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Douche encore plus froide que prévue
Ce que la forte contraction de l’activité en France nous réserve en termes de croissance et de chômage pour l'année 2019
Publié le 06 février 2019
Après des premiers chiffres 2019 inquiétants pour la conjoncture économique française, Markit enfonce le clou ce 5 février en indiquant, à propos des PMI du secteur des services "L’activité a diminué pour un deuxième mois consécutif en janvier dans le secteur des services français, le taux de contraction se redressant en outre à son plus haut niveau depuis près de cinq ans".
Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de...
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Philippe Waechter
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Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de...
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Après des premiers chiffres 2019 inquiétants pour la conjoncture économique française, Markit enfonce le clou ce 5 février en indiquant, à propos des PMI du secteur des services "L’activité a diminué pour un deuxième mois consécutif en janvier dans le secteur des services français, le taux de contraction se redressant en outre à son plus haut niveau depuis près de cinq ans".

Atlantico : En se basant sur l'acquis de croissance et la situation actuelle, peut-on d'ores et déjà anticiper une fourchette de croissance pour l'économie française pour l'année 2019 ? 

Philippe Waechter : Les indicateurs conjoncturels montrent une fragilité marquée à la fin de l'année 2018 et au début de 2019. La consommation n'est plus aussi robuste, les entreprises ont ralenti leurs investissements et les enquêtes auprès des chefs d'entreprise montrent une certaine inquiétude. C'est l'état des lieux en France en ce début d'année.

Il y a une double dynamique qui est à l'œuvre. La première est globale et reflète l'allure plus modérée à l'échelle mondiale de l'industrie manufacturière. Le commerce mondial ralentit et l'Europe est affectée par ce phénomène. L'Allemagne l'est davantage que la France. La production industrielle a nettement ralenti partout en Europe au cours du dernier trimestre et c'est la conséquence de ce contexte global.

L'autre élément qui explique la morosité des enquêtes dans les services reflète la crise sociale que traverse la France. Dans l'enquête Markit, il y a un décrochage dans l'activité des services notamment dans le commerce, l'hôtellerie ou encore la restauration. L'INSEE a une vue moins négative dans les services en ce début d'année.

Ce qui ressort ici est le manque d'impulsion pour soutenir la croissance. Il n'y a pas franchement de facteurs suggérant l'imminence d'un rebond. Le commerce mondial ne donne pas de signaux de renversement. Les indicateurs en Asie sont même préoccupants. La Chine, Taiwan ou encore la Corée du sud voient leur activité manufacturière se contracter en janvier. Cela va accentuer le ralentissement des échanges, ne permettant pas le renversement de la dynamique dans l'activité industrielle.

Sur la crise sociale en France, elle crée une incertitude sur la durée de ce climat dégradé. Le grand débat fera peut-être son office mais on ne perçoit pas, là non plus, d'inversion rapide du mouvement. On peut penser que jusqu'aux élections européenne du 26 mai, au moins, la situation restera incertaine. Cela aura forcément un impact sur les comportements. La fragilité provoquée par cette situation sociale engendre une fragilité de l'activité et donc de l'emploi. Les diverses hausses de pouvoir d'achat promises par le gouvernement compenseront en partie les effets de cette incertitude. En revanche c'est du côté des entreprises que la situation est plus complexe et plus fragile. D'abord la baisse de l'activité pourrait avoir un impact durable sur les arrêts d'activité dans les petites entreprises de services. Ensuite, l'incertitude va inciter les entreprises à repousser dans le temps leurs investissements, n'alimentant plus ainsi la croissance.  

La situation sur le premier semestre risque d'être un peu moins favorable que ce que peut évoquer l'INSEE par exemple.

L'acquis de croissance pour 2019 à la fin de 2018 est de 0.4% contre 1% à la fin 2017 pour 2018 (l'acquis est le taux de croissance qui prévaudrait si la croissance de l'activité était nulle à chaque trimestre). Un point de départ réduit pénalise forcément le profil de la croissance.

Pour l'instant, au regard de l'acquis et du profil attendu pour le premier semestre, on peut avoir une fourchette de croissance entre 1 et 1.3% en moyenne pour 2019. C'est un peu plus bas que le 1.5% observé en 2018. Si l'on reprend le profil de 2018 et qu'on l'applique à 2019 alors la croissance ne serait que de 0.9%. 

Au regard de ces chiffres, quelles sont les prévisions que l'on puisse faire sur le front de la création d'emplois et du chômage ?

L'allure de l'emploi a changé en 2018. Il y avait eu un phénomène spectaculaire de rattrapage en 2017 avec plus de 300 000 créations d'emplois. Mais ce mouvement s'est nettement essoufflé en 2018. Le nombre d'emplois créés a été presque divisé par 3. On ne dispose pas encore des chiffres des nouveaux emplois de l'INSEE pour le dernier trimestre (ce sera le 8 février) mais les flux d'embauches selon l'Acoss sont devenus négatifs au 4ème trimestre.

Au regard de l'allure attendu sur la conjoncture et compte tenu du lien entre croissance et emploi il est probable que les chiffres d'emplois seront relativement faibles en 2019 et qu'en raison de la hausse de la population active le taux de chômage n'évolue pas. Une relation d'Okun entre la croissance de l'activité et la croissance de l'emploi suggère à peine 0.4% de hausse de l'emploi avec un taux de croissance de 1% soit nettement moins de 100 000 emplois nouveaux au mieux. C'est insuffisant pour engendrer une dynamique interne plus robuste.

Brexit le 29 mars, décision américaine relative au secteur automobile européen attendue avant le 17 février...derrière ces nuages qui planent encore sur l'économie française, existe-t-il des raisons d'espérer une amélioration de la situation ? 

Les incertitudes sont nombreuses car il y a les décisions évoquées mais on peut rajouter les inquiétudes sur l'Italie qui est en récession, ou encore les interrogations relatives aux élections européennes qui pourraient déboucher sur une sorte de doute sur la construction européenne. Ce n'est pas souhaitable mais les développements en Italie, en Hongrie ou encore en Pologne inquiètent.

La résolution des troubles sociaux et la mise en place d'une dynamique commune sont les ingrédients nécessaires pour profiter et accentuer l'impact sur la croissance et l'emploi des mesures décidées par le gouvernement sur le pouvoir d'achat tout en profitant d'un prix du pétrole plus bas. On ne peut pas attendre un retour de la croissance dans la confusion sociale actuelle. Le gouvernement a une carte à jouer.

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Sidewinder
- 07/02/2019 - 01:52
Devenir.....
Je ne m'étalerais pas trop sur le sujet car je risque des tomates mures et des œufs pourris sur la figure. Je ne dirais donc qu'une chose : depuis 40 ans la mentalité de la France n'a pas changé et, bien sûr, rien ne peut changer. Il nous faut malheureusement attendre le crash avec dignité.
pierre de robion
- 06/02/2019 - 22:11
Gâteau
Le gâteau n'augmente pas, voire diminue et il y a de plus en plus de partageux qui ne veulent pas ou ne sont pas capables de le faire grossir!
Concluez vous -même, avant que ça n'explose car la solution ce sera celle ci. J'espère après moi, mais l'avenir est si incertain et imprévisible !
jurgio
- 06/02/2019 - 14:28
Quelle activté choisir dans ce pays ?
Les activités industrielles ont fondu comme neige. On prêche pour se rattraper les activités de services qui ne sont que des abstractions, et qui s'envoleront au moindre vent économique car il se trouvera toujours un autre pays en difficulté pour nous damer le pion. La solution de repli est de favoriser l'immigration ! Avec l'espoir que les impôts seront moindres car mieux partagés ! Quand les nouveaux arrivants en auront marre de cirer les chaussures et de balayer les quais de métro, que voudront-ils ? Comme nos millions de chômeurs : un autre travail plus rémunérateur ! Nos écologistes prônent les « renouvelables » en assurant qu'ils créeront de nombreux emplois (sic) Mais comment les payer ? Qui les paiera ? Moi qui fus un fervent anti-malthusianiste, je m'aperçois que ce devait être « beaucoup mieux avant »...