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"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" de Arnaud Viard : l'amour, la tendresse et la nostalgie en partage...

Publié le 22 janvier 2020
Le nouveau film d'Arnaud Viard, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", avec Jean-Paul Rouve, Benjamin Lavernhe et Alice Taglioni, est sorti dans les salles de cinéma ce mercredi 22 janvier.
Dominique Poncet est est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Le nouveau film d'Arnaud Viard, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", avec Jean-Paul Rouve, Benjamin Lavernhe et Alice Taglioni, est sorti dans les salles de cinéma ce mercredi 22 janvier.

"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

de Arnaud Viard

Avec JEAN-PAUL ROUVE, BENJAMIN LAVERNHE, ALICE TAGLIONI…

 

RECOMMANDATION
Excellent


THÈME
Dans la famille Armainville, il y a la mère, Aurore, une veuve de 70 ans, douce mais exigeante (Aurore Clément); Jean-Pierre, le fils ainé, qui prend soin de tout le monde, sauf de lui même et aide financièrement sa famille en jouant sur ses revenus de représentant de commerce (Jean-Paul Rouve); Juliette, la cadette, qui après plusieurs années de galère, vient enfin de tomber enceinte et se rêve romancière (Alice Taglioni); Mathieu, aérien, burlesque et décalé, mais d’une timidité paralysante avec les femmes; et enfin, Margaux, la petite dernière, photographe insouciante et sans le sou (Camille Rowe).

Bien sûr on devine assez vite qu’on va suivre les itinéraires de ces cinq là, si différents et pourtant si proches. Tout le charme du film et sa vérité vont être dans la manière de le faire. Les récits vont s’entremêler, tour à tour burlesques et poignants. Cette chronique d’une famille morcelée depuis la mort du père va nous faire un peu pleurer mais aussi beaucoup rire, à grands coups d’engueulades et de réconciliations.

 

POINTS FORTS
– Comment bâtir un film choral à partir du livre éponyme d’Anna Gavalda composé de nouvelles très différentes ? Arnaud Viard a réussi ce qui relevait presque de la quadrature du cercle. Après un long temps de réflexion, il a trouvé qu’entre ces histoires en apparence si disparates, le lien était, d’une manière plus ou moins visible, la famille . Après avoir emprunté des éléments aux personnages principaux des nouvelles de la romancière, il a reconstitué une famille comme on en connaît et aime tant, disparate mais unie, à la fois énervante et attachante jusque dans ses défauts.

Les nombreux fans du roman d’Anna Gavalda ne pourront pas se sentir trahis. Arnaud Viard a respecté son style, fin, simple et ciselé, et il a « retricoté » ses histoires sans jamais leur en substituer de nouvelles. Les glissements sont subtils et les dialogues très justes. Son film a une belle fluidité romanesque et pour que les émotions ne lui échappent pas, il a souvent filmé ses personnages au plus près. 

Son casting est impeccable. Tous les acteurs sont à tomber, de justesse et d’engagement. Ils jouent chacun une partition différente, mais à l’unisson, accentuant encore l’homogénéité de ce film à la fois si mélo, si solaire et si vrai.

 

POINTS FAIBLES
De très très légères chutes de tension dans certaines scènes. Dans l’élan si fluide du film, on les remarque à peine.

 

EN DEUX MOTS 
En adaptant avec autant de liberté un des livres culte d’Anna Gavalda, Arnaud Viard prenait le risque de se mettre à dos les inconditionnels de la romancière. On prend le pari que cela ne se produira pas. Car ce cinéaste, déjà auteur du très subtil Clara et moi signe avec ce Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part le meilleur film choral français qu’on ait vu depuis longtemps. Entre rire et larmes rire aux larmes, il nous fait passer  par toutes les palettes des émotions. Malgré les petits et grands drames qui le jalonnent, c’est un hymne à la vie et un hommage à la famille, bouleversant. Et puis quel plaisir d’y retrouver parmi nos acteurs les plus attachants, parmi lesquels Jean Paul Rouve (qui prouve une fois encore sa facilité à changer de registre) et Benjamin Lavernhe, qui confirme tout le bien qu’on avait pensé de lui dans le Sens de la fête. Alice Taglioni enchante aussi, qui trouve ici un de ses meilleurs rôles.

 

UN EXTRAIT
« On s’est tous interrogés sur l’origine de nos tristesses, sur nos problèmes de réussites et d’échecs, sur l’opportunité d’avouer ou non des trucs à l’autre, par peur de le blesser. Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part parle de toutes ces choses qui nous remuent… Sa magie est qu’on en sort en se disant que malgré tout la vie est belle ». Au fond, on est exactement dans le même état que lorsqu’on referme un livre d’Anna Gavalda,  ému et sacrément regonflé » (Alice Taglioni, actrice).

 

LE RÉALISATEUR
Fils d’un chirurgien exerçant à Dijon, deuxième enfant d’une fratrie de cinq, Arnaud Viard commence par faire une école de commerce qui l’amène à se tourner vers la pub. En rentrant de Londres où il était parti travailler, il voit Le Cercle des poètes disparus. Il a 25 

ans et pousse la porte du Cours Florent. Deux ans après, Robert Hossein l’engage dans les Bas Fonds de Gorki. Sa carrière d’acteur est lancée. Il travaille notamment avec Patrice Chéreau, Tonie Marshall, Dominique Pitoiset, puis en 1994 réalise son premier court métrage La Fleur à la bouche. A partir de là, tout en poursuivant sa carrière d’acteur, il va plus s’orienter vers la mise en scène.

En 2004, il signe son premier long métrage, Clara et moi, qui reçoit le prix Cinéma de la Fondation Barrière. En 2015, il écrit, réalise et produit son deuxième film, Arnaud fait son deuxième film. C’est en voyant cette oeuvre si singulière qu’Eleanor Coppola le choisit pour incarner le héros français de son premier film de fiction Paris can wait. En 2O18, il tourne son troisième film, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, qu’il a adapté du recueil de nouvelles d’Anna Gavalda.

ET AUSSI
 

– « Scandale » de Jay Roach – Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie…

En juillet 2016, alors que la campagne présidentielle américaine bat son plein et qu’elle fait les choux gras de la très conservatrice chaîne d’info en continu Fox News financée par le milliardaire Rupert Murdoch, cette dernière est victime d’un scandale sans précédent : son fondateur et PDG Roger Ailes (John Lithgow) est accusé de harcèlement sexuel par une de ses ex-journalistes vedette, Gretchen Carlson (Nicole Kidman), qui estime par ailleurs avoir été victime d’un licenciement abusif. Le PDG, que l’on voit ici, dans une séquence de pure fiction, imposer une humiliation physique et morale à une de ses collaboratrices lors d’un rendez où elle était venue lui demander conseil pour sa carrière (Margot Robbie, formidable), nie tout en bloc, haut et fort. On s’attend à ce que  Gretchen Carlson soit broyée mais d’autres collaboratrices décident elles aussi de briser la loi du silence. Et notamment la présentatrice phare de la chaîne, Megyn Kelly (Charlize Theron), connue en France pour ses joutes verbales avec Donald Trump qui en avait fait sa bête noire…

Epaulé par l’un des plus talentueux scénaristes américains, Charles Randolph (The big Short: le casse du siècle) le réalisateur du désopilant Mon beau-père et moi poursuit avec Scandale, son chemin vers un cinéma « sérieux ». En pleine ère #MeToo, son film est un pavé dans la mare des sociétés sexistes et machistes. Réalisé avec une efficacité un peu tapageuse, écrit d’une plume coruscante, il est à la fois passionnant, percutant et glaçant. Autre atout majeur il est emmené par trois actrices au sommet : Nicole Kidman, Margot Robbie et Charlize Theron, à l’origine du projet, méconnaissable dans le rôle de Megyn Kelly.

Recommandation : excellent.

 

– « Adoration » de Fabrice du Welz – Avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoit Poelwoorde…

Paul, 12 ans, grand solitaire et passionné d’oiseaux tombe amoureux de Gloria, une pré-ado de deux ans plus âgée internée dans l’hôpital psychiatrique où travaille sa mère. Gloria convainc Paul de l’aider à s’échapper de l’établissement. Portés par la pureté de leur amour, les deux tourtereaux s’envolent. Un road movie initiatique commence, qui leur fera vivre des aventures passionnantes et des rencontres angoissantes ou réconfortantes. Au bout de leur chemin, ils ne trouveront que la perte de leur innocence…

Dû au belge Fabrice du Welz, Adoration conclut une trilogie ardennaise commencée par le cinéaste avec Calvaire (sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes en 2007) et Alleluia (sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, également à Cannes, en 2014). Inspiré sur le plan de la photo -sublime- par le réalisme poétique de Cocteau, ce film sur une cavale amoureuse aussi chaste qu’extrémiste, envoûte par sa beauté formelle. Il est porté par un duo de jeunes interprètes formidables, Fantine Harduin – révélée dans Happy End d’Hanecke – et surtout Thomas Gioria, déjà remarqué dans le récent Jusqu’à la garde de Xavier Legrand.

Recommandation : excellent.

 

– « Le photographe » de Ritesh Batra – Avec Nawazuddin Siddiqui, Santa Malhotra…

Issu d’une famille pauvre, Rafi, photographe pour touristes à Bombay rencontre un jour Miloni, une jeune femme issue de la bourgeoisie moyenne. Quand sa grand mère vient lui rendre visite à Bombay pour le presser de se marier, il demande à Miloni de se faire passer pour sa fiancée. Contre toute attente la jeune fille accepte. Peu à peu, ce qui n’était qu’un jeu va devenir réalité : les deux jeunes gens vont tomber amoureux. C’est sans compter sur leur différence de classe.

Après une escapade américaine pour filmer Robert Redford face à Jane Fonda, le réalisateur du formidable The Lunchbox est de retour à Bombay pour une nouvelle comédie romantique qui a cette fois  pour objet de dénoncer les inégalités sociales de son pays. Drôle, élégante, réaliste, à la fois charmante et cruelle, cette comédie met en avant un acteur aussi beau que charmeur, Nawazuddin Siddiqui.

Recommandation : excellent.

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