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© Susann Prautsch / dpa / AFP
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Angoisse sociale

Inégalités : entre lucidité et myopie, l'étrange cocktail de la perception des Français

Publié le 31 décembre 2019
D’après un rapport de l’INSEE paru à la fin du mois de décembre, les inégalités de patrimoine entre les ménages, bien qu'importantes, sont restées stables entre 2015 et 2018, de même que l’indice de Gini s’est établi à 0,637 début 2018 contre 0,635 début 2015.
Michel Ruimy
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Éric Verhaeghe
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Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr ...
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D’après un rapport de l’INSEE paru à la fin du mois de décembre, les inégalités de patrimoine entre les ménages, bien qu'importantes, sont restées stables entre 2015 et 2018, de même que l’indice de Gini s’est établi à 0,637 début 2018 contre 0,635 début 2015.

Atlantico.fr : Les inégalités de patrimoine n’ont pas progressé ces dernières années et la fiscalité - depuis 30 ans - permet de stopper la hausse des inégalités de revenu en France. Pourtant l’angoisse sociale demeure : pourquoi clame-t-on toujours à l’effondrement du modèle social français si la réalité est toute autre ?

Michel Ruimy : Tout est une question de « ressenti ». Face à la réalité globalisante des chiffres, les situations individuelles l’emportent. Après plusieurs années de crise, le système de redistribution français joue, certes, un rôle important d’amortisseur social, mais il reste perçu, par beaucoup, comme inefficace face aux problèmes sociaux qui se pérennisent. Au final, le constat diverge de celui de l’INSEE, qui estime que les inégalités restent stables en France.

Au cours des dernières décennies, les classes populaires ont été durement touchées par le chômage de masse et de longue durée, par la baisse du pouvoir d’achat... Les classes moyennes, quant à elles, ont été plutôt épargnées par les conséquences de la crise de 2008. Néanmoins, leurs perspectives, comme celles de leurs enfants, stagnent tandis que les ménages les plus fortunés prospèrent. Une aggravation des inégalités qui fragilise le contrat social et attise le sentiment de révolte d’une partie de la population. 

Cette sensation s’appuie sur divers éléments. Tout d’abord, la pauvreté s’étend. Si l’on retient, le seuil de 60% du revenu médian, comme le recommandent les normes européennes, il y a près de 9 millions de personnes pauvres en France. D’autres chiffres attestent de l’appauvrissement d’une part grandissante de la population : près de 2 millions de personnes ont perçu, en 2019, le revenu de solidarité active (RSA). La première cause de cette situation reste le chômage, l’emploi précaire, le temps partiel subi… Près des 3/4 des personnes pauvres sont constitués d’inactifs et de chômeurs. 

Une autre raison de la désespérance est le pouvoir d’achat, qui recule pour les plus modestes et qui stagne pour les classes moyennes. Concernant ces classes moyennes, leur ascension sociale, constante depuis les années 1950, s’est interrompue, et la déception est amplifiée lorsque ces familles voient leurs enfants peiner. Si les conditions de vie s’améliorent encore d’une génération à l’autre - les jeunes démarrent généralement avec des revenus meilleurs que ceux de leurs aînés -, elles stagnent par la suite. Au vu des débuts de parcours des actifs nés après 1984, il y a de quoi s’inquiéter pour ces générations dont le niveau de vie risque d’être inférieur à celui de leurs parents alors qu’elles sont plus diplômées. 

Pendant ce temps, les plus fortunés prospèrent. Les 10% les plus riches gagnent environ 5 fois plus que les 10% les plus pauvres. Lorsque l’on prend en compte le patrimoine, sorte de revenu d’accumulation impossible à constituer et faire fructifier quand on est moins aisé au plan financier, les inégalités deviennent profondes : les 10% les plus riches, avec un patrimoine brut de plus de 600 000 euros, détiennent 160 fois plus que les 10% les plus pauvres et leurs 3 800 euros d’économies.

On voit donc que le modèle social français est un système efficace mais fragile. Plus de 1 000 milliards d’euros d’impôts, taxes et cotisations sociales sont prélevés, chaque année, en France. Ils servent de plus en plus à couvrir les Français contre les aléas de la vie : vieillesse, maladie, charge de famille ou inactivité forcée, mais aussi à réduire les inégalités et limiter la pauvreté. Le sentiment de remise en cause de ce système, exprimé notamment par les manifestations des « Gilets jaunes », risque cependant de nous contraindre à repenser ce modèle.

Eric Verhaeghe : L'effondrement du modèle social français est une vieille tarte à la crème. Il suffit de fouiller dans les archives de l'INA toutes les images qui demeurent sur les hausses de cotisations de sécurité sociale. Les plus marquantes sont intervenues au tournant des 70. En 1969, on parlait déjà d'un effondrement du modèle social français pour justifier une hausse des cotisations. Chaque crise financière de la sécurité sociale s'accompagne du même leit-motiv : le modèle social s'effondre, ou s'effondrerait. En réalité, cette thématique n'est pas un constat, mais un élément de langage pour justifier une augmentation des cotisations ou des prélèvements obligatoires. Il s'agit d'un fantasme agité pour faire peur et justifier paresseusement des mesures qui évitent des réformes. Vous le dites vous-mêmes : contrairement à de nombreux pays européens ou industrialisés, la pauvreté ne progresse pas en France, et les inégalités restent stables. L'effondrement évoqué relève donc beaucoup plus d'angoisse face à l'avenir que de l'observation des faits. 

En revanche, ce qui n'est pas assez dit, c'est que l'expansion permanente de la sphère sociale produit une bureaucratie galopante qui devient ingérable et donne le sentiment d'un effondrement à force d'une diminution des performances du système. Prenez l'hôpital public et le cas emblématique des urgences. Pensez-vous que l'engorgement des urgences proviennent d'une diminution des budgets des hôpitaux? Non bien entendu, la dépense hospitalière augmente plus vite que l'inflation. En revanche, le poids de la bureaucratie mise en place pour gérer les procédures hospitalières, notamment la tarification à l'activité, est tel que la capacité des hôpitaux à allouer des moyens a diminué par rapport à leur inclination à administrer des procédures toujours plus compliquées. 

Ce genre d'éléments nourrit le sentiment que le système s'effondre, parce qu'il fonctionne de moins en moins bien. 

Quelles peuvent être les causes, autant financières qu’historiques, de cette angoisse ?

Michel Ruimy : Même si les causes sont multiples, il me semble qu’elles sont aussi politiques. La raison majeure en est bien connue : si la Droite et la Gauche ont feint, au moment des campagnes électorales, de s’opposer sur la question économique et sociale, elles ont mené, une fois au pouvoir, reniant leurs promesses et trahissant leur électorat, des politiques finalement assez proches et également impuissantes à résoudre la crise française. 

Le climat créé par nos dirigeants n’a pas ainsi apporté la sérénité nécessaire à la population française. Sous couvert de « pragmatisme » budgétaire, ils mettent à mal l’esprit du modèle social de redistribution universel à la française, qui vise à donner accès, à tous, aux mêmes soins, aux mêmes écoles et à une protection sociale. Plusieurs dirigeants politiques et économiques tentent ainsi de remettre en question les fondements de ce caractère généraliste et égalitaire. Pour certains, il faudrait désormais recentrer les aides de l’Etat vers les ménages les plus démunis. Ils y voient une opportunité de « simplifier » un système d’aides sociales complexe. D’autres y voient un formidable moyen de faire des économies - toute aide inefficace est à proscrire - car la puissance publique est contrainte par un contexte budgétaire européen tendu. Adieu les politiques publiques keynésiennes ayant pour objectif de soutenir plus largement la demande afin de favoriser la croissance. Les restrictions budgétaires imposent dorénavant de faire des choix. Beaucoup proposent de fusionner et/ou de plafonner les aides de l’Etat aux ménages, et de les limiter aux plus pauvres. 

Cette situation n’est pas nouvelle. Le gouvernement précédent a mené une politique sociale allant dans ce sens. Il a ouvert la voie notamment en remplaçant la prime pour l’emploi par la prime d’activité, davantage ciblée sur les plus nécessiteux, actant le passage d’une logique de soutien aux faibles revenus du travail à celle de la lutte contre la pauvreté. Faisant fi des constats alarmistes de la population, le discours ambiant est bien rodé : pour s’adapter au monde moderne, il serait indispensable de baisser les charges qui pèsent sur les entreprises et de réduire les dépenses publiques … au risque de laminer un système social protecteur.

Eric Verhaeghe : De mon point de vue, il faut chercher dans l'identité française la plus profonde les ressorts psychologiques pour comprendre cette peur du lendemain si caractéristique de notre pays. Car il faut bien ici parler de peur du lendemain, puisque le pays joue à se faire peur en évoquant l'effondrement totalement fantasmé comme, au demeurant, l'opinion dénonce le libéralisme tout-puissant dans un pays où la dépense publique atteint les 56% de PIB. Je suis intimement convaincu qu'il faut trouver dans cette permanence des peurs une résurgence du village paysan médiéval qui faisait front pour préparer l'hiver et craignait à chaque moisson que la récolte soit mauvaise. La peur de manquer, le besoin de s'organiser collectivement pour parer aux aléas climatiques et aux éventuelles pénuries ont marqué la mentalité française pendant des siècles, au point qu'il est devenu une sorte de caractère acquis, que l'on ne retrouve pas, en tout cas pas sous cette forme très collectiviste, ailleurs. On n'est pas ici sur un peuple de la forêt qui peut se nourrir de chasse et de cueillette en cas de crise frumentaire, comme ce fut le cas de l'Allemagne. On est face à un peuple de l'agriculture, un peuple de cultivateurs, qui scrute régulièrement le ciel en espérant que les dieux seront cléments avec lui. 

D'où un excès de prudence caractéristique de l'âme française. D'où un taux d'épargne record. D'où l'obsession patrimoniale, son côté peuple de fourmis qui amasse méthodiquement par peur des mauvais jours. On ne se demande jamais pourquoi la France compte tant de propriétaires alors qu'elle connaît une profonde crise du logement, tandis que l'Allemagne n'a pas de problème de logement, mais un taux d'accession à la propriété bien moindre. Le besoin de posséder, l'angoisse de ne pas être propriétaire, alors même que le système français de retraites est très généreux, montre bien qu'il existe ici un réflexe culturel, et peut-être plus que cela, par-dessus toute autre considération. 

En quoi la pensée technocratique et sa vision très statique de la société peuvent être responsable de cette tension ?

Michel Ruimy : Un gouvernement, qui doit traiter des sujets les plus divers, peut-il se passer dans chaque domaine de l’avis des personnalités compétentes ? Sauf à postuler l’omniscience des responsables politiques - ce à quoi nul ne se risquera -, il est bien évident qu’une démocratie sans experts court à la catastrophe car elle laisse le champ libre à toutes les croyances. Pour autant, est-ce à dire que lesdits experts doivent eux-mêmes gouverner ?
Au début de la Vème République, les élites du pouvoir ont répondu à l’attente des hommes politiques : mettre des compétences techniques au service de l’intérêt général, d’un bien commun, se hissant au-dessus des « intérêts particuliers », des factions ou des partis. 

Toutefois, les crises de régime aidant, il devenait inévitable que leur rôle soit revu à la hausse. Derrière le théâtre de marionnettes auquel se réduisait la vie politique officielle, de hauts fonctionnaires compétents qui restaient en poste quel que soit le gouvernement menaient une action suivie et efficace. Ce qui revient à constater que la réalité du pouvoir n’était pas aux mains des responsables élus, mais d’experts aussi discrets qu’anonymes, le modèle même de la technocratie.

Le politique a fait les frais de ce renforcement d’élites administratives et organisatrices « dépolitisées ». La forte « consanguinité » dans le recrutement de ces élites, issues pour la plupart des mêmes grandes écoles, ne favorise pas la diversité de la pensée. Elle pose les mêmes risques que toute concentration de ce type : le risque de « sclérose intellectuelle ». En soi, le manque d’imagination de hauts fonctionnaires ne pose pas souci puisqu’ils sont supposés être d’abord des exécutants. Mais, en pratique, ils sont évidemment conduits à formuler des recommandations et à faire un peu plus de politique que ce qu’une stricte séparation entre fonction publique et fonction élective pourrait laisser croire.

Comment procéder alors pour, sinon éviter, du moins contrôler démocratiquement les tendances technocratiques ? L’actuel gouvernement a ouvert peut-être une piste. Rompant avec l’habituel recours aux politiciens professionnels, il a été constitué majoritairement de personnalités issues de la société civile et dont le passé professionnel offrait la certitude d’une compétence dans le domaine dont elles allaient avoir la charge. Ainsi voyait-on, par exemple, un ancien recteur d’académie à l’Éducation nationale, un médecin à la santé, une magistrat Garde des sceaux, une éditrice à la culture. Cette manière de procéder plaçait au-dessus des fonctionnaires experts des divers ministères une personne qui connaissait le sujet et se trouverait donc en position de superviser et de contrôler leur action. C’est peut-être la moins mauvaise solution car, qu’on le veuille ou non, l’extrême complexité des processus de gouvernement rend inévitable et, même souhaitable, le recours aux compétences. Simplement, il ne faut pas leur laisser la bride sur le cou et seuls, des politiques avertis des questions traitées peuvent le faire efficacement.

Dans un tel cadre, l’interchangeabilité des postes est en voie de disparition. C’est peut-être aussi pour cela que tant de politiciens professionnels s’en émeuvent.

Eric Verhaeghe : La pensée technocratique se nourrit de ce besoin très français, et pour ainsi dire très gaulois, de préparer l'avenir. Dans le langage macronien, cela s'appelle protéger. Vous vous souvenez du slogan : libérer et protéger. Le discours de la protection est au cœur de la stratégie de gouvernance en France. Les élites ont bien compris que, pour se maintenir au pouvoir, elles avaient intérêt à insécuriser les Français au lieu de les sécuriser. Des Français confiants sont des Français capables de prendre des risques, par exemple en changeant de modèle social, en réduisant le poids de la mutualisation, en acceptant plus d'individualisme. Si vous faites partie d'une caste qui vit de la dépense publique (ce qu'on appelait la pension, sous l'Ancien Régime), vous avez donc tout intérêt à produire de l'insécurité, de la peur du lendemain. C'est la meilleure façon de faire accepter d'immenses sacrifices, au demeurant inutiles, aux Français. On les justifie facilement au nom de la solidarité, du besoin de sauver la planète, du sauvetage des retraites, de ceci, de cela. Décrypter calmement le discours politique, et vous verrez qu'il est d'abord fondé, en France, sur le besoin de sauver quelque chose, de préserver un existant, d'éviter une faillite. 

La technostructure française est largement productrice de ce discours de fin du monde. Elle s'en repaît, elle s'en délecte, elle en use et elle abuse. Ecoutez Piketty, qui est la parfaite illustration de ce que l'élite bobo adore, et dont elle s'inspire quotidiennement. A l'entendre, la France serait menacée par un ultra-libéralisme galopant, et il faudrait chaque jour récupérer les méthodes soviétiques de gouvernement pour éviter le pire. Mutualisons, fiscalisons, étendons toujours plus la sphère d'intervention de la technostructure, et nous éviterons le pire. Ce discours structuré, prémédité, permet de garder le pays sous contrôle. 

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Anouman
- 01/01/2020 - 20:48
Patrimoine
Tant que l'état (et les collectivités locales qui ne sont pas en reste) accaparera l'essentiel de la richesse nationale, les ponctionnés ne risquent pas de voir leur patrimoine augmenter. Peut-être serait-il utile à ceux qui s'en plaignent de ne plus voter pour ceux qui défendent l'idée particulièrement perverse de la redistribution. Si certains travaillent et n'ont pas le juste fruit de leur labeur ce n'est pas à la collectivité d'y remédier mais à leur employeur. Mais dans un pays où la lecture et la compréhension d'un texte simple devient de plus en plus rare, il n'y a aucun espoir d'amélioration. Macron et ses semblables ont de l'avenir.
hoche38
- 01/01/2020 - 06:36
Merci à l'UMPS, merci aux mondialistes! Merci à Bruxelles!
Je sais bien que l'INSEE est là pour fabriquer les statistiques qui montrent bien à quel point les Français ne comprennent rien, mais si la mondialisation engagée en 1976 par la droite et la gauche réunies a permis de maintenir le pouvoir d'achat, elle a aussi fabriqué avec les travailleurs de l'industrie qu'on a sacrifiée, six millions de chômeurs dont on ne sait plus quoi faire et qu'il faut bien entretenir pour éviter la révolution sociale. Et les "élites" s'affolent parce que leurs échecs risquent fort cette fois de permettre aux populistes de leur arracher le pouvoir.
pauldu44300
- 31/12/2019 - 10:42
Emancipation Collective
1% du capital possède 23% du patrimoine (75% vient de l’héritage)
Il faut combattre l'injustice fiscale au niveau international. Il est urgent de contraindre les multinationales à payer des impôts dans les pays où elles sont actives.
On peut terrasser l'évasion et la fraude fiscales en augmentant le nombre d’inspecteurs des
impôts (en se basant sur l’extraterritorialité du droit américain)
L'extraterritorialité du droit américain est l'application de lois votées aux États-Unis à des personnes physiques ou morales de pays tiers en raison de liens parfois ténus avec les États-Unis (utilisation de la monnaie américaine par exemple).

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