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La Résistance française ne fut pas un épiphénomène, mais bien un mouvement décisif dans la défaite du nazisme
Publié le 02 mai 2019
Dominique Lormier publie Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale aux éditions du Rocher. On croit tout connaître de la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage captivant, reposant sur des documents et des témoignages inédits, balaie de nombreux clichés. Dominique Lormier révèle quelques-unes des vérités cachées de cette période cruciale du XXe siècle. Extrait 2/2.
Dominique Lormier, historien et écrivain, est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire militaire. Membre de l'Institut Jean-Moulin et membre d'honneur des Combattants volontaires de la Résistance, il collabore à de...
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Dominique Lormier, historien et écrivain, est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire militaire. Membre de l'Institut Jean-Moulin et membre d'honneur des Combattants volontaires de la Résistance, il collabore à de...
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Dominique Lormier publie Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale aux éditions du Rocher. On croit tout connaître de la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage captivant, reposant sur des documents et des témoignages inédits, balaie de nombreux clichés. Dominique Lormier révèle quelques-unes des vérités cachées de cette période cruciale du XXe siècle. Extrait 2/2.

Durant des décennies après la guerre, la Résistance française a été mythifiée à travers ses nombreuses figures héroïques, ses succès contre Hitler, ses martyrs, fusillés ou morts dans les camps nazis, etc. Après 1968 et jusqu’à récemment, certains auteurs ont remis en cause son efficacité, en estimant même que le bilan de son action avait été surévalué.

La Résistance en quelques chiffres

Durant toute la durée de la guerre, 266 réseaux reliés aux services spéciaux de la France libre du général de Gaulle sont créés en métropole, avec 150 000 membres permanents et 300 000 membres occasionnels. Il convient d’y ajouter 125 réseaux rattachés aux services spéciaux britanniques du SOE, engageant des résistants français. Le colonel Rémy estime que le nombre de ces Français rattachés à tous ces réseaux français ou britanniques dépasse le demi-million de personnes (hommes et femmes). 

Les réseaux se spécialisent soit dans l’évasion des prisonniers de guerre, de pilotes alliés tombés chez l’ennemi, de résistants emprisonnés ; soit dans le renseignement du dispositif militaire,  économique et industriel de l’occupant ; soit dans le sabotage militaire et industriel ; soit dans la propagande par la diffusion de tracts et de journaux rattachés à des mouvements clandestins. 

Dans le chapitre précédent au sujet des réseaux Alliance et de la Confrérie Notre-Dame, on a pu voir le rôle considérable joué par les agents français de renseignement dans la victoire des Alliés. Ces deux réseaux, ainsi que bien d’autres fournissent aux Alliés des plans détaillés sur les défenses et les garnisons allemandes qui décident du débarquement en Normandie. Il en va de même de la victoire des Alliés dans l’Atlantique, grâce aux précieux renseignements fournis par la Résistance au sujet des bases sous-marines allemandes et des missions des navires et submersibles allemands et italiens. Nous pourrions multiplier les exemples. 

Les nombreux réseaux d’évasion (Sabot, Zéro, Famille, Martin, Pat-Oléary, Bret, Morton, Enfant d’Édouard, Françoise, Bourgogne, Mithridate, Maurice, Andalousie, Mécano, Wisigoth-Lorraine, Martial, Charette, Gallia, Brandy, Kléber, Eugène, etc.), spécialisés dans l’évacuation d’aviateurs alliés, de résistants qu’il faut conduire à Londres, utilisent les deux principales filières : la Suisse et l’Espagne. 

Le réseau Comète, créé en 1940 par Andrée de Jonghe, est l’un des tout premiers à organiser des évasions du nord de la France vers l’Espagne. Les réseaux d’évasion rattachés au BCRA (services secrets de la France libre) prennent souvent des noms d’alcools français, comme Pernod, Cointreau, Bénédictine, Bordeaux, Bourgogne… Les Britanniques disposent des réseaux Françoise, Félix, Cirnwallis, Chartres, Jean-Jacques, Nevers… Des réseaux d’évasion par voie maritime voient également le jour, dont Shelburn pour le secteur de la Manche et Pat pour la côte Languedocienne. 

Des hommes et des femmes de tous âges, des militaires français ou alliés évadés d’Allemagne ou de France, des aviateurs, des résistants traqués, des juifs pourchassés, des réfractaires au STO, de simples civils ont franchi la chaîne les Pyrénées, classée zone interdite par l’occupant. 

De 1940 à 1944, 33 000 Français, dont 460 femmes, s’évadent de France par l’Espagne : 260 en 1940, 1 760 en 1941, 7 580 en 1942, 18 540 en 1943 et 4 860 en 1944. Sur ces 33 000 Français évadés, 24 600 s’engagent dans les armées françaises de libération en Grande-Bretagne ou en Afrique du Nord. À ces chiffres, il convient d’adjoindre environ 20 000 étrangers passés par les Pyrénées durant la même période, portant le chiffre total des évadés de France à environ 53 000 personnes. Parmi les aviateurs alliés ayant contribué aux succès des débarquements en Normandie et en Provence en 1944, 4 000 sont des évadés de France, guidés par la Résistance intérieure française. 

Qu’en est-il maintenant de l’action des maquis dans la Libération de la France ? Les forces françaises de l’intérieur (FFI), regroupant l’armée secrète (AS), l’organisation de résistance de l’armée (ORA) et les francs-tireurs partisans (FTP), représentent une force de 300 000 hommes durant l’été 1944. La structure géographique influence la tactique des FFI. Le Nord de la France, pays à population relativement dense, industriel, le tout sillonné de nombreuses voies de communication, ne favorise que dans une mesure limitée l’organisation d’actions massives. Les sabotages ferroviaires, industriels et électriques représentent les principales opérations. Pour implanter des maquis, on n’envisage que les régions de Bretagne, de Normandie, ainsi que le triangle Jura-Morvan-Vosges. Quant aux possibilités de la Résistance dans le sud de la France, les Alliés estiment qu’une importante guérilla peut être menée efficacement. Le terrain souvent montagneux est très favorable à l’établissement d’importants maquis, refuges pour des milliers de patriotes. C’est ainsi que l’organisation de la zone Sud prévoit l’emplacement de grands réduits, comme ceux du Massif central et des Alpes, ainsi que celui des Pyrénées, qui doit opérer vers le nord, c’est-à-dire vers le canal du Midi et la vallée de la Garonne. 

Les nombreux maquis FFI (AS, ORA, FTP) du Sud-Ouest, du Centre et du Sud-Est, vont représenter une menace permanente pour les unités allemandes voulant rejoindre le front de Normandie ou de Provence. Retarder, et si possible paralyser les mouvements des troupes occupantes, est l’une des missions prioritaires des FFI, par les sabotages électriques et ferroviaires, les embuscades. Cette mission va être entreprise dès l’aube du 6 juin 1944. D’après l’historien Henri Noguères, « le bilan est éloquent : lignes téléphoniques coupées, QG allemand isolé, locomotives détruites, pylônes abattus, voies ferrées coupées, routes nationales minées, colonnes allemandes attaquées (Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, tome V, Robert Laffont, 198)… » 

Le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant en chef des forces allemandes de l’Ouest en 1944, tient à souligner les faits suivants :

Tous les chefs militaires allemands font état d’une révolte générale sur nos arrières durant l’été 1944. Des formations allemandes entières ont tout simplement été anéanties par les forces combattantes de la Résistance française. Les maquis nous ont infligé des pertes considérables, ramenant en certains endroits à 40 % l’efficacité au combat de la Wehrmacht. Les Allemands avaient pour la Résistance française une crainte énorme, parfaitement justifiée par l’importance considérable des sabotages, des embuscades, sans oublier l’efficacité redoutable des réseaux de renseignement, dont les documents transmis aux Alliés décidèrent du choix du débarquement en Normandie (Archives militaires allemandes, Fribourg-en-Brisgau).

Le général américain Marshall, chef d’État-Major des armées américaines, a quant à lui déclaré :

La Résistance française a dépassé toutes nos prévisions. C’est elle qui, en retardant l’arrivée des renforts allemands et en empêchant le regroupement des divisions allemandes à l’intérieur, a assuré le succès de nos débarquements. Sans vos troupes du maquis, tout était compromis (National Archives, College Park).

La lutte que les FFI engagent contre l’occupant ne se limite pas à la guérilla et aux sabotages divers. De véritables batailles vont avoir lieu sur tout le territoire : Saint-Marcel, mont Mouchet, le Vercors, mont Gargan, Picaussel, Mouleydier, Javerlhac, l’Isle-Jourdain, l’Ain, Autun, Maisey, Piquante-Pierre, etc. 

Sur les 400 000 soldats allemands positionnés dans le sud de la France en 1944, soit la moitié du territoire national, 13 000 sont capturés par les FFI en Midi-Pyrénées durant l’été 1944, 20 000 au sud de la Loire et 5 000 dans la région d’Autun lors d’actions conjointes des FFI et des Alliés ; les garnisons allemandes de Limoges, de Brive, de Saint-Astier, de Tarbes, de Lourdes, de Borce, de SaintJean-de-Luz, d’Oloron et de Rimont (représentant un total de 4 000 soldats) sont capturées par les maquisards français. En Haute-Savoie, 3 500 soldats allemands se rendent à la Résistance. Les FFI doivent également enlever de haute lutte, sur les fronts de l’Atlantique et des Alpes, les dernières places fortes allemandes en avril et mai 1945, où 132 500 soldats ennemis sont finalement tués ou capturés. Les FFI (AS, FTP, ORA) forment en effet le gros des bataillons engagés sur ces deux fronts oubliés (Atlantique et Alpes) de la Seconde Guerre mondiale. 

Ainsi, sur les 400 000 soldats allemands présents dans le sud de la France en 1944, au moins 173 000 sont mis hors de combat par les forces combattantes de la Résistance en 1944-1945. 

L’action importante des FFI et des paras gaullistes en Bretagne permet de fixer dans la guérilla 150 000 soldats allemands, dont seulement 60 000 parviennent à rejoindre très en retard le front de Normandie : totalement éreintés, car contraints de monter en ligne à pied. Les sabotages ferroviaires et les embuscades ont joué ainsi un rôle de premier plan. Eisenhower a estimé l’apport de la Résistance à 15 divisions. Il n’y a jamais eu plus de 32 divisions alliées en Normandie, dont seulement 8 divisions les premiers jours du débarquement. Que se serait-il passé si les nombreux renforts allemands avaient pu être engagés à temps en Normandie ? Comme on peut le constater par les faits et les chiffres, l’action de la Résistance intérieure dans la Libération est loin d’être négligeable. 

Le 5 juin 1944, veille du débarquement en Normandie, quelque 5 000 résistants ont dynamité plus de 500 ponts sur les voies stratégiques françaises. D’après les experts militaires allemands et alliés, ils ont retardé les mouvements stratégiques des troupes allemandes de 48 heures en moyenne. Le général Eisenshower déclare :

Tactiquement, ces deux jours furent d’une valeur inestimable. Ils ont sauvé un nombre incalculable de vies américaines. Auparavant, la Résistance française avait transmis des renseignements de première importance, précis et abondants, jusqu’à 300 rapports par jour, au point que les officiers alliés en savaient parfois plus sur le dispositif allemand que les officiers allemands eux-mêmes. Le plan Vert (bataille du rail) et le plan Violet (pour les PTT) ont été particulièrement efficaces : 600 déraillements ont eu lieu hors du front, 1 800 locomotives et 6 000 wagons ont été immobilisés en juin et juillet 1944 (Général Eisenhower, Mémoires sur la Deuxième Guerre mondiale, Robert Laffont, 1949).

Contrairement à ce qui est écrit par certains « historiens », on ne peut réduire les pertes allemandes de l’été 1944 contre la Résistance à 7 900 soldats (tués, blessés, prisonniers). Rien que dans la région Midi-Pyrénées, 13 000 soldats allemands sont capturés par les FFI durant cette période. 

Durant la première semaine de juin 1944, le 95e régiment allemand de sécurité, cantonné à Brive et engagé dans la lutte contre les maquis de la région, déplore 318 hommes hors de combat (tués, blessés ou disparus) sur un effectif total de 900 hommes environ. Un rapport du commandement allemand sur les pertes allemandes du 6 juin au 4 juillet 1944, dans la lutte contre les maquis en Limousin, Périgord et Quercy, fait état de 7 900 tués ou blessés et 4 800 prisonniers ou disparus, soit un total de 12 700 soldats allemands hors de combat. 

D’autre part, les unités allemandes luttant contre la Résistance sont loin de représenter des troupes de second ordre. Des éléments de la 11e Panzerdivision sont engagés durant l’été 1944 contre les maquis du Périgord. Le 1er juin 1944, la 2e Panzerdivision Waffen SS Das Reich, complètement reformée dans le sud-ouest de la France, aligne 17 283 soldats au total, 54 chars Panzer IV et 63 Panther V. Nous sommes loin d’une unité de second ordre. Environ 8 300 soldats de cette division sont engagés jusqu’à la fin juin 1944 contre les maquis du Sud-Ouest. La Résistance du Sud-Ouest fixe dans la guérilla environ 50 % des effectifs de cette division d’élite jusqu’à la fin juin 1944, et même au-delà puisqu’on compte toujours des compagnies de cette division maudite début août 1944, notamment dans la région des Pyrénées. Le général américain Eisenhower reconnaîtra que ce retard a sauvé la tête de pont allié en Normandie et l’historien allemand Hans Luther écrira que « cette division d’élite n’a pas pu être placée en temps utile sur le front de Normandie (Archives militaires allemandes, Fribourg-en-Brisga)».

Extrait du livre de Dominique Lormier, Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale, publié aux éditions du Rocher.

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