En direct
Best of
Best of du 6 au 12 juillet
En direct
© ALAIN JOCARD / AFP
Traité d’Aix-La-Chapelle

Vouloir sauver l’Europe par le couple franco-allemand est-il encore réaliste ?

Publié le 22 janvier 2019
Ce 22 janvier 2019, Emmanuel Macron et Angela Merkel signent un nouveau traité de coopération et d'intégration franco-allemand à Aix-la-Chapelle, dans une logique de poursuite d'une politique du moteur franco-allemand.
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Cyrille Bret
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ce 22 janvier 2019, Emmanuel Macron et Angela Merkel signent un nouveau traité de coopération et d'intégration franco-allemand à Aix-la-Chapelle, dans une logique de poursuite d'une politique du moteur franco-allemand.

Atlantico : Ce 22 janvier 2019, Emmanuel Macron et Angela Merkel signeront un nouveau traité de coopération et d'intégration franco-allemand à Aix-la-Chapelle, dans une logique de poursuite d'une politique du moteur franco-allemand. Dans quelle mesure peut-on considérer cette stratégie du couple franco-allemand comme "supérieure" à une logique d'avancée commune d'une Europe à 28 ? 


Cyrille Bret : A l’heure actuelle, seul le moteur franco-allemand peut relancer la lourde berline de l’Union à 28 conducteurs où se sont glissés de nombreux passagers clandestins populistes. La démarche franco-allemande atteste d’un pragmatisme politique et d’un élan historique. L’Europe des 28 Etats membres est aujourd’hui paralysée. Il lui faut un élan et c’est du couple franco-allemand qu’il peut venir.

L’Union des 28 Etats membres est aujourd’hui paralysée par de nombreux facteur. La pente est forte, les freins sont nombreux et les virages très raides.

Premièrement, les institutions l’Union européenne arrivent à la fin d’un cycle. La 8ème mandature du Parlement européen, instance démocratiquement élue au suffrage universel direct et à la proportionnelle va clore ses travaux avant d’être renouvelé entre le 23 et le 26 mai par tous les citoyens de l’Union européenne. A l’heure actuelle, ce ne sont ni les parlementaires européens, ni les groupes politiques européens, ni la Commission européenne qui peuvent relancer les travaux de la construction européenne mais les Etats membres volontaires.

Deuxièmement, l’Europe est aujourd’hui médiatiquement dominée par les thématiques nationalistes, souverainistes et populistes. Des leaders comme le ministre de l’intérieur Italien, vice-président du conseil, Matteo Salvini, élu l’année dernière et le Premier ministre hongrois Viktor Orban accaparent le débat européen. Ils font croire aux citoyens que les principaux problèmes de l’Union sont les vagues d’islamisation de la société, la submersion migratoire ou encore l’oligarchie bruxelloise. On sait bien que les vagues de migration ont considérablement baissé depuis 2015. On sait aussi que l’Europe ne subit pas d’islamisation – encore moins dans des pays catholiques comme l’Italie, la Hongrie ou la Pologne. C’est donc aux leaders les plus attachés aux valeurs humanistes, à une approche rationnelle des questions migratoires et aux piliers de l’Union qu’il faut prendre l’initiative. C’est tout l’objet de la rencontre de demain.

Aujourd’hui, les leaders nationalistes hongrois, polonais et italiens sont des passagers clandestins d’un véhicule dont il profite sans vouloir assumer leur part dans son pilotage. Les économies hongroises et polonaises veulent de la solidarité européenne sous la forme de fonds structurels. Mais Viktor Orban veut conserver le pouvoir en niant l’Etat de droit et en refusant tout contrôle de fonds qui font l’objet de détournements pointés par les instances européennes.

Une avancée à 28 signifie-t-elle mécaniquement blocage institutionnel de l'Union ? N'y-a-t-il pas un risque à continuer à travailler selon une logique de couple franco-allemand dans un contexte de remise en question du mode de fonctionnement de l'UE ou est-ce que le recours au couple franco-allemand peut justement apparaître comme une méthode de sortie de crise ? 

Cyrille Bret : le couple franco-allemande ne constitue ni un directoire ni une oligarchie ni un clan à l’intérieur de l’Union. Comme je le mentionnais plus haut, la République français et la République fédérale allemande ont un engagement historique au service de la construction européenne. Sans les 26 autres Etats membres, rien n’est possible. Mais sans le couple franco-allemand, bien peu de choses se font en Europe. C’est le couple franco-allemand qui a mis constamment l’accent sur la vocation pacificatrice de l’Europe. C’est le dialogue et parfois les tensions entre le couple franco-allemand qui met sur le devant de la scène européenne des questions qui sont délicates et essentielles. Ainsi, le droit de la concurrence européen garantit la protection des consommateurs et des entrepreneurs contre les prix des monopoles, contre la domination des marchés par les cartels… Ce n’était pas une position naturelle à la France, légitimement attachée aux services publics. Mais c’est le dialogue avec l’Allemagne dans le couple franco-allemand qui a conduit la France à lutter contre les abus de l’absence de concurrence. En retour, l’Allemagne évolue sur les questions de sécurité grâce à ces échanges politiques avec la France.

Tous les Etats membres ont leur contribution à apporter à la construction européenne : la Pologne porte la voix du respect d’une souveraineté nationale chèrement reconquise ; l’Italie a toujours mis en avant la fonction modératrice des idéaux démocrates-chrétiens sur la scène européenne ; les Etats du grand élargissement de 2004 portent les aspirations de liberté de peuples longtemps opprimés par de grands empires, etc.

Mais aujourd’hui, alors que la crise politique saisit l’Europe, le couple franco-allemand n’a aucune raison de laisser l’espace aux populistes qui cherchent à maintenir ou conquérir le pouvoir chez eux en ruinant des efforts séculaires de convergence.

Quelle pourrait-être l'alternative à la poursuite de cette logique, tout en privilégiant une efficacité du processus rendue plus difficile par l'élargissement de l'Union, et qui serait "acceptable" pour tous ? 

Cyrille Bret : le problème n’est pas l’élargissement mais le nationalisme autoritaire. Plus l’Europe est large, plus elle rayonne et se développe. Le véritable obstacle au débat européen constructif, c’est la volonté de partis comme le Fidesz, la Ligue, les Vrais Finnois, etc. de gagner les prochaines élections en bradant l’essentiel.
En revanche, le couple franco-allemand ne peut pas tout faire et ne doit pas tout faire. Il doit convaincre les électeurs, les citoyens de tous les Etats de l’Union européenne de la validité de ses pistes d’action. Ce qui est franco-allemand n’a pas de valeur en soi. Ce qui est essentiel, c’est de développer partout dans les 28 sociétés, les 28 peuples, les 28 cultures, les 28 électorats le désir d’améliorer l’Europe et non pas de la rompre.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

A ses ralliés, la République (En marche) pas reconnaissante

02.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

03.

La fête est finie : les constructeurs automobiles obligés de tirer les leçons de la baisse importante de leurs ventes

04.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

05.

Les trois (fausses) excuses de Macron pour ne pas mettre en œuvre son programme de réduction de dépenses publiques

06.

La dangereuse complaisance du planning familial avec l’islam radical

07.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

01.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

05.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

06.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

01.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

04.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

05.

Chasse aux comportements indécents : ce que la France a à gagner … et à perdre dans sa quête grandissante de vertu

06.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

Commentaires (8)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
cloette
- 23/01/2019 - 07:02
eh bien non
Ce n'est pas du tout réaliste, c'est hors sol aujourd'hui .
ajm
- 23/01/2019 - 00:47
Modestie.
On devrait donner à cet article la médaille d'or ( du mois). du politiquement correct. Très creux et addition de clichés , cette contribution n'apporte rien à la cause qu'il semble défendre, au contraire. Par ailleurs , qualifier de "passagers clandestins" des représentants élus par leurs peuples est curieux. On a droit de ne pas aimer Orban mais ce dernier a été élu et réélu démocratiquement par son peuple et reste très populaire dans son pays. Les "populistes " Italiens sont, à en croire les sondages, beaucoup "populaires" que Macron et en Italie il n' y a pas de gilets jaunes , malgré une situation qui reste très difficile. Les "populistes " n'ont sans doute pas la martingale magique permettant de nous sortir du cloaque actuel mais les échecs et les insuffisances criantes des Eurolatres au pouvoir devraient les inciter â plus de réalisme et de modestie, y compris chez ce monsieur.
Gré
- 22/01/2019 - 23:34
populistes : "passagers clandestins"
Tout le mépris de la caste européenne se trouve dans ces deux mots. Mais il y a pire : le mot "clandestin" traduit une idée d'illégalité. Demain, on interdira les partis "populistes" ? Ceux qui ne pensent pas "correctement" ? On "débarquera" les eurosceptiques ?