sont pas nécessairement les plus isolées socialement, et vice versa. Non seulement le sentiment de solitude est subjectif, mais il est surtout relatif : chacun juge son « capital social » à l’aune du niveau de sociabilité à laquelle il aspire ou de celui que la société qui l’entoure présente comme souhaitable.

Le sentiment de solitude fonctionne un peu à la manière du sentiment de pauvreté ; on se sent d’autant plus pauvre que l’on côtoie des gens riches où que la société qui nous entoure nous fait penser que l’on pourrait devenir riche (à Las Vegas, par exemple, tout le monde peut se sentir relativement pauvre, eu égard aux potentialités d’enrichissement que les casinos font miroiter). Il en est de même de la « richesse relationnelle » : lorsque l’on côtoie des gens qui bénéficient d’un « capital social » qui paraît beaucoup plus élevé que le sien ou que l’on a l’impression que l’on pourrait ou que l’on devrait avoir un niveau de sociabilisation plus élevé, alors on peut dévaluer sa propre vie affective et sociale.

C’est à cet endroit que s’insinue le facteur culturel du sentiment de solitude. La société dans laquelle grandissent les jeunes d’aujourd’hui encourage chacun à être le plus « sociable » possible et à multiplier autant que faire se peut ses « contacts » et ses milieux de socialisation. Elle prône également les valeurs de la célébrité, de la notoriété publique, de la popularité… Les multimédias, les réseaux sociaux et les émissions de téléréalité symbolisent très bien ces idéaux contemporains : très souvent, la valeur d’une personne, d’une opinion ou d’une action y est mesurée quantitativement, sur le modèle de l’audimat (le nombre d’amis, le nombre de clics, le nombre de « Untel aime ça », le nombre de votes…).

Il ne faut pas pourtant diaboliser les multimédias, qui ne sont pas responsables de cet état de fait. Ils ne sont que le miroir grossissant de phénomènes qui fonctionnent à l’échelle de la société entière, bien au-delà de leur seule sphère. Dans les collèges et lycées, par exemple, la popularité est devenue une valeur dominante et un organisateur des rapports entre jeunes : la place et le rang de chacun sont déterminés par le fait qu’il est plus ou moins « connu » dans son établissement, sur une échelle qui va des « populaires » aux « paumés » ou « SAF » (Sans Amis Fixes).

Ce que nous apprennent les études récentes, c’est que, dans nos sociétés qui prônent ces valeurs abstraites de haute sociabilité, voire de célébrité, une grande part des individus se sentent perdants et finalement assez seuls. À l’aune de l’idéal d’une sociabilité potentiellement infinie, que les multimédias donnent l’illusion de pouvoir atteindre, chacun a tendance à dévaloriser sa vie relationnelle réelle.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Travaux à Paris : « Je creuse donc je suis ! »
02.
Sauver la France en travaillant plus, pourquoi pas… Pourquoi le diagnostic initial ne correspond que de loin à la réalité vécue par les Français
03.
La Belle au bois dormant est un "conte sexiste" : supprimé dans certaines écoles!
04.
Une série d’erreurs serait à l'origine de l’incendie de Notre-Dame de Paris
05.
Pourquoi la France est malade de son immobilier
06.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
07.
Les médecins de Britney Spears dévoilent la vérité sur son hospitalisation
01.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
02.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
03.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
04.
De #GaspardGlanz au passé de Nathalie Loiseau, ces clashs qui soulignent la mentalité de guerre civile qui gagne les esprits français
05.
Tous végétariens ou vegans ? Quand l’OMS met le hola sur les régimes universels écologiques
06.
Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 5 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main
01.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE
04.
Névroses nationales : et la France de demain, vous la voulez à l’identique ou conscientisée ?
05.
De #GaspardGlanz au passé de Nathalie Loiseau, ces clashs qui soulignent la mentalité de guerre civile qui gagne les esprits français
06.
Tous addicts à la polémique : votez-vous encore pour ce que les candidats se proposent de faire ou uniquement pour ce qu’ils sont ?
Commentaires (5)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Septentrionale
- 18/06/2012 - 12:18
La solitude comme une force individuelle
notre grandeur , notre royaume intérieur s'enrichit jusque dans le grand passage de la mort, paradigme de la solitude
les régimes totalitaires ont toujours cherché à anéantir cette dimension profonde qui fait d'un individu un être humain
ils ont jeté l'individualité jusque dans des charniers
La solitude est un bienfait
Septentrionale
- 18/06/2012 - 09:08
depuis que le monde est monde
on est toujours seul parmi les autres
beaucoup trouvent dans le grégarisme une espèce de médicament
Septentrionale
- 18/06/2012 - 09:07
depuis que le monde est monde
on est toujours seul parmi les autres
beaucoup trouve dans le grégarisme une espèce de médicament