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Retour de flammes
1789-90 : ces moments où mêmes les plus radicaux imaginaient que la Révolution française était terminée
Publié le 17 février 2019
Trois mois après l'apparition du grand mouvement de contestation des Gilets jaunes, la tension semble être retombée, et on entend moins parler de climat insurrectionnel ou révolutionnaire. Mais cette accalmie pourrait ne pas durer, comme le montre l'exemple de la Révolution française.
Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Olivier Gracia
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Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Trois mois après l'apparition du grand mouvement de contestation des Gilets jaunes, la tension semble être retombée, et on entend moins parler de climat insurrectionnel ou révolutionnaire. Mais cette accalmie pourrait ne pas durer, comme le montre l'exemple de la Révolution française.

Atlantico : Trois mois après l'apparition du grand mouvement de contestation des Gilets jaunes, la tension semble être retombée, et on entend moins parler de climat insurrectionnel ou révolutionnaire. Si on prend en comparaison avec l'apparition des premiers remous lors de la Révolution Française, a-t-on connu de telles "accalmies" ?

Olivier Gracia : Il y a différentes étapes clés dans la Révolution, ce n'est pas un mouvement de violence continue. La prise de la Bastille est très symbolique, car c'est la violence qui instigue le changement de cap. Mais avant d'arriver à cette période de grande violence étatique qu'est la Terreur, il y a des périodes de calme. Il y a deux grands moments qui ont permis d'apaiser la colère populaire, l'abolition des privilèges, acte fondateur du premier grand calme de la Révolution, où les aristocrates décident d'eux-mêmes l'abandon de leur statut. Le second c'est la refonte de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle, le régime a eu besoin de se réinventer pour calmer la furie populaire. La Révolution aurait pu se terminer à ce moment-là, mais la suite des évènements, notamment la fuite du roi à Varennes, changeront la donne. Toutefois relevons bien qu'il n'y avait pas de détestation de Louis XVI au début de la Révolution, le roi était vu comme mal conseillé, tout le contraire avec Emmanuel Macron qui est haï par la plupart des Gilets Jaunes (qui réclament souvent sa démission). Enfin n'oublions pas que celui qui a mis définitivement fin aux violences et à l'instabilité politique c'est Napoléon avec son coup d'état.     

Comment les choses ont-elles pu se dégrader par la suite en 1789 ? Les contemporains avaient-ils vu venir ces évolutions ?

Il y avait une forme d'aveuglement général, sauf le frère du roi (le futur Louis XVIII) qui écrivait dans ses carnets en 1788 qu'une révolution se préparait en France. On dit souvent que ce sont les Lumières qui ont inspirées la révolution, ce n'est pas tout à fait vrai, car ceux qui lisaient les Lumières en majorité étaient les aristocrates. Mais il y avait une sorte d'insouciance sous Louis XVI, les idées des Lumières étaient considérées comme de la philosophie avant tout, personnes n'imaginait que cela allait déboucher sur une révolution. Quant à la question de comment cela a pu dégénérer en 1789 ; la France était engluée dans une crise économique, les récoltes étaient mauvaises, les caisses de l'état vides. Ajoutons aussi que déjà, à l'époque, les "fakes news" alimentaient la tension générale. Lors de la Grande Peur (1789) on croyait que les seigneurs voulaient bruler les (maigres) récoltes, de là date les premières Jacqueries quelques jours après la Prise de la Bastille. La presse a grandement contribué à désacraliser la fonction royale, notamment en caricaturant Louis XVI sur ses problèmes de procréation, les journaux alimentaient en plus la croyance d'une vie fastueuse de la famille royale à Versailles. Enfin l'échec de Louis XVI dans sa réforme fiscale, qui devait soulager le Tiers État, par opposition de la noblesse. Le tout alimentant la haine d'une partie de la population. 

Par ailleurs, la référence à la Révolution est très présente depuis le début des Gilets jaunes. Quelle image avons-nous aujourd'hui de celle-ci ? A-t-elle évolué ?

La république ne s'est pas créée dans le calme le plus complet, je pense pour ma part que l'histoire se répète. Il y a trois grandes révolutions en France, 1789, 1830, et 1848, toutes dirigées contre un système monarchique, la nouveauté c'est que cette fois elle est contre une république. Globalement, si on prend l'échiquier politique, il n'y a plus que l'extrême gauche qui glorifie les figures de Robespierre et de Saint Juste. La gauche républicaine faisait, à part Mitterrand, peu de référence à la Révolution, elle lui préférait Jaurès ou Blum. Dans la droite libérale, il y a une certaine admiration pour les révolutionnaires modérés, comme les Girondins par exemple. A l'extrême droite c'est un mélange, il y a des monarchistes bien sûr, mais également des Jacobins. Au fond la Révolution n'est pas terminé, la France en est toujours à chercher son modèle politique.

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