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Attention, c’est prouvé : regarder trop de séries tend à déformer la vision du monde de ceux qui s’y adonnent
Publié le 28 janvier 2019
Selon une étude présentée dans la revue Psychology of Popular Media Culture, regarder assidûment des séries impacterait notre vision du monde.
Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine.  
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Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine.  
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Selon une étude présentée dans la revue Psychology of Popular Media Culture, regarder assidûment des séries impacterait notre vision du monde.

Atlantico : D'après une récente étude du magazine Psychology of Popular Media Culture, les séries télévisées les plus populaires -House of Cards, Bloodline, The Unbreakable Kimmy Schmidt...- et la façon dont elles présentent le monde (souvent violemment) aurait un fort impact sur les téléspectateurs. Cela touche-t-il tout type de téléspectateurs ou bien certains sont-ils plus influençables que d'autres ?  

Nathalie Nadaud-Albertini : C’est justement ce que, de leur propre aveu, les auteurs de l’étude ont du mal à déterminer. En effet, si l’on suit les résultats de cette recherche, il y aurait un lien entre le contenu violent des séries susmentionnées et une vision du monde comme un univers menaçant, où il est difficile de faire confiance à autrui. Si le lien est mis en évidence par l’étude, rien ne permet de déterminer si ce sont ces contenus qui ont une influence directe sur les individus ou si ce sont des personnes dont la vision du monde est préalablement sombre qui sont attirées par des contenus validant leur façon de percevoir le monde comme un univers dangereux.

En sciences sociales, on ne considère jamais que le constat d’un lien vaut causalité. Un exemple simple permet de le faire comprendre. Si l’on dit : « C’est en Alsace que le taux de natalité est le plus fort » et « C’est en Alsace qu’il y a le plus de cigognes ». Une conclusion trop rapide amènerait à déduire une causalité erronée, à savoir : ce sont les cigognes qui apportent les bébés…

En quoi regarder un trop grand nombre de série déformerait-il notre vision du monde ? Comment cela s'illustre-t-il ?

Je vais vous répondre sans emboîter le pas au risque de conclusion trop rapide dont je parlais plus haut. Je vais me contenter de reprendre les conclusions de l’étude en demandant au lecteur de bien garder en tête les réserves à apporter que je viens d’exposer.

Selon cette étude, il semble qu’il y ait un lien entre le temps que passe un enquêté

chaque jour à regarder des séries violentes et sa tendance à percevoir le monde comme un lieu inhospitalier et menaçant.

Comment cela s’illustre-t-il ? La réponse n’est pas évidente puisque d’une part, ce n’est qu’un lien qui a été mis en évidence par l’étude, et, d’autre part, l’étude ne décrit pas précisément la perception du monde réel par les enquêtés. On sait simplement que cette perception est sombre et menaçante.

Lorsque l’on s’intéresse à la méthode utilisée, on comprend les raisons qui rendent difficile cette description précise. En effet, l’étude repose sur un questionnaire demandant aux enquêtés de valider des assertions préétablies. Il n’y a aucun entretien permettant de leur laisser davantage la parole, ce qui aurait permis de préciser plus finement la façon dont ils perçoivent le monde réel.

Cependant, il existe une autre façon de vous répondre, mais à considérer avec beaucoup de précautions. De l’aveu des auteurs de cette étude, cette dernière se situe dans la lignée de la cultivation theory. Il s’agit d’un courant selon lequel plus une personne passe de temps devant la télévision, plus sa perception du monde réel a tendance à s’aligner sur la façon dont la réalité est dépeinte dans les contenus télévisuels. Lorsque l’on sait cela, on peut éclairer les résultats de l’étude autrement, sans toutefois souscrire à la cultivation theory. Les chercheurs ont étudiés les contenus de 5 séries diffusées par Netflix : House of Cards, Bloodline, Marco Polo, Daredevil, The Unbreakable Kimmy Schmidt. Ils ont constaté que ces contenus fonctionnaient notamment sur des représentations stigmatisantes. À savoir : « la justification morale de la violence [dans ces contenus TV ] […] est rare ». Cependant, « ceux qui se livrent à une violence justifiée […] [sont] souvent des auteurs blancs. Alors que les femmes non blanches […] [sont] plus susceptibles d'être victimes de violences sexuelles, les hommes non blancs […] [sont] plus susceptibles d'être les auteurs de violences sexuelles »

Quand on connaît les principes de la cultivation theory, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle l’implicite de cette étude est que le caractère menaçant du monde réel perçu par les enquêtés est conforme aux représentations véhiculées par ces 5 séries, hypothèse à considérer avec toutes les réserves préalablement énoncées.

Peut-on faire un lien entre les clichés véhiculés dans ces séries, les histoires parfois invraisemblables, etc et le complotisme actuellement en vogue ou bien une certaine méfiance de l'autre qui apparaît omniprésente ? 

Non, on ne peut pas. Car, comme je l’expliquais plus haut, l’étude ne permet pas de cerner avec précision la nature de la menace incluse dans le fait de dire qu’ils perçoivent le monde comme inhospitalier et dangereux. Pour cela, il faudrait au préalable mener des entretiens auprès des enquêtés et non se limiter à un questionnaire. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Ganesha
- 28/01/2019 - 16:04
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