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© Geoffroy VAN DER HASSELT / POOL / AFP
Olivier Véran ministre de la santé
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Covid-19 : la société française face au confinement

Publié le 12 juillet 2020
Jean-Pierre Marongiu publie "Même à terre, restez debout !" (Les Nouveaux Auteurs). Emprisonné 1 744 jours au Qatar, Jean-Pierre Marongiu revient dans ce manuel sur les méthodes et les techniques qui lui ont permis de résister à l'horreur et d'en réchapper indemne. Extrait 2/2.
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Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur et expert en Management. Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a...
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Jean-Pierre Marongiu publie "Même à terre, restez debout !" (Les Nouveaux Auteurs). Emprisonné 1 744 jours au Qatar, Jean-Pierre Marongiu revient dans ce manuel sur les méthodes et les techniques qui lui ont permis de résister à l'horreur et d'en réchapper indemne. Extrait 2/2.

Le destin est taquin, à l’heure où j’apposais le dernier mot de conclusion à ce guide, Emmanuel Macron, président de la République française, annonçait une mesure inédite dans l’histoire de notre pays: la restriction de la circulation des personnes sur tout le territoire.

Lors de cette allocution historique, il fit le choix de ne pas prononcer le mot de confinement. Les médias, les analystes sociétaux et la paranoïa des foules s’en sont chargés.

Il n’est pas dans mon propos de commenter les raisons ni la pertinence de cette décision. Il sera temps, la crise passée, car c’est le propre des crises de ne jamais durer, d’en tirer les leçons et de cerner les responsabilités.

Ce qui m’interpelle, ce sont les soubresauts de notre société qui me positionnent en témoin de situations sociétales auxquelles mon expérience personnelle me confère une expertise.

J’ai vécu quatre ans et neuf mois en confinement. Les conditions de ce confinement ont été extrêmes, pourtant, j’ai dû apprendre à les accepter et m’y adapter. Ce guide relate les différentes techniques de résistance et de résilience aux accidents de vie. Le confinement obligatoire qui est imposé aujourd’hui aux populations européennes en est un.

Se trouver en situation de confinement, c’est se retrouver seul avec soi-même, nu au sein d’un groupe plus ou moins restreint, déconnecté de la société extérieure et de sa sécurité, dévêtu du vernis sociétal, privé d’intimité.

Inutile d’en dissimuler la réalité, c’est une épreuve majeure pour notre identité. Une des phrases qu’a prononcée Emmanuel Macron m’a particulièrement interpellé :

«Le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant.»

Au début de cet ouvrage, j’écrivais que l’homme qui tombe n’est pas celui qui se relève et que celui qui revient n’est jamais celui qui est parti. C’est d’évidence, ce qui va se produire, dans quinze jours ou bien dans un mois, voire davantage, quand nous serons à nouveau autorisés à retrouver la rue, le bureau, l’école… notre vie, nous ne serons plus les mêmes.

Une épreuve, particulièrement une épreuve commune, renforce les liens entre les membres d’une communauté.

Pourtant, certains d’entre nous vont en ressortir affaiblis physiquement et moralement, alors que d’autres, au contraire, vont se révéler. Des couples vont se renforcer et se redécouvrir, d’autres vont se séparer. Des liens familiaux distendus par nos modes de vie individuels vont se resserrer, d’autres vont définitivement se rompre.

Cet accident de vie nous est imposé, il est donc injuste. Nous pouvons le vivre comme une punition ou comme une circonstance opportune.

Oui, une opportunité de faire une pause dans notre trajectoire, personnelle, familiale, amicale, amoureuse, spirituelle et nous interroger sur la distance parcourue. En sommes-nous satisfaits? Qu’aurions-nous changé si seulement nous en avions eu le temps, la possibilité ? Qu’avons-nous trop dit ou pas assez ?

Face à ce confinement, nous ne sommes pas égaux, c’est aussi une des particularités de la vie, rien n’est réellement équitable.

La plupart d’entre nous vont se regrouper en famille, d’autres, contraints d’être hospitalisés et déconnectés de leurs proches, et d’autres encore, seront seuls, plus que cela, ils vont être esseulés, abandonnés.

Les conseils que je voudrais vous délivrer sont ceux qui m’ont permis de surmonter les changements du comportement et de l’esprit qui sont inéluctables à une période de confinement que je vous souhaite la plus douce possible.

Vous ne serez pas surpris de constater la similarité de la méthode que vous venez de lire et celle que je préconise pour le cas présent du confinement sanitaire. La méthode est la même parce qu’il s’agit également d’un traumatisme.

L’acceptation

Bien que révoltante, parce qu’imposée sans consultation préalable, pour la plupart d’entre nous, la décision du confinement a été prise par l’exécutif et nous devons nous y conformer. La colère ou la tristesse n’y changeront rien, quant à désigner des responsables, pas davantage. Il nous faut accepter et nous organiser.

En période de crise nationale, chacun doit prendre du recul, assumer ses responsabilités et participer à l’effort commun.

Le plus important est de ne pas considérer cette mesure de confinement comme une punition. C’est une décision prise pour le bien commun afin de préserver la santé de tous et d’enrayer le plus rapidement possible l’épidémie de coronavirus. Pour lutter contre une pandémie, il n’existe que trois possibilités: la vaccination, les médications et la distanciation sociale, c’est-à-dire éloigner les personnes pour que le virus ne puisse pas circuler dans la population.

Le confinement est une mesure drastique et radicale, mais nécessaire. Nous allons vivre pour un temps dans un monde « restreint » et notre devoir de citoyen est de l’accepter. Il faut surtout se dire que cette situation est temporaire et qu’il y aura indéniablement un retour à la normale dès lors que cette crise sanitaire sera finie.

Notre devoir de citoyen est de l’accepter.

La responsabilité

En premier lieu, éviter une pandémie… d’esseulement.

Si je fais la différence entre solitude et esseulement, c’est que l’une renforce l’identité et l’autre la détruit. L’isolement, cette distanciation sociale inhérente au confinement peut renforcer le sentiment d’abandon pour les personnes vivant seules. La solitude augmente le risque de mortalité de 29%.

Anxiété, stress, dépression… un sentiment de désespérance s’installe et notre métabolisme en subit les conséquences.

Les personnes isolées voient l’interdiction de sortir comme une aggravation de leur condition. Tout le monde est touché par la solitude. Les personnes âgées, les jeunes, les étudiants. Il leur est nécessaire, et vital, de trouver les ressources de surmonter le sentiment d’abandon. Pour surmonter le découragement, il est nécessaire de s’ancrer dans le quotidien et organiser des routines. Vivre l’instant présent. S’alimenter correctement. Préserver le sommeil. Faire du sport. Écouter de la musique.

Paradoxalement, alors que c’est un vecteur de socialisation et de communication, je conseille aux personnes isolées de limiter l’usage des réseaux sociaux. Les informations y sont la plupart du temps fantaisistes, alarmistes et anxiogènes.

Il est cependant essentiel de se tenir informé régulièrement et, pour cela, il est préférable d’utiliser les canaux traditionnels soumis à l’obligation du contrôle de l’information (radios, chaînes de télévision, journaux…).

Être seul, en avoir conscience, en subir la souffrance, doit nous inciter à nous tourner vers autres. Le confinement peut être le déclencheur de comportement altruiste. Contacter les amis et la famille, être attentif aux voisins auxquels on ne parle jamais.

On peut aussi être isolé sans souffrir de la solitude, voire la réclamer.

Pour autant, isolement social et solitude sont deux choses différentes. Certaines personnes sont socialement isolées et ne se sentent pas seules, en revanche, certaines personnes sont solitaires même en société.

C’est la perception individuelle de l’esseulement qui est un facteur déstructurant en termes d’identité, au contraire il faut envisager la solitude comme une thérapie de ressourcement personnelle. Pour réduire le sentiment d’esseulement, il suffit de garder le contact. Fort heureusement, Internet et les messageries autorisent les conversations audio et visuelles sans limitation. Le simple fait de savoir que l’on peut compter sur quelqu’un en cas de besoin suffit à atténuer le syndrome de Robinson Crusoé.

Les effets du confinement sur notre psychisme

Les modalités et conditions d’un confinement jouent beaucoup sur notre niveau d’anxiété. Lorsque la situation s’installe dans la durée, l’impact psychologique est très important. Les conséquences psychologiques peuvent même perdurer, après le confinement, pendant plusieurs années.

Une étude américaine démontre que la solitude était aussi dangereuse pour la santé que l’obésité, le tabagisme et l’inactivité physique. Il a été établi que la solitude augmenterait les risques de maladies cardiovasculaires, de cancer, de dépression et de démence. D’autres études révèlent que la solitude est un facteur d’affaiblissement du système immunitaire.

La conjonction du confinement et de la solitude est à prendre très au sérieux, pour les personnes âgées qui sont généralement les plus isolées, mais aussi les jeunes célibataires.

Vivre le confinement

Vous vous sentez angoissé à l’idée de rester entre quatre murs, privé d’air frais et de rayons du soleil? Pourquoi rester chez nous nous coûte-t-il autant? Que faire contre les idées noires?

L’exemple récent de la Chine a démontré que l’enfermement dû à la propagation du virus Covid-19 avait eu des conséquences sur la santé mentale collective. Une étude conduite auprès de 36 provinces chinoises dévoile ainsi que 39% des répondants ont affirmé subir un stress important consécutif au confinement.

Plus encore que l’idée mal définie du confinement, c’est notre résistance au changement qui rend difficile l’acceptation de restriction.

Sans que nous ayons eu le temps de nous y préparer, notre quotidien s’est trouvé soudainement bouleversé. Tout ce que nous avions l’habitude de faire ou prévu de faire est modifié. La plupart des activités à l’extérieur sont devenues interdites. À la peur d’être contaminé s’ajoute l’incertitude de la durée du confinement.

Le bien-être, c’est avant tout faire ce que l’on aime.

Puisque nous avons l’obligation de rester chez soi, nous devons faire en sorte de saisir l’opportunité de faire ce que nous n’avons habituellement pas le temps de faire. Nous nous plaignons souvent de ne pas avoir de temps pour nous, pour nos enfants, de trop travailler…

On nous offre la possibilité de combler ce manque, et pourtant, la perspective de rester chez soi, seul ou avec ses proches, crée une anxiété d’intensité variable d’une personne à l’autre.

Il est difficile d’établir quelles vont être les réactions de chacun dans ce contexte singulier. Cela dépend de la qualité du lien avec soi-même et avec les autres.

Bien vivre le confinement

Un temps d’adaptation sera nécessaire pour trouver un rythme et une organisation de vie qui nous conviennent.

Un préjugé négatif va créer un mal-être. A contrario, si on accepte pleinement qu’il s’agisse d’un nouveau cadre de vie acceptable, on trouvera de nombreux aspects satisfaisants plutôt que focaliser sur les restrictions. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de moments de solitude ou de souffrance.

Ce que j’observe déjà, depuis ma fenêtre et au cours des sorties de ravitaillement, c’est que les gens commencent spontanément à communiquer, à prendre des nouvelles de leurs amis, à user de la dérision pour accepter la situation. On peut également considérer cette période comme une expérience de vie inédite qui va créer de nouvelles habitudes et de nouveaux comportements dans le sens de prendre soin de soi et des autres.

A lire aussi : L’instinct de survie : cet atout majeur de l’espèce humaine pour surmonter ses peurs, les obstacles et les accidents de la vie

Extrait du livre de Jean-Pierre Marongiu, "Même à terre, restez debout !", publié aux éditions Les Nouveaux Auteurs

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