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Municipales : les sept points à vérifier dans le programme des candidats afin de ne pas se tromper en allant voter

Publié le 15 mars 2020
Le premier tour des élections municipales se déroule ce dimanche 15 mars. Comment les électeurs peuvent-ils reconnaître les propositions et les mesures qui auront un impact positif pour leurs communes ?
Jean Spiri est Conseiller régional d’Île-de-France. A ce titre, il est président du CRIPS, le centre régional d’information et de prévention en matière de santé, de lutte contre le VIH, les IST et les addictions.Il est également élu à Courbevoie,...
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Le premier tour des élections municipales se déroule ce dimanche 15 mars. Comment les électeurs peuvent-ils reconnaître les propositions et les mesures qui auront un impact positif pour leurs communes ?

1. Alors que les élections municipales ont débuté ce matin, comment les électeurs peuvent-ils reconnaître parmi les propositions des différents candidats, celles qui auront un impact positif sur leur commune comme (1) les finances publiques, 2) la sécurité,  3) les mesures pour la vitalité économique du territoire,  4) les transports, 5) la bonne gestion des solidarités générationnelles et sociales, 6) l'environnement et la santé publique ou bien encore 7) la compétence et le pragmatisme ?

Bruno Jérome : Les dernières enquêtes sur les attentes des français avant les municipales le montrent bien (voir sondage Elabe-Institut Montaigne du 5/3/2020), les français placent en tête de leurs préoccupations la sécurité (40% des français) et la fiscalité locale (38% des français). Ces deux domaines sont des sujets majeurs dans l’électorat de droite. De surcroit, la sécurité est placée en tête des priorités d’action par les plus de 65 ans, qui au demeurant votent en moyenne un peu plus à droite que les autres catégories d’âge. De son côté, la fiscalité est plus particulièrement mise en avant par les actifs, c’est-à-dire par les plus de 35 ans et les CSP +. 

La protection de l’environnement arrive en troisième position des attentes (33% de citations) devant la propreté et l’entretien de la ville (32%). Sans surprise, l’électorat de gauche et plus particulièrement écologiste plébiscite la priorité envers l’environnement. On notera que la propreté est le second sujet de préoccupation des Républicains avant même la fiscalité.

Le développement économique et l’emploi (30%) ainsi que l’accès aux soins et la santé (30%) arrivent en 5ème position à égalité dans la hiérarchie des préoccupations et des priorités d’action du prochain maire. Le premier de ces deux thèmes est dominant dans l’électorat de gauche.

Les autres champs sont relégués plus loin, entre 18% et 15% (L’éducation, la circulation et le stationnement, le logement, les transports en commun, la vie culturelle, les animations et le sport). 

Parmi toutes les propositions contenues dans les programmes, les électeurs ne les hiérachiseront pas de la même manière selon l’âge, la CSP d’appartenance ou la taille de la ville. La connaissance de la structure d’âge de la ville, sa composition socioprofessionnelle, la structure de l’habitat et la strate de la ville sont des éléments déterminants pour comprendre l’échelle et la répartition des priorités. Notre ouvrage Villes de gauche, ville de droite donne quelque éclairage à ce sujet (co-écrit avec Véronique Jérôme, Richard Nadeau et Martial Foucault aux Presses de Science-Po)

Enfin, les électeurs ne jugeront pas de la même manière les propositions qui émanent des sortants ou de l’opposition.

Le sortant sera jugé sur sa crédibilité, autrement dit sur un bilan concret mesurable par une balance annonces-résultats et ce dans tous les domaines susmentionnés. Si les annonces de début de mandat rencontrent les réalisations alors le sortant renforcera sont stock de crédibilité et maximisera ses chances de réélection. Pour ce faire il peut s’appuyer sur des données chiffrées ou factuelles et bien sûr sur des réalisation concrètes.

L’électeur doit mobiliser tous les éléments subjectifs ou objectifs lui permettant de jauger la crédibilité des programmes et des candidats qui les portent. Juger les résultats du sortant, à travers son ressenti, que ce soit pour soi-même (attitude dite egotropique) ou pour la commune en général (attitude dite sociotropique) semble être le moins difficile.

Mais cela de suffit pas. Le maire doit s’efforcer de faire correspondre l’offre électorale à la demande électorale. Or, dans de nombreuses communes, en particulier dans les bastions de droite comme de gauche (1), la demande est très typée et correspond à des choix de localisation voulus sinon assez rationnels de la part des citoyens électeurs (théorie du « vote avec les pieds » de l’économiste Charles Tiebout). Le Maire a donc un socle électoral, une « clientèle », qu’il doit servir au mieux pour les conserver. Cela est vrai en matière de politique fiscale (privilégier l’emprunt ou l’impôt pour financer l’investissement ou le fonctionnement), de structure de l’habitat (immeubles contre pavillons), de logements sociaux, de sécurité ou encore d’espaces verts.

Le sortant est d’abord jugé de manière rétrospective avec un contenu prospectif 

Ce n’est pas le cas de l’opposant qui reste confiné dans les promesses. Le jugement de l’électeur le concernant ne peut être que prospectif puisque nul ne sait si ses promesses seront respectées.

Cela contraint l’électeur à une analyse coût-bénéfice ou plus simplement à un pari sur l’avenir : quels coûts vais-je supporter en cas d’arrivée au pouvoir de l’opposition contre l’avantage de la reconduction de sortant ?

L’aversion pour le risque peut ainsi entraîner un vote conservateur se traduisant pas la reconduction du sortant. Ce chiffre est d’ailleurs assez élevé ….

Les municipales sont donc avant tout un référendum pour ou contre le bilan de l’équipe sortante (modèle dit punition-récompense) avec toutefois certains déterminants perturbateurs à même de minimiser ou d’annihiler un bon bilan : 

- Le Maire sortant peut subir l’impopularité (ou à l’inverse bénéficier de la popularité) d’un Président dont il est proche idéologiquement.

- Les chocs exogènes non prévisibles (crises économiques ou sanitaires) peuvent impacter le niveau global de l’économie et se diffuser à l’échelon local.

- Un climat économique tendu dans un bassin d’emploi (croissance, chômage) peut impacter le bilan d’un maire à l’échelon local même s’il n’est pas totalement responsable de la dégradation.

Jean Spiri : Tout d’abord, il me semble que les électeurs n’ont pas toujours en tête les compétences principales d’une commune. La commune est la dernière collectivité à avoir une clause de compétence générale, ce qui laisse de très grandes marges de manœuvre. Mais à mon sens, la déception peut être grande si les services du quotidien ne sont pas assurés dans les compétences cœur : les écoles, les crèches, l’action sociale, la culture et les sports, l’urbanisme et le logement, l’eau et l’assainissement, les déchets, les voiries communales, l’environnement,… La sécurité, avec les polices municipales, est de plus en plus considérée comme une compétence importante.

Ensuite, sur les impacts positifs des propositions, comparer les bonnes pratiques entre villes sur la gestion commerciale par exemple, la piétonnisation, l’urbanisme, les équipements, les moyens mis dans les écoles, le nombre de places en crèches, est un excellent moyen de faire son choix. En ayant toujours en tête les différences de moyens et de fiscalité entre les communes. Chaque électeur doit être conscient de ses choix : même si tous les candidats annoncent la maîtrise budgétaire, la stabilité fiscale, il est évident que certains rasent gratis. Mais après tout, il y a des villes où les impôts sont élevés, et la qualité de service au rendez-vous. Beaucoup d’électeurs considèrent « qu’ils en ont pouyr leur argent ». Il est important de savoir ce que l’on veut : il y a des choix politiques forts, comme certaines gratuités. Il ne s’agit pas de dire que c’est infaisable, mais que c’est un choix ayant un impact budgétaire. Tant qu’on en est conscient, il me paraît important d’avoir le courage de faire des choix. Pour certaines villes qui souffrent d’une absence de dynamisme, une politique massive d’investissement peut être un choix pertinent, même s’il est risqué et coûteux à court terme. C’est un choix, une prise de risque, une conviction collectives.

Car il est difficile de ne juger qu’en statique les propositions. Prenez deux villes comparables, mettez à leur tête des édiles ayant deux stratégies et visions différentes, vous n’aurez pas le même résultat ni le même dynamisme en 10 ans. Beaucoup de maires font des merveilles, parfois avec peu. C’est aussi cela qu’il faut savoir apprécier.

Chaque année, ces élections offrent aux candidats la possibilité d'innover sur le plan des propositions. Comment reconnaître parmi les propositions celles qui sont réalisables de celles qui sont de l'ordre de la démagogie ?

Bruno Jérome : Du transfert d’une gare majeure à la périphérie de Paris à la couverture forestière de la capitale en passant par le « tout vélo » même en cas de déménagement, on a vu fleurir de nombreuses propositions assez surprenantes que certains qualifient même de démagogiques. 

Pour s’y retrouver, le citoyen-électeur doit se poser au moins deux questions. 

La première est de se demander si tel ou tel projet est chiffré et comment il sera financé. L’investissement futur sera-t-il financé par plus d’impôts, ou plus de dette (de l’impôt différé) ? Quel seront les coûts et les avantages de l’opération ? En termes de bien-être, en termes financiers ? Si aucune réponse n’est esquissée, on peut douter de la crédibilité du programme. 

Restent plusieurs difficultés.  N’étant pas « experts », les agents économiques peuvent avoir tendance à sous-estimer les coûts fiscaux futurs de la dépense d’aujourd’hui. Enfin, si l’on compare le coût de mobilisation de l’information, aux gains que cette même information procurerait pour voter, certains électeurs préfèrent parfois « ne pas savoir » (principe d’ignorance rationnelle) ce qui les rend d’autant plus perméables aux discours préemballés et aux programmes trop marketés. 

C’est ainsi que dans la dernière étude Elabe-Institut Montaigne (5/3/2020), seuls 42% des français semblent bien connaitre les propositions et programmes des candidats aux municipales (si l’on en croit leurs réponses). Cette moyenne cache cependant que les 65 ans et plus, sont 56% à se dire plutôt bien informés contre 25% pour les 18-24 ans. En corolaire, les retraités sont également 56% à déclarer bien connaître les programmes.

Le plus simple est alors de se poser une deuxième question. Mon Maire ou son équipe ont-ils tenu leurs promesses concrétisées en actes ? Si oui, on a de bonnes raisons de penser que si les sortants ont bien géré et bien répondu à la demande locale, ils seront en mesure de réitérer lors du prochain mandat. C’est une façon comme une autre de juger de la compétence de celui qui a agi tandis que les autres parlent. Dans le cas contraire, il devient rationnel de « sortir les sortants ».

Si l’on en juge par le taux de popularité élevé des Maires parmi les élus et leur taux de reconduction entre 65% et 70% selon les années, les électeurs se sont sans doute posé cette seconde question et ont semble-t-il privilégié les réalisations concrètes, tant le respect de la demande locale et la bonne gestion ont plus d’importance à leurs yeux que d’hasardeuses promesses.

Jean Spiri : Pour l’électeur, il n’est pas toujours simple de se projeter dans le réalisable ou pas. Au-delà de la seule question financière, les communes sont de moins en moins isolées, et doivent composer avec une multitude d’acteurs pour qu’un projet puisse voir le jour. C’est d’abord le millefeuille des collectivités, avec notamment le développement de l’intercommunalité ; les Français votent pour leurs représentants en intercommunalité lors des municipales, et dans beaucoup de communes c’est là que les projets ambitieux se décident. Sans compter que beaucoup de projets ambitieux ne se font qu’en concertation avec l’Etat, sur des financements des Régions, des départements, qui eux-mêmes ont des voies… Et qui sait qu’on ne peut pas mettre un ralentisseur sur certaines voies pompiers ? Il est facile de promettre en dehors de ces contraintes. Ensuite, l’urbanisme est soumis à de nombreuses contraintes qui ne dépendent pas toutes des communes : un bord de mer, un bord de fleuve, une forêt, une zone protégée du point de vue du patrimoine,…. les cas sont nombreux. Enfin, les négociations avec des acteurs publics et privés comme la SNCF ou des entreprises pour les terrains sont parfois bien plus complexes qu’annoncées.

Alors bien sûr, la capacité financière d’une ville, qui se mesure par de nombreux indicateurs, et se compare (pas seulement par strate), le niveau des impôts, le ratio entre dépenses de fonctionnement et investissement, sont des indicateurs importants, mais ce sont loin d’être les seuls. Plus une commune a les mains libres pour un projet plus il est faisable sans difficultés – et ce n’est pas toujours simple à déterminer. Mais n’oublions pas que ce qui fait la réussite d’un maire, c’est souvent l’énergie folle qu’il met à lever les barrières. Au-delà des propositions, l’adéquation avec la personnalité du candidat, son expérience, professionnelle, personnelle, politique, – quel que soit son âge - est essentielle.

La crise sanitaire liée au coronavirus vient s'ajouter à une crise sociale profonde qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Le coronavirus aura-t-il un impact sur la  tendance des votes ?

Bruno Jérome : C’est la grande inconnue de ce scrutin municipal 2020, car la situation est inédite sous la Vème République. 

Avant la crise sanitaire, la droite qui rassemble 55 à 60% de sortants selon les strates comptait faire de ce scrutin une rampe de lancement pour la présidentielle de 2022. De son côté, la gauche escomptait mesurer son pouvoir de résistance dans ses bastions. Quant à LREM, ayant peu de sortants investis et aucun candidat dans près de la moitié des communes de plus de 10000 habitants, la moisson électorale risquait d’être faible. 

L’épisode du coronavirus va-t-il rebattre les cartes au sens où il modifierait le comportement de certains électeurs décisifs ? Ici nous pensons surtout au vote des seniors qui penche a priori à droite. Ajoutons que dans les sondages, cette tranche d’âge était jusqu’à présent la plus déterminée à aller voter (75% de chances) et la plus sure de son choix (71%). Or depuis l’amplification de la propagation du virus l’abstention potentielle progresse, autour de 42% contre 36.4% en 2014.

En cas d’abstention plus grande des séniors, les sortants de droite ne devraient pas être inquiétés dans leurs bastions (voir…). En revanche, les cartes pourraient être rebattues dans les villes plus sujettes à l’instabilité électorale (basculements répétés).

Reste enfin un paramètre : comment les séniors vont-ils interpréter le message contenu dans l’allocution d’Emmanuel Macron du 12 mars, demandant au plus de 70 ans de rester chez eux mais en même temps les invitant à se déplacer aux urnes ? une première réponse ce soir à 20 heures.

Jean Spiri : Avec les dernières annonces du Premier ministre qui font suite à celles du Président, il est évident que le COVID-19 aura un impact sur ce scrutin. Sur ce que les électeurs ont en tête en allant voter. Sur ceux qui se déplaceront. Nous sommes dans une situation inédite.

Sandra Hoibian : Il est certain que la période que traverse le pays, et l'on pourrait même dire le monde occidental, est singulière. Depuis une décennie, le monde semble de plus en plus imprévisible et menacant à nos concitoyens, et en particulier aux plus jeunes. Crise financière, menace terroriste, catastrophe écologique, dislocation sociale, crise de la démocratie, aujourd'hui pandémie, et demain pénurie et crise économique, la liste semble jamais ne devoir s'arrêter et aller de charybde en scylla. Lorsqu'une société se focalise sur une catastrophe, ou un péril annoncé, c'est un signe de la remise en cause d'une certitude, d'une croyance, d'une ancienne évidence, d'un sentiment de fragilité.  La multiplication de l'usage même du mot "crise" par les médias, les politiques, pour désigner ces événements (crise sociale, écologique, financière, sanitaire) semble pointer le besoin impérieux de se projeter dans un futur différent. Chaque citoyen aura ensuite ses idées sur la direction à prendre pour ce futur, mais il est probable que les opinions  soient moins dans le compromis que par le passé, et les votes plus affirmés vers des listes avec des directions marquées. 

(1)  Voir les story 1 à 3 de Figdata avec Véronique Jérôme @VeroniqueJEROME et Guillaume Tabard @GTabard @Fig_Data
https://www.lefigaro.fr/fig-data/municipales-1-popularite/
https://www.lefigaro.fr/fig-data/municipales-2-bastions/
https://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/une-grande-ville-sur-deux-sans-candidat-lrem-aux-municipales-20200225

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Loupdessteppes
- 16/03/2020 - 09:25
Un poing d'humour remplace-t-il sept points bidons ?
"La différence entre une démocratie et une dictature, c'est qu'en démocratie tu votes avant d'obéir aux ordres, dans une dictature, tu perds pas ton temps à voter"
Charles Bukowski
zelectron
- 15/03/2020 - 22:44
Et laiiser la place aux malfrats précédents ?
Même lorsqu'il y a que 2 listes il faut éliminer la liste sortante de gauche qui se cache sous un anonymat malséant, donc ni abstention, ni blanc, ni nul !
Loupdessteppes
- 15/03/2020 - 18:38
Na pas se tromper en allant voter !!!
La bonne blague ! Les fonctionnaires universitaires du CNRS sont à la peine et hors du temps, ce qui ne m'étonne pas. L'erreur c'est d'avoir maintenu ces élections tout bêtement ! Pas besoin d'analyses politiques et économiques bidons !