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Rassemblement contre l'antisémitisme

Actes antisémites : des causes, une riposte, et un amalgame avec les Gilets jaunes à haut risque

Publié le 20 février 2019
Plusieurs manifestations ont été organisées à travers la France ce mardi 19 février afin de dénoncer la montée de l'antisémitisme dans le pays.
Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Guylain Chevrier
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Plusieurs manifestations ont été organisées à travers la France ce mardi 19 février afin de dénoncer la montée de l'antisémitisme dans le pays.

Selon le ministère de l’Intérieur, après une diminution des actes antisémites l’année 2017, on voit augmenter de 74% ceux-ci l’année 2018. Ils sont passés de 311 à 541 (insultes, menaces, dégradations de biens, agressions, homicides…). Rappelons que cette diminution des actes antisémites était à relativiser au regard d’une forte augmentation des violences aux personnes, de 77 en 2016 à 97 en 2017 sur 311 actes. Ce nombre d’actes rapporté aux 500.000 personnes de confession israélite en France dépasse toutes les autres catégories concernées. Le départ en nombre de familles juives de certains quartiers de banlieue, selon des enquêtes officielles, indique combien la pression se fait forte avec une peur et qui n’est pas que fantasmée. Ce qui reflète au passage un phénomène de fermeture territoriale très inquiétant. Il y a un an, c’était l’agression d’un garçon de huit ans de confession juive qui portait une kippa à Sarcelles (Val-d’Oise), emblématique de ce climat de tension. Ceci, avec en toile de fond des attentats à caractère islamiste qui ont visé des personnes juives : de la tuerie perpétrée par Mohamed Merah au collège Ozar-Hatorah en 2012 à la prise d’otages de l’Hyper Cacher à Paris. D’autres meurtres ayant pour mobiles l’antisémitisme, comme celui de Sarah Alimi en avril 2017 ou de Mireille Knoll en mars 2018, sont venus souligner la violence sans limite de cet antisémitisme.

Cette hausse a été présentée par Christophe Castaner alors que plusieurs inscriptions antisémites ont été découvertes ces jours derniers dans la capitale, notamment des croix gammées sur le portrait de Simon Weil ou le mot « Juden » sur la vitrine du magasin Bagelstein. Deux jours avant une cérémonie d’hommage à Ilan Halimi, ce jeune homme enlevé puis séquestré et torturé à mort par le « gang des barbares », les deux arbres plantés à sa mémoire où il avait été retrouvé agonisant le 13 février 2006, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), ont été sciés.

Mais ces chiffres reflètent de façon imparfaite l’étendue et la nature de ces actes, qu’ils soient antisémites, anti-chrétiens ou anti-musulmans. Ils sont à utiliser avec précaution dans la mesure où la loi interdit de qualifier une agression selon l'origine religieuse de la victime, ne permettant de faire prévaloir que le seul caractère raciste ou discriminatoire de l'infraction. D’autre part, les chiffres sont fournis par des associations cultuelles, puis, recoupés par les services du ministère de l’intérieur. Du coup, ils indiquent surtout une tendance. On comprend la prudence autant que la vigilance de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dans ses rapports sur ce sujet.  

Concernant les actes antisémites, La chancellerie fait le constat du « faible nombre de procédures et de poursuites pour ce type d’infraction » et du « nombre très limité de faits portés à la connaissance de l’autorité judiciaire ». On souligne aussi la difficulté « d’identifier les auteurs », dont il est bien difficile de dresser le profil, voire le portrait. Pas surprenant, car il n’en existe pas qu’un, mais de toute évidence plusieurs, puisque ces actes peuvent venir autant de l’extrême droite que de l’ultragauche, ou être le reflet de rapports communautaires conflictuels.

 

Les actes antisémites, quelles causes ?


Par-delà un antisémitisme historique d’extrême droite en France, on a vu s’affirmer depuis une trentaine d’années une nouvelle forme d’antisémitisme, dont l’un des catalyseurs est le conflit israélo-palestinien, sur fond de concurrence mémorielle, avec parfois une négation de la Shoah. Un phénomène qui n’est pas, contrairement à certaines affirmations que le fait d’extrémistes isolés, mais qui est devenu un véritable mal de trop de quartiers de nos banlieues populaires. On sait combien certains enseignements, qui s’affrontent à la montée des affirmations identitaires dans ce domaine, sont parfois impossibles à donner dans des établissements scolaires (Pierre-André Taguieff, Judéophobie, la dernière vague : 2000-2017, Fayard, 2018.). Le journal Le Monde a fait une analyse de cette situation, dans laquelle il nous livre des éléments d’analyse, à pondérer. La CNCDH a fait apparaitre dans ses rapports, que : « Les auteurs connus des actes visant la communauté juive n'appartiennent plus, dans leur très grande majorité, à des groupes influencés de façon notable par l'idéologie extrémiste de droite, mais aux milieux d'origine arabo-musulmane. »
 

On a relevé une corrélation entre l’évolution du nombre d’actes antisémites et l’actualité en lien avec le conflit israélo-palestinien. Ils ont par exemple augmenté avec la seconde Intifada (2000-2006) et à chaque nouvel événement important, comme pour l’année 2018 marquée par la « marche du retour » qui commémorait le 70e anniversaire de l’exode palestinien de 1948, la « Nakba », qui s’est soldée par une centaine de morts et des milliers de blessés et ce, pendant que l’ambassade américaine s’installait à Jérusalem en signe de soutien à la politique du gouvernement Netanyahu. Mais attention à ne pas noyer le poisson par des études qui insistent sur l’existence de vieux stéréotypes à tendance antisémite dans la population générale. Selon un sondage de l'IPSOS réalisé en 2017, 20% des Français jugent que « les juifs ont trop de pouvoir en France », 38% pensent que « les juifs ont un rapport particulier à l'argent » et 39% estiment que « pour les juifs français, Israël compte plus que la France ». Bien que cette réalité soit déplorable voire détestable, cela ne conduit pas pour autant à des actes antisémites nécessairement, bien heureusement.
 

« En 2005, une enquête de Sylvain Brouard et Vincent Tiberi sur les Français issus de l'immigration maghrébine, africaine et turque, en majorité musulmane faisait « apparaître une tension sur la question israélienne et une plus grande réceptivité aux préjugés antisémites » sur fond de « malaise identitaire, d'intolérance religieuse, de jalousie à l'égard d'une communauté perçue comme plus anciennement installée, socialement plus favorisée, plus présente dans l'espace public ». On note qu’indépendamment de la réalité de la condition sociale, on fantasme sur la fortune présumée « du juif », pour ajouter : « Alors même qu’ils sont dans la même galère sociale et qu’ils sont voisins, des petites bandes de délinquants ciblent les juifs car ils sont persuadés qu’ils ont malgré tout de l’argent et qu’ils trouveront à coup sûr le dernier iPhone sur eux, raconte Raoul Benaccoun, 74 ans, ancien chargé de mission à la sécurité (entre 1995 et 2015) à la mairie de Sarcelles, dans le Val-d’Oise. Aujourd’hui, ces préjugés antisémites sont dans la mentalité du petit voyou, qu’il soit blanc, noir ou arabe. »  Dans le cas d’Ilan Halimi, ses ravisseurs réclamaient une rançon, ils le présupposaient riche parce que juif, ce qui n’était pas le cas.

Le constat d’une réalité protéiforme de l’antisémitisme ne doit pas conduire à biaiser le cœur du phénomène auquel nous assistons, et qui continue de se durcir, qui se constitue autour de la thématique des affirmations identitaires et de la logique des communautés, que les grands médias ne cessent de nourrir par leur lecture multiculturelle de la situation. Il se joue donc aussi derrière cela, des schémas de lecture qui vont avec des conceptions différentes de la société, selon qu’on considère d’abord avoir affaire à des citoyens de droit ou aux membres d’une communauté. Ce qui conduit à se référer à des généralités dangereuses, précisément à propos du conflit israélo-palestinien, en encourageant d’abord à penser les individus selon leurs différentes religions par exemple et attachements supposés, les ramenant à des communautés d’intérêts, en considération de certaines oppositions qui les identifieraient les unes par rapport aux autres. Les juifs seraient-ils tous sionistes ? Tous contre un Etat palestinien reconnu et autonome ? Tous pratiquants ? Tous Loubavitch ? Ce sont des libertés individuelles, des droits de l’Homme qui sont en jeu avant tout et pas des « communautés ». On sait combien les grands médias et une large partie de la classe politique, qui a joué depuis longtemps sur le clientélisme dans ce domaine, sont acquis au multiculturalisme et à la fatalité du communautarisme, ce qui les mène à participer de renforcer les différences et à les porter à leur comble, à travers une lecture qui est systématiquement celle des communautés. Le gouvernement, pour déjouer le risque d’antisémitisme et de façon plus générale, de racisme, devrait traiter cette question au travers de la citoyenneté, coupant cours à une concurrence victimaire et mémorielle à caractère communautaire extrêmement dangereuse pour notre cohésion sociale.

Des députés de la majorité proposent maintenant une loi pour condamner l’antisionisme. Ne sommes-nous pas en pleine police de la pensée ? On utilise l’idée que l’antisionisme servirait à cacher l’antisémitisme, ce qui n’est pas toujours faux, car on ne peut tolérer les appels tels que « mort à Israël » associé à « mort aux juifs » dans des manifestations propalestiniennes. Ce qui contient des relents de génocide qu’il faut que la justice condamne fermement. Ce qui va avec l’idée de rayer de la carte l’Etat israélien, au nom de l’antisionisme remplaçant avantageusement l’antisémitisme dans le discours avec le même but. Pour autant, ne peut-on faire confiance à la liberté d’opinion et d’expression et aux limites que la loi leur impose pour faire avancer les choses, en revenant vers un débat politique qui n’exclut pas mais intègre, cadré, qui permette de poser avec raison toutes les questions ? Il faut aussi pouvoir dialoguer avec ces jeunes qui sont en risque de se perdre par ceux qui utilisent le conflit israélo-palestinien pour les radicaliser et au regard desquels l’antisémitisme est un ferment de recrutement pour se révolter contre notre société démocratique, terreau de l’exacerbation identitaire jusqu’à la radicalisation. Justement, il ne faut pas tomber dans ce piège qui serait celui d’assimiler le sionisme à l’antisémitisme en justifiant chez ceux qui en font un instrument de propagande de le renforcer d’un combat pour la liberté d’expression, tout en se victimisant. Plutôt qu’interdire de ce côté, arrêtons les frais avec l’enseignement du fait religieux à l’école qui appuie sur les différences, et fait qu’en fin de primaire, on sait mieux ce qu’ont dit Jésus-Christ ou Mahomet que l’on ne comprend la portée des principes et valeurs de notre République.

Gilets jaunes, antisémites et extrême droite : un amalgame à haut risque

« L’antisémitisme se répand comme un poison, comme un fiel. Il attaque, il pourrit les esprits, il assassine », a déclaré, lundi, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, en réaction aux dégradations des arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi. Ces propos interviennent dans un climat médiatique dominé par la volonté d’identifier les Gilets jaunes à l’extrême droite, avec quelques inscriptions antisémites dans le contexte des manifestations dernières, qu’il n’a pas été possible d’ailleurs de relier directement à ce mouvement. Mais l’altercation entre des éléments des Gilets jaunes et le philosophe Alain Finkielkraut où il a été pris pour cible comme juif sous le vocable de « sale sioniste », a surenchéri les choses de ce côté, bien que le fait d’éléments isolés. On a aussi assisté dans les jours qui ont précédé, à une campagne unilatérale des grands médias insistant sur la présence d’éléments de l’extrême droite au sein des Gilets jaunes. Pourtant, l’ultragauche n’est pas moins présente sinon plus en nombre, parmi les éléments violents, qui est à relier à une frange islamogauchiste qui copine avec les pires antisémites. Voilà ce que l’on peut lire sur Slate.fr : « Le jaune, le rouge et le brun dessinent un sale drapeau tricolore. Les insultes subies par Alain Finkielkraut samedi 16 février 2019 à Paris sont la goutte d’eau antisémite qui fait déborder le vase populiste des « gilets jaunes ». Il est temps que ce mouvement prenne fin. ». Il est facile de voir dans ces liens créés qui cherchent à caractériser les Gilets jaunes, entre antisémitisme généralisé et populisme, sous-entendu mouvement d’extrême droite, la volonté d’en finir en les stigmatisant.

Il est vrai que la « Gilet jaune » Ingrid Levasseur, porteuse d’un projet de liste aux européennes décriée par ses ex-compagnons de combat, a été insultée et traitée de « sale juive ! » lors de l’une de leurs dernières manifestations. On n’oublie pas non plus les quenelles à la Dieudonné faites lors d’une manifestation parisienne. Les Gilets jaunes auraient tout intérêt à faire le ménage dans leurs rangs même si l’organisation de ce mouvement ouvert par essence à tous, n’y aide pas. Mais à un moment, il faut aussi savoir clarifier les choses, cela devient même absolument capital. La présence de Gilets jaunes dans les rassemblements de ce 19 février contre l’antisémitisme est un premier pas dans ce sens.

Une déferlante médiatique prend les Gilets jaunes pour cible sans beaucoup de nuance : CNEWS gratuit de ce lundi 18 février titre « Les Français disent stop » », l’article consacré au sujet explique : « Trop c’est trop. Des portes des ministres fracassées, des monuments publics et des commerces dégradés, des insultes racistes et antisémites, ou encore des véhicules militaires pris pour cible. Les débordements en marge des manifestations des Gilets jaunes, qui se sont multipliés au fil des semaines, exaspèrent les Français ». On explique qu’aujourd’hui, le mouvement se réduisant, on voit de plus en plus ressortir les éléments violents et extrêmes, qui y prendraient le pas. Le gouvernement ne rêvait que de cela et l’a même un peu poussé, par certaines pratiques d’intimidation de la police, arrêtant de façon préventive des responsables du mouvement, du jamais vu, gazant à qui mieux mieux les manifestants, ou en laissant quelques individus tout casser pendant des heures lors des rassemblements, jouant ainsi la carte du pourrissement. Avec en parallèle, un Grand débat autour du Président qui donne l’impression de surtout jouer la montre pour faire rentrer les choses dans l’institutionnel, pour continuer les réformes. Selon un sondage Ifop publié dans le dernier JDD, 52% des interrogés demanderaient l’arrêt des manifestations du samedi même s’ils sont toujours 50% à soutenir les revendications du mouvement. Mais n’est-ce pas qu’à force d’avoir refusé d’entendre une France profonde que l’on n’entend jamais, en renvoyant aux manifestants de définir des propositions, alors que c’est au personnel politique de transcrire en démocratie représentative les aspirations du peuple en termes de projet, que les choses en arrivent à ce point d’exaspération, de rupture, que se reproduisent ces violences et que l’emportement domine ?

Mais précisément, cette majorité des Français qui selon cette enquête soutient encore les revendications des Gilets jaunes mais pas la violence, n’est-elle pas le reflet d’une lame de fond qui, demain, si on ne prend pas en compte ce que ce mouvement exprime au nom de l’identifier au pire, reviendra sous des formes encore plus violentes et radicales ? Les inégalités patrimoniales ne cessent de croître et les classes moyennes du bas du tableau, les travailleurs pauvres, cette France dite périphérique en souffre, ce qui ne disparaitra pas avec la volonté à tout prix d’en finir avec ce mouvement. Nous avons eu « Nuit debout », ne l’oublions pas, nous avons assisté depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à un dialogue social qui nie les corps intermédiaires sur le mode de « cause toujours tu m’intéresse », puis, nous avons les « Gilets jaunes ». Il faudra plus qu’un débat en trompe-l’œil et qu’une manifestation aux cris de « tous ensemble », toute légitime et indispensable qu’elle soit contre l’antisémitisme, pour reprendre le contact avec cette France qui se met à l’écart du politique. Cette France qui commence à ne plus voir dans la démocratie, y compris les droits de l’Homme, et la construction européenne, qu’un piège tournée contre le peuple pour le déposséder de toute maitrise de son destin, et une société à venir vue comme pire pour ses enfants. Ne sous-estimons pas ce que les manifestations d’exaspération et de violence qui se sont exprimées jusqu’ici, à travers un mouvement populaire qui n’a pas dit son dernier mot, changent sur le fond, en étant l’expression d’une France de plus en plus en morceaux guettée par le risque d’éclatement, et d’affrontements, sur fond d’exacerbation identitaire. 

 

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hoche38
- 21/02/2019 - 15:36
pourquoi s'en priver?
Quand Mohammed Merah assassina des enfants juifs de l'école Otzar Hatorah à Toulouse, le premier réflexe des autorités et des media fut de mettre en cause "l'extrême droite inspirée par les idées du Front national". Si cela marche toujours et dans l'état où se trouve la caste installée au pouvoir, pourquoi s'en priver?
AZKA
- 21/02/2019 - 14:55
En morceaux la France
Socialement avant de l'être physiquement bientôt.