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"La tuerie" : Sang, sueur, et souffrances
Publié le 25 mai 2019
Plongez-vous -avec ménagement- dans "La Tuerie" et vous risquez d'être épouvanté par ce que vous allez découvrir du monde des abattoirs, vu par Galendon et Otero. Elle n'est pas toujours belle la vie...
Nicolas Autier est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Plongez-vous -avec ménagement- dans "La Tuerie" et vous risquez d'être épouvanté par ce que vous allez découvrir du monde des abattoirs, vu par Galendon et Otero. Elle n'est pas toujours belle la vie...

BANDE DESSINEE

La Tuerie
de Laurent Galandon et Nicolas Otero
Ed. Les Arènes BD

RECOMMANDATION

EXCELLENT

THEME

Il saigne dru à Saint-Forain : dans les champs transformés en piscines de sang et de déchets organiques ; aux abattoirs Gourdin, où une vache est abattue chaque minute ; à la morgue, où s’entassent les cadavres de salariés du principal employeur de la ville qui en est aussi le maire.

C’est dans cette atmosphère sanguinolente que Thomas et Yannick commencent à travailler aux abattoirs. Gérald le contremaître leur fait vite comprendre qu’il leur faut être à la hauteur pour garder leur place. Pas d’états d’âmes ni de sentiments. La seule chose qui compte c’est de « tenir la cadence ». Une fois bizutés, ils sont adoubés par un groupe d’anciens qui les prennent sous leur aile. Rapidement, Yannick entame une relation avec la vétérinaire chef, la belle Christel, et intègre « La Tuerie », l’unité la plus prestigieuse et la plus redoutée de l’abattoir.

Pendant que les bêtes sont avalées par la machine, les questions s’accumulent.Yannick, récemment sorti de prison, est-il arrivé aux abattoirs Gourdin par hasard ? Thomas cacherait-il quelque chose sous ses airs de sympathique je-m’en-foutiste ? Des liens plus puissants que la simple camaraderie professionnelle uniraient-ils le trio Romain-Sofiane-Xavier ? Alors que la « période de promotion » approche, les difficultés financières, la cadence, la fatigue et les tensions augmentent. Et le sang se remet à couler.

POINTS FORTS

La Tuerie, c’est un double choc avant même d’avoir ouvert l’album : celui d’un titre qui claque comme une invitation à envisager toutes les abominations et d’une couverture dont la couleur fait immanquablement naître toute la gamme des fantasmes attachés à la boucherie.  

La Tuerie, c’est aussi la découverte du monde des abattoirs. L’image qu’elle en dresse est peu flatteuse : raccourcis pris avec les normes d’hygiène et d’éthique au nom de l’impératif économique ; management cynique, violent et manipulateur ; salariés conscients d’être exploités mais ayant renoncé à s’indigner ou prêts à tout pour garder un emploi que le marasme économique local menace à chaque instant. Un monde précaire où la crainte du lendemain et un quotidien abrasif ont étouffé rêves et illusions.

La Tuerie, repose sur un scénario toute en tension. A la confluence du polar et de la satire sociale, il nous tient en haleine jusqu’au dénouement final. Toute proportion gardée, on y trouve des réminiscences de Zola, du Verneuil du Corps de Mon Ennemi, 1976 ou deL’Héritier de Philippe Labro, 1973. Le dessin de Nicolas Otero, vif, nerveux, centré sur l’énergie des personnages et des situations, avare de détails, va à l’essentiel et restitue parfaitement le climat de tension crée par le texte de Laurent Galandon.

POINTS FAIBLES                                                           

La Tuerie cherche à sensibiliser le lecteur à des thèmes tels que le sort réservé aux animaux, la vie dans les entreprises, les liens entre politique et économie, la capacité de l’individu de résister à la broyeuse qu’est la machine industrielle (un clin d’œil auxTemps Modernesde Chaplin, 1936 ?). Pour ce faire, elle prend le parti de heurter en forçant le trait, au risque de frôler parfois la caricature : animaux forcément martyrisés, patrons et politiques forcément « tous pourris », journalistes forcément aux ordres, salariés forcément démissionnaires se réfugiant dans le tabac, l’alcool et les anxiolytiques…

Mais elle livre aussi quelques jolis moments sur la fierté professionnelle et le goût du travail bien fait.

EN DEUX MOTS

En soulevant avec talent le sujet des conditions dans lesquelles les animaux sont traités dans les abattoirs sur fond d’intrigue policière,La Tuerie nous met face à une interrogation plus large. Que se passe-t-il lorsque, individuellement et collectivement, nous fermons les yeux sur des comportements inacceptables ? Comment passons-nous avec nous-même les plus ou moins petits arrangements nous autorisant à justifier notre comportement ? Quel prix faut-il accepter de payer pour garder les yeux ouverts ?

UNE ILLUSTRATION

LES AUTEURS

  • Laurent Galandon, scénariste, s’est lancé dans la BD en 2006 avecL’Envolée Sauvage publiée aux éditions Bamboo en collaboration avec Arno Monin. Cette première série donne le ton des sujets complexes qu’il souhaite aborder : histoire, devoir de mémoire et actualité controversée. En 2009, il signe avec Cyril Bonin Quand souffle le Vent, dans la collection Long Courrier chez Dargaud, s’attaque au terrorisme islamique avecShahidas en collaboration avec Frédéric Volante, aborde la Guerre d’Algérie avecTahia el Djazaïr avec A. Dan au dessin. La suite de ses productions sera dans la continuité de ce cap initial. 
  • Dessinateur et coloriste, fraichement diplômé de l'école Émile Cohl de Lyon en 2001, Nicolas Otero se lance dans la BD avecAmerikkka, éd. Emmanuel Proust, collection Grand Format. Succès immédiat pour cette série sur le Ku Klux Klan, scénarisée par Roger Martin et qui se déroulera jusqu’en 2012. Il se lance en parallèle dans différents projets. 2018 est une année riche pour Nicolas Otero qui publie 24h de la vie d’une femme aux éditions Glénat, chroniqué sur Culture-Tops par Dominique Clausse, et le très beau Morts par la France, éd. Arènes BD, sur un scenario de Pat Perna.
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Forbane
- 26/05/2019 - 12:25
Soja
« Produits à base de soja : des risques perturbateurs endocriniens sous-estimés »
Sources :
UFC que choisir, 23 mai 2019.
pierre marie
- 25/05/2019 - 16:36
mangeons donc des haricots rouges et du quinoa...
Cultivés à la houe par les femmes et les enfants du quarts monde... transportés sur le dos... et livrés en avion dans le 12ème arrondissement à Paris. Sous le label AB.



Dorine
- 25/05/2019 - 13:40
Ephad
Et s'ils faisaient aussi une BD sur les maltraitances en Ephad par manque de moyens. Quand on vous amène un malade d'une Ephad le soir en plein hiver avec une couche qu'on n'a pas changé de la journée et dont le pipi déborde sur tout le Tee-shirt, je pense qu'on devrait plaindre aussi les humains. D'autant que les fonds de pension qui sont actionnaires des Ephad se font des bénéfices ahurissants sur la santé et la gestion des personnes âgées.....