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Le divorce entre dans l’histoire : le déchirement de Napoléon et son témoignage d’amour indéfectible envers Joséphine

Publié le 11 janvier 2020
Sabine Melchior-Bonnet publie "Les revers de l'amour : Une histoire de la rupture" aux éditions PUF. Sabine Melchior-Bonnet s'interroge sur ce qui fonde l'amour et le désamour. Extrait 1/2.
Sabine Melchior-Bonnet
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Sabine Melchior-Bonnet est historienne, spécialiste de l'histoire des sensibilités. Elle a travaillé au Collège de France auprès des professeurs Jean Delumeau et Daniel Roche. Elle a notamment publié Les Grands Hommes et leur mère ainsi qu'une Histoire...
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Sabine Melchior-Bonnet publie "Les revers de l'amour : Une histoire de la rupture" aux éditions PUF. Sabine Melchior-Bonnet s'interroge sur ce qui fonde l'amour et le désamour. Extrait 1/2.

Napoléon a 35 ans en 1804 ; il n’est plus l’homme un peu chétif d’autrefois mais il a gardé « le sourire caressant et beau » dont parle Chateaubriand. Son ambition n’a pas de limite ; sa pensée calculatrice et lucide, son imagination prodigieuse fascinent tous ceux qui l’approchent, et il a eu le temps durant sa rapide ascension de mesurer l’éventail des faiblesses humaines, fourberie, intérêt, convoitise, lâcheté. Il a échappé à plusieurs conspirations. Le moment est venu pour lui d’asseoir son pouvoir et de stabiliser les acquis de la Révolution. Une nouvelle constitution est promulguée en mai, dont l’article 1 confie à « un empereur des Français » le gouvernement du pays et dont l’article 2 désigne le titulaire, Napoléon Bonaparte ; la dignité impériale passera à la descendance directe de l’empereur, naturelle, légitime ou par adoption, à l’exclusion des femmes. Le 6 novembre, un plébiscite approuve par un vote unanime l’hérédité de la famille impériale. Et pour faire bon poids, empruntant ses rites à la vieille monarchie de droit divin, il décide de se faire sacrer par le pape Pie VII, au cours d’une fastueuse cérémonie à la cathédrale Notre-Dame. 

Du nouvel ordre des choses, la famille Bonaparte attend cadeaux et récompenses, mais elle grince des dents lorsque Napoléon annonce, pour donner plus d’éclat à l’événement, qu’il veut que Joséphine soit couronnée impératrice. Les sœurs de l’empereur porteront la traîne, les frères devront s’incliner devant la belle-sœur détestée ; chaque geste sera réglé par une étiquette calquée sur celle de l’Ancien Régime, chaque pas doit souligner la grandeur impériale. Cette fois, Joséphine est sauvée. Et pourtant il s’en faut de peu que cet extraordinaire spectacle ne soit annulé : le couple n’a pas été marié religieusement en  1796  et Pie VII, horrifié, ne peut donner sa solennelle bénédiction tant que la situation n’est pas régularisée. Les frères Bonaparte reprennent espoir ; ils conjurent leur frère de ne pas faire de sa fragile et tempétueuse union un mariage consacré et indissoluble : une rupture deviendrait alors beaucoup plus difficile. 

Napoléon balaye les obstacles avec la rapidité dont il est coutumier. À 16 heures, le 1er décembre, dans son cabinet de travail, il fait élever un autel et dans la nuit, son oncle le cardinal Fesch célèbre l’union religieuse. Le lendemain, au milieu d’une foule immense, le cortège part des Tuileries pour se rendre à Notre-Dame. L’impératrice, comblée d’honneurs et radieuse, peut savourer sa victoire lorsque son auguste époux ceint son front de la couronne. Elle a désormais le pas sur tous et joue à merveille son nouveau rôle. Son fils Eugène est récompensé pour sa fidélité et son courage, archichancelier de l’Empire, puis bientôt prince d’empire et vice-roi d’Italie. Les frères Bonaparte se calment en recevant des couronnes. Pour comble de bonheur, Hortense a mis au monde en 1804 un second petit prince, Napoléon Louis, que le pape, alors encore en France, porte lui-même sur les fonts baptismaux. Le public est invité à la fête dans le parc. Le couple impérial entame un voyage triomphal en Italie, au printemps 1805. 

C’est en  1806, alors que Joséphine, mariée depuis dix ans, peut espérer voir sa situation se conforter, que la tempête commence. L’infidélité de Napoléon n’est pas un secret, et ses fredaines plus ou moins discrètes ne prêtent pas à conséquence. Mais en 1806, l’empereur a une liaison avec la liseuse de sa sœur Caroline, Éléonore Denuelle de la Plaigne, qui met au monde un fils, le comte Léon : la nouvelle s’ébruite, lourde de conséquence ; la stérilité du couple n’est donc pas du fait de l’empereur. Joseph met de l’huile sur le feu pendant que Napoléon affronte les Autrichiens et les Russes ; de Paris, il glisse dans ses messages à son frère quelques commentaires perfides contre sa belle-sœur. Les haines sont rampantes et l’impératrice a beaucoup d’adversaires, parmi lesquels Fouché, devenu un partisan décidé du divorce ; les goûts dépensiers de l’impératrice, ses dettes répétées, ses commandes de toilettes qui creusent le trou budgétaire font l’objet des commentaires sévères de son mari. Mais la guerre est pour l’instant plus urgente que le divorce ou les remontrances. 

Joséphine, elle, brûle de rejoindre son mari pour l’accompagner dans ses déplacements ; en 1805, elle attend à Strasbourg le retour de Sa Majesté, puis elle s’installe à Mayence plus proche des opérations. Peu de nouvelles lui parviennent, quelques billets brefs, et elle se morfond, à nouveau inquiète ; en 1806, il l’invite à le retrouver à Berlin, puis il lui demande de patienter : « Sois sans inquiétude. » La guerre a bon dos. Le séjour de l’empereur à Varsovie s’éternise, alors que les combats se sont relâchés. L’ordre tombe, sans discussion sous une apparente douceur : « Ta douleur me touche, mais il faut bien se soumettre aux événements. Il y a trop de pays à traverser depuis Mayence à Varsovie. » Et comme elle insiste, il répond plus brutalement : « Rentre à Paris pour y passer l’hiver. Va aux Tuileries, reçois et fais la même vie que tu as l’habitude de mener quand j’y suis. C’est là ma volonté. » Renvoyer Joséphine à Paris, c’est aussi, après les batailles d’Iéna et d’Eylau, rassurer les Parisiens qui s’inquiètent de la durée des campagnes militaires et de leur coût humain. Sous le ton léger des échanges durant les premiers mois de 1807, l’ordre ne souffre pas de discussion : « Il faut cependant te calmer », « Aime-moi et sois courageuse », « Je te défends de pleurer… Sois gaie et ne doute jamais de mon amitié », « Je t’aime et veux te savoir gaie et contente »… 

Pendant que Joséphine passe son temps à présider les soirées de bienfaisance ou à manigancer de petites opérations financières, Napoléon est tombé amoureux, à Varsovie, de l’exquise Marie Walewska ; beaucoup plus qu’une tocade, il lui voue un attachement sincère. L’aventure ne prend pas fin avec le retour de l’empereur à Paris, fin juillet  1807 ; la jolie Polonaise sait se faire désirer. Ils se retrouveront à Schönbrunn en 1809. 
« jamais je ne pourrai te quitter »

L’année du traité de Tilsit (9 juillet 1807) marque l’apogée du pouvoir impérial. Il ne reste plus que l’Angleterre à vaincre. Cependant, une partie de l’opinion bien informée commence à concevoir des doutes sur la solidité d’un empire aux proportions gigantesques. Malgré les Te Deum et les bulletins victorieux, le malaise est sensible en 1808. Dans les salons parisiens et dans les chancelleries, il est de plus en plus question de succession et les bruits de divorce prennent de la consistance. La famille Bonaparte ne relâche pas sa pression ; comme beaucoup, Murat est convaincu de la nécessité de préparer l’avenir car l’empire pourrait bien ne pas durer plus longtemps que l’empereur. Quant à Fouché, il se donne l’impossible mission de convaincre l’impératrice de se sacrifier ; la malheureuse l’écoute et proteste, sans savoir si la démarche est commanditée par le maître ou de la seule initiative politique du ministre de la police… 

Que pense Napoléon au fond de lui-même ? Il hésite. Il ne supporte plus les plaintes de Joséphine et il est sensible aux arguments de Fouché. Bien que méfiant et souvent méprisant avec les femmes, il est loin d’avoir le cœur froid ; son premier mouvement, émotif, lui fait même couler des larmes. En 1806, au moment de partir pour l’armée et de dire adieu à Joséphine, son attendrissement tourne à la crise de nerfs jusqu’à entraîner des vomissements et des convulsions d’estomac ; on l’assoit et on lui fait boire de l’eau de fleur d’oranger (Mme de Rémusat). À sa façon, ce « moi colossal » (Chateaubriand), que toute résistance blesse, continue en souvenir du passé d’aimer sa femme et celle-ci ne manque pas de moyens pour susciter sa compassion ; l’été 1808, elle est fiévreuse et Napoléon passe du temps à son chevet, y compris la nuit. Cet homme si fort sous les boulets s’étonne lui-même de ses réactions. Une crise de nerfs et de l’estomac le saisit quand vient l’heure des explications ; pendant toute la nuit, il s’agite et se lamente. Il s’attendrit, il l’embrasse : « Pauvre Joséphine, je ne pourrai jamais te quitter ! » Il la reprend dans ses bras, sous le coup de l’émotion ; il faut qu’elle se couche à l’instant à côté de lui, « il baignait le lit de ses larmes », dit Joséphine. Elle est toujours la femme qu’il a aimée, dont il ne peut pourtant oublier la coquetterie et la frivolité. L’heure d’après, il la fuit et s’adresse à elle presque avec sécheresse. 

La tension monte en 1809. Napoléon a revu la comtesse Walewska, qui attend un enfant de lui. L’entourage, Eugène lui-même, est de plus en plus convaincu de la nécessité de la séparation. L’empereur se prend à imaginer une vie de famille avec une princesse russe ou autrichienne qui lui donnerait enfin un fils ; mais en amour il n’est guère courageux, il veut ménager Joséphine et se cache derrière ce qu’il appelle les « folies » de son ministre ; les insinuations qu’il glisse sont plus cruelles qu’une vérité assénée, mais il répugne à porter le coup fatal. L’impératrice, méfiante, fait au début semblant de ne pas comprendre ; puis, lorsque leur conversation s’engage sur le terrain miné de l’intérêt de l’État, elle choisit une posture digne et ferme ; on ne peut la contraindre et au regard de la loi, il n’existe pas de procédure adaptée pour divorcer. Aucune compensation ne pourrait la consoler, pas même un trône : « Sire, vous êtes le maître et vous déciderez de mon sort. Quand vous m’ordonnerez de quitter les Tuileries, j’obéirai à l’instant. […] Si vous divorcez, la France saura que c’est vous qui me chassez et elle n’ignorera ni mon obéissance ni ma profonde douleur. » Joséphine résiste encore, mais elle pressent bien qu’elle a perdu la partie. 

À l’automne 1809, après des semaines de tourments, la crise touche à son dénouement. Les courtisans guettent la pâleur et les larmes de l’impératrice. Napoléon a pris sa décision mais il veut éviter une scène éprouvante, et il convoque Joséphine à Fontainebleau, à la fin du mois d’octobre. Leur entretien sera ainsi plus discret. Non seulement ils ne font plus chambre commune mais leurs appartements ne communiquent plus. Cette fois encore, il recule devant la peur des larmes, et un silence lourd s’installe. 

C’est le 30  novembre que sonne l’heure de la vérité. Joséphine est en grande toilette pour un repas en petit couvert et elle ne se doute encore de rien ; la table est toujours somptueusement décorée, éclairée de bougies. En se découvrant la seule convive, elle comprend que l’instant redouté est arrivé ; au moment du café, les domestiques sont priés de sortir. Si l’on en croit le récit confié au général Bertrand à Sainte-Hélène, c’est par des mots durs, sans circonlocution, que Napoléon commence : « Le divorce est nécessaire pour la France. Il se fera parce que je le veux. Maintenant il y a deux manières de le faire : avec ou sans votre consentement. » Puis plus doucement, il présente sa décision comme un « devoir » et avoue : « C’est le plus grand sacrifice que j’ai fait à la France. » Joséphine défaille et s’affaisse sur sa chaise, à demi évanouie. M. de Bausset, préfet du palais, aide son mari à la transporter jusqu’à sa chambre, mais il note « qu’elle n’avait pas perdu connaissance un seul instant », sous-entendant une part de jeu. Napoléon est très ému : « Les mots s’échappaient avec peine, sans suite… et des larmes mouillaient ses yeux. » 

Les heures qui suivent sont douloureuses. Au petit matin, l’impératrice a les yeux rouges et gonflés. Elle est contrainte de céder, et elle se dit malade. Malade de tristesse, assurément. Ce qui ne l’empêche pas de commencer à écrire son discours de renoncement et de reprendre sa vie. Le 12 décembre, elle préside comme de coutume son cercle aux Tuileries. Sa fille Hortense est à ses côtés et la réconforte : elle la suivra dans sa retraite et se dit contente d’abandonner cette vie factice. Eugène, lui, ne se départit pas de son impassibilité ; il a choisi le camp de Napoléon, son « véritable père », dont il ne veut pas perdre la confiance. La famille Bonaparte, quant à elle, cache difficilement sa joie. 

La raison du plus fort 

La situation est inédite en France. Il faut donc inventer une procédure de rupture et la rendre publique : le Code civil n’autorise pas le divorce par consentement mutuel si l’épouse est âgée de plus de 45 ans (article 227), or Joséphine en a 46 ; c’est l’impossibilité de mettre au monde un héritier qui sera retenue pour justifier la dissolution du mariage civil. L’empereur veut un acte souverain complétif des constitutions pour assurer officiellement des avantages à Joséphine lorsque le mariage sera dissous. Le 14 décembre, dans les salons du palais des Tuileries éclairés comme pour une fête, devant la famille impériale et quelques ministres en grand costume, la cérémonie commence, soigneusement préparée. Napoléon prend la parole. On s’attend à un discours froid ; il met au contraire en avant la force de ses sentiments et la grandeur du sacrifice de sa bien-aimée épouse : « Dieu sait combien une pareille résolution coûte à mon cœur… Je veux qu’elle conserve rang et titre d’impératrice couronnée, mais surtout qu’elle ne doute jamais de mes sentiments. » Joséphine doit répondre, les larmes la suffoquent et, dans la crainte d’un évanouissement, elle est ramenée chez elle, accompagnée de l’empereur. Ils reviennent tous deux au bout de quelques instants et un secrétaire lit à sa place le petit discours qu’elle a préparé : « L’empereur aura toujours en moi sa meilleure amie… nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons ici au bien de la patrie. » Le procès-verbal est signé par les époux. Madame Mère, les frères, sœurs, beau-frère et belles-sœurs paraphent le document. Le lendemain, un sénatus-consulte est présenté au Sénat et mis au vote ; il recueille une écrasante majorité. Le premier article constate la « dissolution du mariage ». Le 15 décembre, Joséphine quitte les Tuileries pour Malmaison. Un ultime repas commun a lieu à Trianon le 25 décembre. 

La dissolution du mariage religieux est une autre affaire ; elle est, si l’on peut dire, bâclée et obtenue par un tour de passe-passe, dans un contexte fort peu catholique. Il faut trouver un motif de nullité. Après l’occupation de Rome par les troupes françaises et l’annexion des États pontificaux (1808 et 1809), le pape Pie VII est retenu captif à Savone et il a excommunié Napoléon en juin 1809. Irréductible, il refuse toute déclaration de nullité. Joséphine a gardé soigneusement le certificat de leur mariage religieux qu’on ne lui reprendra pas. Il ne reste donc qu’à intimider les témoins de la brève cérémonie du 1er décembre 1804 ; Berthier, Duroc et Talleyrand jurent ne pas y avoir assisté ; en bons serviteurs, ils s’empressent dans leur déposition de déclarer devant le tribunal diocésain que le mariage fut irrégulier, sans publication de bans et donc « clandestin ». Fesch, le 6  janvier 1810, confirme qu’il n’y avait personne, ni témoin ni curé de paroisse. Le 9 janvier, l’officialité déclare le mariage nul en retenant comme cause l’omission des formalités obligatoires. La sentence est confirmée le 11  janvier 1810. L’empereur s’est déjà mis en quête d’une nouvelle épouse. Le 7 février, il signe le contrat provisoire de mariage avec Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche. 

« L’exil et l’oubli » attendent Joséphine, mais pas la pauvreté. Château, domestiques, dames d’honneur, pension, grâce auxquels elle peut maintenir son train de vie, lui sont accordés généreusement, et elle continue de commander de nombreuses toilettes chez son modiste attitré. Elle n’a rien perdu de son charme et de ses élégantes manières, et elle passe plusieurs mois, en  1812 et  1813, à la Malmaison, entourée d’une petite cour. Napoléon a épousé, en avril 1810, Marie-Louise qui lui a donné un fils un an plus tard, mais il n’oublie pas la première femme de son cœur ; il se soucie de sa santé et il lui manifeste son attachement par des billets affectueux qu’il termine presque toujours par ces mots  : « Ne doute jamais de mes sentiments. » C’est en avril 1812 qu’elle le voit pour la dernière fois ; les retrouvailles sont tendres et mélancoliques. Deux ans plus tard, l’empire s’écroule ; les défaites de l’empereur en 1813, suivies de sa déchéance en 1814, la bouleversent et ont raison de sa résistance. Fatiguée, fragilisée, Joséphine contracte une maladie pulmonaire, qui l’emporte le 29 mai 1814 ; elle a 51 ans. 

C’est dans la petite île d’Elbe où il vit en exil que Napoléon apprend sa mort ; son chagrin est immense, et il demande à Hortense de lui faire faire un médaillon pour encadrer le portrait de « la personne la plus remplie de grâce » qu’il a jamais connue  : « Femme dans toute la force du terme, mobile, vive et le cœur le meilleur. » Lorsqu’il est à nouveau vaincu à Waterloo après un ultime effort pour reprendre le pouvoir en juin 1815, c’est à la Malmaison qu’il se réfugie pendant cinq jours, la résidence devenue déserte mais riche d’impérissables souvenirs.

Extrait du livre de Sabine Melchior-Bonnet, "Les revers de l'amour : Une histoire de la rupture", publié aux éditions PUF

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