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"Dom Juan" : Un Dom Juan (la pièce) sans séduction

Publié le 21 mai 2019
Françoise Boursin pour Culture-Tops
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Françoise Boursin  est chroniqueuse pour le site Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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VU PAR FRANCOISE BOURSIN

 

THEATRE

Dom Juan

de Molière

Mise en scène: Jean-Philippe Daguerre
avec Simon Larvaron (Dom juan),
Teddy Melis (Sganarelle)
Vanessa Cailhol (Elvire et Mathurine)
Grégoire Bourbier (Gusman, Pierrot, le pauvre)
Nathalie Kanoui (Dona Louisa)
Charlotte Ruby (Charlotte)
Tonio Matias et André-Marie Mazure (La Violette, Ragotin, La Ramée)
Création et direction musicale: Petr Ruzicka
3 musiciens: Charlotte Ruby (violoncelle et chant), Tonio Matias ( accordéon et cajon), André-Marie Mazure (trompette et cajon)
Costumes: Corinne Rossi
Chorégraphie: Mariejo Buffon
Lumière Idalio Guerreiro
Scénographie: Sophie Jacob
Compagnie: Le Grenier de Babouchka

INFORMATIONS
Théâtre du Ranelagh
5 rue des Vignes
75016 Paris
Jusqu'au 14 juillet
Du mercredi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17h
Mercredi, vendredi et dimanche avec surtitres en anglais
Durée: 1h25
Réservations: 01 42 88 64 44/ www.theatre-ranelagh.com/et FNAC

RECOMMANDATION

          A LA RIGUEUR

THEME
Molière écrit Dom Juan rapidement, et donc en prose, en 1665, après la deuxième interdiction de Tartuffe. Cette pièce sera interdite elle aussi, malgré quelques corrections, après treize représentations, et elle sera peu jouée par la suite jusqu’à une époque récente..
Dom Juan, grand séducteur et manipulateur, est libertin, athée et à la fin hypocrite. Son valet Sganarelle, le juge et le comprend en même temps, et ses volte-faces apportent du comique à la pièce. 

Dom Juan aime séduire, mais ne s’attache jamais: une femme conquise ne l’intéresse plus. Il prétend épouser successivement une jeune femme qu’il arrache au couvent, Elvire, puis deux paysannes, Charlotte et Mathurine, après bien d’autres. 

Il aime par dessus tout provoquer et défier: sa mère, le pauvre qu’il veut faire jurer pour obtenir un louis, que Dom Juan grand seigneur lui donne finalement malgré sa résistance, ou à cause de sa résistance, et enfin le Commandeur, qu’il a tué deux mois plus tôt, par l’intermédiaire de sa statue. 

Dans les deux derniers actes, il ajoute l’hypocrisie à ses fautes: il prétend s’être amendé et devient un faux dévot face à sa mère et à Elvire. C’en est trop, pour Dieu et pour Molière: il sera puni et brûlera intérieurement. Dans la pièce originale, il s’assied par provocation à la table du Commandeur et ce dernier le fait tomber dans les feux de l’enfer.

POINTS FORTS
1) Il est méritoire de réduire cette pièce en cinq actes à une représentation d’1 heure 25. Les coupures ne gênent pas la compréhension de la pièce, la plupart du temps: c’est le cas de la jeune mariée au début et de Monsieur Dimanche par la suite.
2) La plupart des acteurs sont remarquables: c’est en particulier vrai pour Dom Juan et pour Sganarelle qui, sous l’apparence du clown blanc et d’Auguste, campent fort bien leurs personnages. Elvire fait preuve d’une grande noblesse et les paysannes sont ridicules à souhait aussi bien que Pierrot, avec leur langage savoureux de la campagne.
3) La belle langue de Molière est conservée, et on croit même parfois entendre des alexandrins.
4) La musique est en accord avec le parti pris du cirque: c’est surprenant pour cette pièce, mais il faut reconnaître que les différentes scènes sont bien accompagnées par les divers instruments.

POINTS FAIBLES
1) Cette transposition dans l’atmosphère d’un cirque est certes originale, mais il me semble que cette audace nous éloigne de la pièce de Molière.
2) Transformer le père de Dom Juan en mère, je peux le comprendre, mais en faire une écuyère de cirque qui frappe son fils avec une chambrière me semble dénaturer le personnage et ne me paraît pas vraiment en accord avec ses paroles.
3) La disparition, ou presque, des frères d’Elvire, se comprend par la nécessité de raccourcir la pièce. Mais elle supprime un aspect du caractère de Dom Juan, qui peut faire preuve de courage et de noblesse, à l’occasion.
4) La quasi disparition de la statue du Commandeur, à la fin, me semble gênante, car la punition divine ainsi présentée perd de son côté symbolique et spectaculaire. La pièce a d’ailleurs comme second titre « Le Festin de Pierre ».

EN DEUX MOTS
C’est un spectacle surprenant pour une pièce qu’on imagine autrement.

C’est certes une tentative intéressante mais il faut arriver à  se laisser emporter par la magie du cirque...

UN EXTRAIT

Ou plutôt trois:

- « Ah! n’allons pas songer au mal qui peut nous arriver et songeons seulement à ce qui peut nous donner du plaisir. »
- « Qu’est-ce donc que vous croyez,
      Ce que je crois?
      Oui
      Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. »
- « Il n’y a plus de honte à cela maintenant: l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. »

L’AUTEUR
Est-il nécessaire de présenter Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673)? Acteur, directeur de troupe, auteur de farces, de comédies, de pièces sombres comme Tartuffe, Dom Juan et Le Misanthrope. 

Molière montre dans toutes ses pièces sa grande connaissance de la nature humaine, et il mêle toujours, à des degrés divers, les différents types de comiques. Il fait aussi parfois passer des messages, comme dans Dom Juan et Tartuffe, la critique des faux dévots.

 

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