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© Jean-Pierre MULLER / AFP
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Grand entretien

L'éternel féminin, une spécificité occidentale

Publié le 09 mai 2019
Dans "Elle, éloge de l'Éternel féminin" publié aux éditions Albin Michel, Denis Tillinac, comme à son habitude va à l'encontre de la pensée dominante et livre un ouvrage à la croisée du pamphlet et de l'essai. Entretien.
Denis Tillinac
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Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il...
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Dans "Elle, éloge de l'Éternel féminin" publié aux éditions Albin Michel, Denis Tillinac, comme à son habitude va à l'encontre de la pensée dominante et livre un ouvrage à la croisée du pamphlet et de l'essai. Entretien.

Atlantico : En célébrant la "fin programmée des noces immémoriales du masculin et du féminin", la modernité menace selon vous l'épanouissement de "l'Eternel féminin", lequel tient autant pour vous de l'évidence que du mystère. Mais peut-on vraiment définir cet Eternel féminin dont vous faites l'éloge ?

Denis Tillinac : Cet idéal féminin c'est une spécificité de la civilisation occidentale. C'est une façon d'idéaliser la femme sur la base du culte de la Vierge et de Marie Madeleine. Un culte qui a construit un idéal de beauté, de pureté, d'inspiration à l'absolu, au divin. 

L'éternel féminin ce n'est pas une personne, c'est un élan, c'est la capacité qu'à la femme de susciter en l'homme ce qu'il a de meilleur. Aujourd'hui un néo-féminisme venu des Etats-Unis qui n'a plus aucun rapport avec la lutte légitime et des féministes historique pour l'émancipation et pour l'égalité des droits est en train de contester l’altérité c'est-à-dire la spécificité des genres. Or, moi je défends cette altérité parce que si la femme n'est plus qu'un homme au féminin tout le monde y perdra beaucoup et c'est très grave.

Le féminisme aujourd'hui des femen, des gender fluid etc n'a aucun rapport avec le féminisme très légitime. Lequel, depuis le Moyen-Âge exprime le désir de la femme d'être une citoyenne à part entière. Ce féminisme est tout à fait noble et je le défends, par contre je conteste la confusion des genres. Le genre féminin et masculin est une évidence anthropologique, c'est l'expression de ces genres qui diffère selon les civilisations et l'histoire, mais l'on a tendance à confondre les deux. Ce qui équivaut à dire, comme le disait Simone de Beauvoir que l'on "ne naît pas femme, on le devient". Or, cela est faux, on naît homme ou femme et l'on devient un homme ou une femme selon les modalités de la culture dans laquelle on vit. 

En niant l'altérité des genres, on abouti à un culte de l'indifférencié. Un culte de l'indifférencié qui est l'une des tares de notre société puisqu'il génère le chaos qui lui-même mène à la violence tandis que l'altérité génère la richesse et l'harmonie. Un homme n'est pas une femme, le désir masculin n'est pas branché sur les mêmes réseaux que le désir féminin. Il ne faut donc pas élever un petit garçon comme une petite fille et il faut que chacun ait conscience de sa nature afin de pouvoir l'exprimer dans sa culture. Cela veut dire que pour l'homme, la femme est à la fois son égal mais en même en temps elle est quelque chose qui lui échappe. Il doit cultiver cette part de mystère de la femme. Au fond, la femme le sait : le discours féministe égalitariste qui confond l'égalité des droits et l'idée de vouloir faire de la femme une copie à l'identique de l'homme est un discours, certes très minoritaire, mais également néfaste. 

Votre quête de l'Eternel est bien souvent une quête non pas esthétique, mais artistique, celle des représentations dans les Beaux-Arts de femmes au long des siècles, dans la littérature, la peinture, la musique... Vous-même affirmez que vous écrivez pour une lectrice inconnue. L'Eternel féminin a-t-il donc quelque chose à voir avec la recherche d'une certaine forme de Beauté transcendante, de Grâce, de Sublime, à la façon des Muses de l'Antiquité ?

L’éternel féminin, c'est tout d'abord le dernier vers du deuxième Faust de Goethe et en définitive il parcourt toute l'histoire de la civilisation occidentale, du moins depuis le Moyen-Âge, et il colore toute son esthétique. L'histoire de l'art entre le haut roman et le baroque c'est l'histoire de la représentation privilégiée de la Vierge Marie et de Marie Madeleine. Il y a une construction de l’idéal féminin qui détermine notre esthétique, spiritualité et notre érotique également. Il y a un mélange entre Marie-Madeleine, l'amoureuse éperdue et désirable mais spiritualisée et la Vierge qui est l'incarnation féminine de l'absolu, de l'invisible, du divin. Tout cela a déterminé une relation particulière de notre civilisation à la féminité qui accompagne l'histoire de l'émancipation. L'Occident c'est l’émancipation de la femme et en parallèle l'idéalisation de la femme.

Si l'un est séparé de l'autre on aboutie à l'aberration d'un paritarisme comptable absurde et tout le monde y perd. L'homme n'a plus, en face de lui, cet autre, cette altérité qui le tire vers le haut et femme n'a plus de rôle, elle imite l'homme. Les féministes diront que le monde est une construction de l'homme, ce qui est vrai, l’éternel féminin est une construction de l'imaginaire masculin, il n'y a pas d'équivalent masculin, ça n'existe pas. Peut-être les femmes trouvent-elles que c'est trop, et lorsque c'est le cas, elles tendent à cette espèce d'égalitarisme qui n'apporte rien de fécond à la société et qui arrive à une sorte de "masculinophobie", de peur de l’homme. Une peur qui vient d'une sorte de confusion entre la lutte très légitime contre les violences faites aux femmes et la récusation de la séduction de la femme vis-à-vis de l'homme. 

Cette construction fait la richesse et le chatoiement des rapports entre hommes et femmes, or elle est menacée par ces discours masculinophobes. Discours, dont l'un des meilleurs exemples est cette proposition de Caroline de Haas qui voulait que l'on élargisse les trottoirs pour que les hommes et les femmes ne se frôlent plus dans la rue. Un discours absurde mais rationnel. Effectivement, si l'on ne veut plus qu'hommes et femmes puissent s'approcher alors il faut les séparer. Les hommes, dans leur coin, seront sans possibilité de fantasmer la beauté, la grandeur et l'idéal de la femme. On perdrait alors beaucoup, c'est une menace dont la finalité serait soit, l'indifférence des sexes, soit la guerre des sexes. 

Votre livre propose un diptyque intéressant pour exprimer la complexité de l'Eternel féminin, celui que compose aux pieds de la Croix la Sainte Vierge et Marie Madeleine, la prostituée repentie. Aujourd'hui, le christianisme est montré du doigt par les féministes comme la fondation d'une religion patriarcale. Que peuvent apprendre Marie et Marie-Madeleine à ceux qui clament "Ni pute ni soumise" ?

Ce qu'il faut leur répondre, c'est que dans toutes les sociétés humaines depuis la préhistoire, la femme était recluse à l'intérieur d'un rôle lié à la fécondité. De ce rôle, elle ne pouvait pas s'évader. Or, c'est le christianisme qui a donné lieu -épître de Saint Paul- et a annoncé l'émancipation de la femme. Il n'y pas d'autres civilisation qui ont petit à petit libérer la femme. Toute l'histoire de l'Occident, à travers des conquêtes difficiles, est liée à cette émancipation qui était inéluctable puisqu'elle est au cœur du message évangélique. 

Deuxièmement, aucune autre société n'a idéalisé la femme. Par exemple, dans la poésie japonaise ou chinoise, la femme est respectée, elle est mère ou épouse, amoureuse, mais elle n'est pas idéalisée. L'éternel féminin est une spécificité de l'occident qui vient de la culture chrétienne, catholique, c'est une idéalisation de la femme à travers le mythe de la Vierge qui évolue selon les époques. La Vierge de Giotto est encore très divine, la Vierge de Boticelli c'est déjà presque Brigitte Bardot. 

L'éternel féminin est omniprésent tout au long de l'histoire de l'art et c'est vrai aussi dans la littérature. On voit bien que la femme doit garder quelque chose d’inaccessible à travers les trois grands mythes du Moyen-Âge -Héloïse et Abelard,Laure et Pétrarque et Dante et Béatrice- et si l'éternel féminin disparaît quelque peu 18ème avec Sade il est réhabilité par le romantisme notamment par Balzac et Chateaubriand ou encore Proust. Proust qui en dépeignant l’éternel féminin prouve que cet idéal n'a rien n'a voir avec l'hétérosexualité : il était homosexuel et l'a mieux que tout autre exprimé une figure merveilleuse de l'éternel féminin. 

Vous allez jusqu'à affirmer que "l'enjeu du djihad, c'est la femme", en réaction au scepticisme de notre époque qui fait de l'humanité "un agglomérat de "machines désirantes". L'Islam politique serait donc une réaction à la mondialisation de la logique d'émancipation des femmes ?

A partir du moment ou les valeurs de l'Occident ont gagné le monde entier, l’émancipation de la femme hors du statut culturelle qui est encore le sien en Afrique, en Asie, etc est inévitable. Le combat des islamistes, qui est un combat visant à préserver les prérogatives de l'autorité du mal, pour garder le contrôle du corps de la femme, est perdu d'avance. Il y aura encore du terrorisme, l'idée de mettre sur pieds un califat, etc mais tout ceci est perdu d'avance. Bien sûr cette émancipation pourra provoquer des douleurs chez certaines femmes qui peuvent trouver un certain confort dans ces statuts prédéterminés mais elle est inéluctable.

L'islamisme radical utilise un alibi religieux, mais le vrai enjeu est celui du corps de la femme, de l'appropriation de son corps. Le problème c'est qu'il y a un clivage :Mais ce nihilisme contrairement à ce que l'on pourrait croire, notamment parce que ce féminisme poussé à l'outrance est sur-représenté dans les médias, reste très marginal.

Mais ce nihilisme contrairement à ce que l'on pourrait croire, notamment parce que ce féminisme poussé à l'outrance est sur-représenté dans les médias, reste très marginal. Il n'y a qu'à voir la mode féminisme et sa façon de sexualiser la femme.

Dans la logique féminine contemporaine, on vous accusera avec ce livre de faire du mansplaining, mot-valise anglais qui signifie qu'un homme explique aux femmes ce qu'elles doivent faire pour leur bien. Que répondez-vous à celles qui considéreront que faire de l'Eternel féminin l'utopie que l'humanité doit poursuivre est encore une affaire d'homme avant tout ?


L'exploration de l'éternel féminin sera toujours quelque chose de récurrent chez l'homme. Ceci dit je pense que mon analyse pourrait être avalisée par bien des femmes penseurs et philosophes. Je ne vise que les intégristes et l'apologie de l'indifférencié qui ne mène qu'au chaos et à la violence. 

 

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Commentaires (2)
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Guillemette
- 09/05/2019 - 20:27
orthographe
Atlantico, j'aime lire vos articles, mais cela devient de plus en plus douloureux. L'orthographe et la grammaire deviennent atroces. Vous confondez l'infinitif et les participes passés, "ou" et "où" et vous commettez des fautes majeures: "l'autorité du mal" au lieu de l'autorité du mâle, ça pique... Faites un effort, par pitié!!
Benvoyons
- 09/05/2019 - 09:21
Excellent Tillinac. En effet je ne suis pas la consoeur de
ma femme, ni son prince consort, seulement qu'elle m'offre son ovule & moi mon éjaculation pour la reproduction.
Ainsi nous savons que seule cette différence nous permet d'être en harmonie & cela sans aucun délire.