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Trump - Biden : un débat chaotique qui ne devrait pas changer les lignes

Publié le 30 septembre 2020
Si le président des États-Unis s’est montré égal à lui-même et à la personne éruptive qu’il incarne sur les réseaux sociaux, son Challenger démocrate s’est, lui, révélé beaucoup plus punchy et "éveillé" que ce à quoi s’attendaient les partisans de Trump.
Jean-Eric Branaa
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Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
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Si le président des États-Unis s’est montré égal à lui-même et à la personne éruptive qu’il incarne sur les réseaux sociaux, son Challenger démocrate s’est, lui, révélé beaucoup plus punchy et "éveillé" que ce à quoi s’attendaient les partisans de Trump.

Une stratégie bien amenée

Commencer par le dossier de la Cour suprême était une bonne idée pour avoir quelques mots sur la question car, sans cela, cela serait passé à la trappe. Trump a ainsi vanté en quelques mots la juge extraordinaire qu’il a nommée et Biden a répondu que le pays était au milieu d’une élection : « il faut laisser le peuple s’exprimer. Il a déjà commencé » a-t-il expliqué. « Ce qui est en jeu », a-t-il ajouté adroitement, « c’est l’Obamacare ». Il a ainsi dévoilé sa stratégie, qu’il allait suivre pendant toute la soirée : avancer des idées, dérouler quelques points de son programme pour mettre en évidence qu’il en a un alors que, de toute évidence, ce n’est pas le cas du côté du président sortant. « 20 millions de personnes vont perdre leur protection sociale. Les femmes enceintes paieront plus cher. Les conditions préexistantes ne seront plus couvertes. », ces idées resteront dans la tête des électeurs.

Trump n’a pas compris tout de suite à quoi menait cette stratégie et lui a répondu sur le fond : « je suis élu pour 4 ans et j’avais le droit de la nommer ». C’est vrai mais ce n’était déjà plus la question.

Départ violent

Mais Trump n’est pas homme à se laisser dépasser dans un débat. Son esprit de réparti reste toujours en éveil et il a surtout l’expérience de quatre ans d’attaques ininterrompues avec une gauche qui n’a cessé de le contester. Comme un vieux chat, il a donc appris à réagir vite et a rapidement compris que, s’il ne faisait rien, il se ferait dépasser : il a sauté sur ses arguments de campagnes, les mêmes qu’il utilise dans ses meetings dont il est cruellement privé pour cause de pandémie, pour tenter de retourner les choses à son avantage. Lorsque Biden a commencé à expliquer qu’il conservait un système privé de santé, il l’a accusé de faire du socialisme. Biden a alors corrigé que c’était à lui de décider de son propre programme. Il a marqué le premier point de la soirée.

Mais, très vite, Trump est devenu plus nerveux, pour ceux qui le rejettent, ou plus combatif, aux yeux de ses supporters. Chris Wallace, toutefois, a été obligé de le reprendre à plusieurs reprises et de lui rappeler que c’était lui l’arbitre. « J’ai plutôt l’impression que je débats avec vous plutôt qu’avec lui » a claqué Trump.

Les attaques de Trump se sont alors faites plus répétées, jusqu’à devenir envahissantes. La stratégie du républicain était de toute évidence d’étouffer le débat, alors qu’il était passé sur le système de santé et qu’on approchait de la gestion de la Covid-19. Trump a noyé sa propre réponse sur le système de santé qu’il pourrait proposer, exactement à la manière de ce qu’il faisait en 2016. Car son but était surtout d’empêcher Joe Biden de présenter le sien :« Vous êtes d’accord avec Sanders pour une politique socialisée ». Biden a asséné sa première attaque directe : « Tout ce que vous racontez est mensonges ! »

Se sentant bien lancé, il a ensuite parlé « d’irresponsabilité » quand le sujet des meetings de campagne a été abordé ou celui des masques. Trump est devenu volubile et Biden a lancé sa troisième réplique cinglante de la soirée, un cri du cœur face à celui qui ne lui laissait plus placer un seul mot : « Mais tu vas la fermer, mon gars ? ». Cela restera certainement la « punchline » du début de débat.

Empathie contre victimisation

La grande force de Biden, qu’il puise dans une vie très difficile parfois qu’il a eu à traverser, est son extraordinaire empathie. Il l’a dégainée, notamment lorsqu’il s’agissait de la pandémie et des 200000 morts, qu’il a imputé à la mauvaise gestion de cette crise par un président défaillant. Il a même fait la leçon au président sur les masques, alors que celui-ci essayé de l’attaquer pour le fait d’en porter un en permanence. Trump a bien essayé un uppercut de son côté avec un « il y en aurait eu 2 millions avec vous », mais cela n’a pas réellement porté. Biden a alors repris son discours bienveillant avec sa voix plus douce et Trump lui a opposé un ensemble de tirades à la recherche d‘autres responsables de ce drame : « C’est la faute à la Chine… c’est la faute des FakeNews… c’est la faute de la presse… ». Il a clairement raté à ce moment-là son passage sur le vaccin, après avoir longtemps affirmé qu’il serait prêt et distribué avant l’élection. Tout le monde a compris après son intervention qu’il n’en serait rien.

Remontée de Trump, mais de courte durée

Avec le chapitre économique, Trump a repris des couleurs. Il sait que peu d’Américains le blâme pour la crise qui est tombée sur l’Amérique et sur le monde, en même temps que cette pandémie. Il peut aussi parler de tous les bons chiffres qui s’alignaient avant cette Covid-19. Il s’est pourtant un peu pris le tapis dans la question des impôts, et Biden a aussitôt enchaîné en faisant passer une autre série de ses propositions de campagnes, celles qui visent à réduire les inégalités et son intention de changer les lois qui avantagent les plus riches, à mettre fin au code fiscal de Trump et à augmenter les impôts des plus riches, en les faisant passer de 24% à 28%. Il a aussi glissé un mot sur la crise qui secoue l’industrie automobile, ce qui, dans les États très disputés de la Rust Belt portera sûrement.

Ayant réussi à installer un climat plus conversationnel, Biden a pu dominer la phase suivante, sur laquelle il était aussi plus à l’aise que son adversaire, celle de la question raciale. Trump est resté vague et dans le registre des slogans pendant les longues minutes qui ont suivies, avant de revenir à sa stratégie de blocage systématique. Wallace a pris ombrage de cette attitude. Naturellement, il a tenté de revenir à la thématique sécuritaire, qui a porté sa campagne ces trois derniers mois. Ce n’était pas forcément sa meilleure idée car Joe Biden est le spécialiste de cette question au Parti démocrate. Il en a ainsi profité pour rajouter le mot « justice » à la fin de la proposition « la loi et l’ordre » si chère à Trump.

Mais cela a donné à ce dernier l’occasion aussi de parler à toutes celles et ceux qui ont peur face à ces manifestations qui sont parfois devenues violentes dans certains territoires et de rappeler son soutien aux pompiers et aux policiers. Ce bon point pour lui a été renforcé par une excellente question de Chris Wallace qui a mis en difficulté Joe Biden en l’obligeant à admettre qu’il n’était pas intervenu auprès des élus démocrates concernés.

Il a, en revanche, été moins bon sur la question raciale, un chapitre sur lequel Biden a été très à l’aise. Dommage pour lui, le président a gâché ce qui aurait pu être son bon moment de la soirée en refusant de condamner clairement les groupes suprémacistes comme les Proud Boys. Biden a asséné que, au bout de quatre ans, l’Amérique est affaiblie, plus malade, plus pauvre, plus divisée : l’enchainement des constats était terrible, mais, encore une fois, Trump a pu noyer l’effet sous un flot de paroles. Wallace a alors dû entrer dans le jeu, sermonnant Trump à qui il lui a rappelé qu’il a accepté des règles qu’il a lui-même négociées. On devine aisément que le camp Trump n’aura pas apprécié cette remontrance et que Wallace sera vilipendé dans les jours qui suivront. Trump n’en n’a eu que faire et a attaqué les enfants Biden alors que le vice-président esquivait, avant de prendre la main sur la question climatique et environnementale. Trump est resté silencieux pendant de longues minutes. C’était le moment du KO technique. Cette thématique n’a pas réussi au président qui s’est défendu mollement en disant que combattre les régulations environnementales étaient nécessaire pour avoir des voitures moins chères.

Noms d’oiseaux et inquiétudes pour l’avenir

Au final, la plupart des téléspectateurs ont surtout retenus les cris, la stratégie de blocage et des interruptions incessantes, les noms d’oiseaux, qui ont volé de part et d’autre. Joe Biden a même traité son président de clown ! Ce débat a laissé un goût plutôt chaotique, qui ne sert aucune cause dans une Amérique fracturée comme jamais et qui fait toujours face, non seulement à la violence d’une crise sanitaire, mais également à celle d’une crise économique et d’une troisième, sociale.

C’est ce qui a fait dire à d’autres observateurs, plus prudents, que ce n’est pas Joe Biden qui a gagné le débat, mais plutôt Donald Trump qui l’a perdu. Cette remarque s’inscrit en effet davantage dans la logique de cette campagne, au cours de laquelle on ne remarque pas une forte adhésion au candidat démocrate, mais qui s’est plutôt transformée en un « référendum général pour ou contre Trump ». Biden, lui-même, ne nie pas ce constat, qu’il a même souligné avec un « doit-on continuer quatre ans ainsi ? » plutôt évocateur.

On retient enfin que Donald Trump a affirmé payer deux millions d’impôts par an, ce qui a confirmé l’importance de cette question fiscale dans la fin de la campagne et sa crainte qu’elle ne puisse emporter les dernières chances qui lui restaient. Il lui fallait donc tenter d’éteindre cet incendie mais il ne l’a pas réellement fait, refusant toujours obstinément de publier sa feuille d’impôts et rendant donc impossible la moindre vérification de ses dires.

C’est à la toute fin du débat que le vrai basculement inquiétant s’est produit dans la phase consacrée à l’intégrité des élections : Donald Trump a parlé de fraude, là encore sans preuve ni fait précis sur les allégations de tricherie, et a mis en garde, appelant se supporters à se rendre dans les bureaux de vote pour tout surveiller, car les modérateurs sent –selon lui– des alliés de Biden qui pourraient, comme il l’auraient déjà fait en 2016, « jeter des millions de bulletins dans les rivières. » Il a alors refusé d’appeler ses militants à rester calme dans le cas où il ne serait pas possible de certifier le résultat dès le soir du vote, ce qui est une possibilité forte. Il a parlé de « plusieurs mois avant d’avoir le résultat », ce qui créé une confusion dans l’esprit du public qui pense qu’il n’y aura pas de président pendant ce laps de temps, alors que cela ne sera évidemment pas le cas puisque la Constitution américaine met une limite maximale aux recours de quelques jours et que le Collège électoral élit formellement le président le 14 décembre. Biden, pour sa part, a assuré qu’il respecterait le résultat, quel qu’il soit.

Au final, ce débat ne changera rien aux intentions de vote : le pays est extrêmement divisé et il n’y a eu aucune campagne, ce qui fait que chacun reste sur ses positions et a vu son champion avec les yeux de l’amour : les 41% du camp Trump pensent qu’il a remporté le match, alors que les 48% du camp Biden estiment que c’est le contraire, d’après le premier sondage (CBS) qui a été publié. Biden a toutefois réussi sa soirée : il a privé Trump et ses supporters de leurs arguments récurrents depuis un an : il leur a montré qu’il n’est ni sénile, ni endormi et qu’il est au contraire très punchy et excellent débatteurs. Certains militants en sont encore tout surpris, tant ils sont abreuvés de fausses vidéos qui leur démontrent le contraire !

Jean-Éric Branaa, est l'auteur de "Joe Biden" (biographie, publié aux éditions du Nouveau Monde, 2020)

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (4)
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Liberte5
- 30/09/2020 - 22:07
JE Branaa ne fait pas dans l'analyse.....
il est dans la propagande pour le camp démocrate. Or, les démocrates sont devenus un parti d'extrême gauche . Leur objectif , détruire les Etats Unis. Il suffit de regarder ce qu'est devenu New York avec un maire communiste à sa tête. Cela préfigure les USA si Biden venait à gagner.
Dervin
- 30/09/2020 - 16:58
trump biden
Encore un article bourré de fautes ..
le niveau baisse.. désabonnement envisagé !!
ajm
- 30/09/2020 - 15:47
Comme les autres.
On a compris depuis un certain temps que mr Branaa, comme presque tous les universitaires ( sauf mr Husson). déteste mr Trump.