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Mawoma : le concours mondial qui veut donner leur place aux femmes à la tête des orchestres de la planète
Publié le 24 janvier 2019
Jeudi 24 janvier se tient MAWOMA (pour Music And Women Maestra), le premier concours mondial exclusivement dédié aux femmes chefs d'orchestre. Entretien avec Clemence Guerrand, pianiste et fondatrice de l'événement.
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Jeudi 24 janvier se tient MAWOMA (pour Music And Women Maestra), le premier concours mondial exclusivement dédié aux femmes chefs d'orchestre. Entretien avec Clemence Guerrand, pianiste et fondatrice de l'événement.

Atlantico: Vous observez que la part des femmes a progressé dans tous les secteurs de la société et vous dîtes que seule la musique classique semble échapper au mouvement. Il y a seulement 21 femmes chefs d'orchestre pour 586 hommes dans le monde, pourquoi selon vous ?

Clemence Guerrand : Il y a plusieurs réponses, d'abord le mythe du grand maestro, toujours dans l'esprit commun avec de grands chefs comme Karajan, Bulot, mais aussi, à travers ce mythe, une absence totale de modèle pour les jeunes femmes, qui ne peuvent pas se projeter parce qu'elles n'ont pas de références. En tant que pianiste j'ai toujours eu des références, des grandes dames solistes, mais ce n'est pas le cas pour les jeunes femmes qui veulent être chefs d'orchestre.

Est-ce que vous sentez une évolution progressive dans la musique classique ?

Oui, et on peut la souligner. Les orchestres se positionnent, ils commencent à nommer des femmes, par exemple à Londres, le chef Mirga Grazinyte-Tyla. Cette femme a été l'une des rares à être nommées à la tête d'un orchestre comme chef titulaire à 29 ans, il y a trois ans. C'est un grand exemple car en plus elle est très talentueuse et charismatique.

Le mouvement #MeToo est-il passé par là ?

Je ne crois pas, cela a commencé avant, il y a eu une prise de conscience il y a environ cinq ans, les orchestres ont commencé à vouloir écouter des femmes. C'est aussi grâce à des femmes comme Emmanuelle Haim et bien d'autres, qui ont créé leur propre orchestre. Les femmes sont souvent obligées de créer leur propre orchestre pour être entendues. En France, c'est comme cela que ça a fonctionné, les femmes ont créé leur propre orchestre pour être entendues, ce qui a créé un regard différent, a montré qu'il fallait faire quelque chose.

Que peut apporter à la musique classique une plus grande ouverture aux femmes chefs d'orchestre ?

J'apparente la part de la féminité dans un orchestre à la voix féminine dans un chœur. Dans un chœur, on a les basses, les sopranos, les altos. La voix féminine apporte une musicalité, tous les critères inhérents à la féminité. De plus, l'instinct, un peu naturel, de materner quelque chose, permettrait d'apporter un nouveau regard en tant que chef d'orchestre. La femme est venue sur Terre pour materner, pour enfanter, cela apporte un autre regard, pas supérieur ou meilleur, mais nouveau. Un chef féminin aura certainement, dans cette dimension de la féminité, une gestuelle et une dynamique propres à la féminité, qui est aussi la sensualité, une marque féminine sur le plan physique. Cette féminité influe sur la technique. Il est important de dire que diriger un orchestre, c'est comme créer un univers invisible et non codifié. Le geste n'appartient pas à une codification. Les nuances musicales inscrites sur la partition du chef d'orchestre ne peuvent pas être interprétées de la même manière par une femme et par un homme. Une femme va donner un souffle différent aux nuances et aux couleurs. Les nuances et les couleurs sont codifiées, pas le geste.

A ce titre, quel est l'objectif de votre concours, Mawoma, qui débute le 24 janvier prochain ?

C'est d'abord un concours mondial, qui porte un message d'universalisme dans le monde entier, pour donner l'équité et la chance à tout le monde quelles que soient les frontières. On donne une chance à des jeunes talents de tous horizons de pouvoir accéder au métier. En-dehors de toute considération sur le genre, on donne la possibilité dans le monde entier de faire valoir et connaître la direction d'orchestre. C'est la première fois dans le monde qu'un concours sera itinérant, sur une tournée de plusieurs mois. On va bien évidemment mettre en lumière des jeunes talents féminins de moins de quarante ans et véhiculer la voie féminine que doit occuper la femme sur le plan de la direction d'orchestre.

Vous dîtes que les femmes qui veulent diriger un orchestre manquent de modèles, est-ce la visée du concours Mawoma ?

Tout à fait, c'est le pilier de ce concours, on va donner une visibilité à ces talents qui existent déjà, on ne va pas les créer, on va aller à leur rencontre.

La France est-elle mieux lotie que d'autres pays ?

Pas du tout, c'est plus le cas de l'Asie, tout particulièrement du Japon.

Pourriez-vous nous citer des modèles qui pourraient susciter des vocations ?

Oui, Nadia Boulanger qui a suscité des vocations, dans les premiers modèles, mais aussi aujourd'hui Alondra de la Parra, chef américaine mexicaine, Susanna Malki, Marin Alsop, qui est vraiment une number one, Simone Young, Barbara Hannigan. Ce sont vraiment des noms phares, incontournables.

Votre initiative vise à changer les mentalités. N'y a-t-il pas également un travail à opérer à la racine, dans les conservatoires ?

Absolument, il y a de toute façon une orientation au sein même des conservatoires. Cela passerait par une orientation à la fin du cycle d'études. Normalement pour obtenir son premier prix au conservatoire on va au conservatoire national de région. On sort du conservatoire national à la fin de son troisième cycle, et alors on quitte le conservatoire, on se dirige vers l'enseignement ou on continue des études dans un conservatoire national de musique. Entre ces deux étapes, à la sortie du conservatoire national de région, il pourrait y avoir une orientation, de création. Cela se fait de manière parcimonieuse, il y a des écoles avec des classes de direction d'orchestre mais très peu, peut-être 2%. Il faudrait aussi des pédagogues, des pédagogues féminins, qui transmettent. On a encore très peu de directrices de conservatoires. Il ne s'agit pas d'une féminisation mais d'une orientation pédagogique équitable au sein même du conservatoire, où la majorité masculine ne s'inscrive pas.

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