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"Corto Maltese : le jour de Tarowean" : Corto avant Corto

Publié le 30 novembre 2019
Dominique Clausse pour Culture Tops
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Corto Maltese : le jour de Tarowean
Dessins : Ruben Pellejero, Scénario : Juan Diaz Canales
Editions Casterman, 78 pages, 16 €

RECOMMANDATION

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THÈME

Canales et Pellejero ont repris les aventures de Corto Maltese, après la disparition du créateur original, l’auteur italien Hugo Pratt. Ce Jour de Tarowean est le troisième album issu de cette collaboration, et il a la particularité d’être le prequel d’une autre aventure de Corto Maltese, la ballade de la mer salée.

Un Prequel est une histoire qui se situe chronologiquement juste avant le récit original. Après ses succès dans le cinéma ou de la série TV, cette pratique devient également un grand classique le Bande Dessinée. On pense en particulier au Bâton de Plutarque, de Sente et Julliard, qui racontait les aventures de Blake et Mortimer, juste avant le mythique Secret de l’Espadon. Le parallèle entre ce Bâton de Plutarque et la dernière aventure de Corto Maltese est d’ailleurs assez évident : deux immenses mythes de la BD, revisités par de nouvelles équipes, respectueuses de l’original, mais qui s’amusent à remonter le temps et à imaginer la vie de ces héros avant leur toute première aventure.

La Ballade de la Mer Salée était donc la toute première aventure de Corto Maltese, parue en France au début des années 70. Ce n’est pas, pour moi, le meilleur album de la série, l’histoire est un peu décousue, le graphisme encore un peu aride, les personnages principaux pas encore totalement maîtrisés, mais c’est celui où Hugo Pratt impose un héros exceptionnel qui deviendra une des icones de la Bande Dessinée moderne. Corto Maltese est d’ailleurs plutôt un anti-héros qu’un héros, se baladant toujours entre esprit chevaleresque et égoïsme désabusé. Ses aventures connaissent un succès planétaire et tout le monde, amateur de BD ou pas, connaît la silhouette de ce capitaine sans navire.

Au début de La Ballade de la Mer Salée, Corto apparaissait attaché à un radeau et balloté par les vagues du Pacifique, sauvé par celui qui sera, tout au long des futures aventures, son ami-ennemi et son miroir négatif, le cruel Raspoutine. Le récit ne donnait presque pas d’explication à cet étrange début d’histoire, et c’est de ce « presque » qu’est parti Canales, le scénariste, pour imaginer pourquoi Corto s’était retrouvé dans cette position inconfortable. Le jour de Tarowean est donc une aventure de Corto qui se termine là où commence celle de La Ballade de la Mer Salée.

POINTS FORTS

Canales réalise un exercice de virtuose, pour bâtir une histoire qui tienne la route, malgré le peu d’indices laissés par Pratt dans sa Ballade : par exemple, dans la ballade, Corto explique à Raspoutine qu’il a été jeté à l’eau par son ancien maître d’équipage, furieux car Corto aurait rompu une promesse de mariage avec sa sœur. Vous découvrirez comment Canales exploite cette anecdote dans Le jour de Tarowean : c’est absolument remarquable. Et tout est à l’avenant, si bien que, lorsque vous arrivez à la fin de cet album, vous n’avez qu’une envie : vous replonger avec délices dans La Ballade de la Mer Salée pour (re) découvrir la suite de l’aventure.

Le dessin de Pellejero est remarquable d’équilibre entre la fidélité au trait d’Hugo Pratt et sa propre originalité. Il réussit la performance de s’approprier le style sans se dissoudre dedans. La façon dont il travaille le noir et blanc, avec ces grands effets d’ombre fait vraiment penser à Pratt, mais la couleur donne ensuite un éclat nouveau aux aventures du célèbre marin.

POINTS FAIBLES

Certaines parties de l’histoire paraissent superflues (comme, par exemple la rencontre de Raspoutine et de la secte de l’ordre du soleil), mais même ce superflu est, d’une certaine façon, fidèle à l’esprit d’Hugo Pratt qui aimait ces digressions étranges.

EN DEUX MOTS ...

Il y a une véritable émotion de Bédéphile à retrouver les origines imaginées d’une histoire qui a bercé notre adolescence, surtout quand ce récit est écrit de nombreuses années après l’original. Cette émotion, je l’ai ressentie pendant la lecture du jour de Tarowean. On retrouve la magie intacte d’un album de Corto Maltese. On le lit, non pas comme un roman fait d’intrigues et de rebondissements, mais comme un poème qui nous transporterait dans un autre monde, plus onirique, voire, parfois, ésotérique. Le jour de Tarowean est un album indispensable pour tous les amoureux de Corto Maltese.

UNE ILLUSTRATION

L'AUTEUR

Juan Díaz Canalès est né en 1972 à Madrid, en Espagne. Il lit très tôt de la bande dessinée avant de s'intéresser au dessin animé. C'est décidé, il en fera son métier : à 18 ans il intègre un studio d'animation. C'est là qu'il rencontrera Guarnido avec lequel il se liera d'amitié. Juan Díaz Canalès restera en Espagne alors que Juanjo Guarnido partira en France travailler aux studios d'animation de Disney. Mais cela ne les empêche pas de réfléchir à un projet de bande dessinée qui prendra forme sous le nom de Blacksad. Une série écrite par Díaz Canalès dans le plus pur style polar noir des années 50. Et, pour moi, un des chefs d’œuvres de la Bande Dessinée.

Pellejero est né à Badalona, près de Barcelone, en 1952. Dessinateur professionnel depuis 1970, il ne se tourne vers la bande dessinée qu’en 1982 avec la publication de Historias de una Barcelona, dans la revue Cairo. Avec Jorge Zentner, il met en images la série Mémorias de Monsieur Griffon, en 1982, puis FM en frecuencia modula, en 1984. En 1985, toujours dans Cairo et en collaboration avec Zentner, il dessine le premier album de la série Dieter Lumpen, qui marque le retour de la grande aventure dans l’ambiance des années 40. En 1996, il publie chez Casterman : Le silence de Malka (Alphart du meilleur album étranger à Angoulême en 1997 et Prix Œcuménique), suivi, en août 1999, de Blues et autres récits.

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