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Holy Lands : Un sujet original, un film habile, nourri d'amour et d'amitié.

Publié le 16 janvier 2019
Après 5 ans d'hésitation, Amanda Sthers a adapté elle-même à l'écran son roman "Les Terres Saintes". Une réussite, pour ce film Tour de Babel.
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Après 5 ans d'hésitation, Amanda Sthers a adapté elle-même à l'écran son roman "Les Terres Saintes". Une réussite, pour ce film Tour de Babel.

« Holy Lands »

d'Amanda Sthers 

Avec James Caan, Jonathan Rhys Meyers, Rosanna Arquette…

RECOMMANDATION : EXCELLENT 

 

THEME

Harry (James Caan), juif apostat, esprit libre et cardiologue à la retraite, a tout quitté (femme, enfants, pays, notoriété, respectabilité) pour aller élever des porcs à Nazareth. Ou qu’il se tourne, sa décision est mal vécue. Par les populations juive et musulmane de Nazareth (dans ces deux religions, le porc est considéré comme un animal impur). Et par sa propre famille, qui ne comprend ni cet exil, ni ce nouveau choix de vie.

Restée à New York, son ex femme, qui s’est découverte un cancer (Rosanna Arquette) essaie de gérer la vie de leurs deux enfants, Annabelle, une éternelle étudiante de bientôt trente ans qui, tombée enceinte à Bruxelles, ne peut plus s’en sortir seule et rapplique à New York (Efrat Dor), et David, écrivain de théâtre à succès, à qui son père ne veut plus parler en raison de son homosexualité (Jonathan Rhys Meyers).

Contre toute attente, c’est auprès du Rabbin Moshe Cattan (Tom Hollander) qu’Harry va accepter la vie telle qu’elle est, devient, finit.

 

POINTS FORTS

- L’habileté du scénario. Construit en forme de patchwork, il peut donner au début une sensation d’éclaté, de décousu. Mais très vite, au fil des séquences, on s’aperçoit qu’en  fait, il est écrit d’une main ferme. Que tous ces voyages - visuellement splendides - qu’il nous fait faire à travers des villes (Bruxelles, New York et Nazareth)  en compagnie de personnages si différents - et pourtant d’une même famille -, n’ont finalement qu’un  seul but : nous amener sur les chemins de la  tolérance et de la réconciliation. Réconciliation avec les autres, et avec soi-même.

- C’est d’autant plus enthousiasmant  à suivre qu’à travers les drames qui jalonnent le parcours des personnages, sous leurs colères, leurs insatisfactions, leurs peurs et leurs aigreurs, ne cessent de courir ces deux sentiments parfois si difficiles à exprimer, mais qui lavent de tout : l’amour et l’amitié. Ils sont  présents, ici, tous les deux,  sous toutes leurs formes.

- Et puis, irriguant presque tous les dialogues et les situations, il y a aussi l’humour, la cocasserie et l’autodérision, ces trois ingrédients qui font toujours passer les pilules les plus amères.

- Le casting est luxueux, qui réunit des acteurs de haut vol. A commencer par James Caan, dont on comprend une fois de plus qu’il n’est pas devenu par hasard une star internationale. A continuer par Rosanna Arquette, dont l’intelligence et la sensibilité crèvent l’écran; par Jonathan Rhys Meyers, d’une sobriété et justesse de jeu exemplaires; par Tom Hollander aussi, dont on se demande pourquoi ce grand comédiens shakespearien ne figure pas plus souvent au générique des films. Tous les autres titulaires de rôles plus secondaires (dont Patrick Bruel) seraient également  à citer.

 

POINTS FAIBLES

Ici et là, des ellipses qui affaiblissent les personnages, brouillent leur image. A d’autres moments, des scènes au contraire un peu trop explicatives.

 

EN DEUX MOTS

Ecrire une adaptation ciné de son roman Les Terres Saintes, puis la réaliser … Amanda Sthers aura hésité cinq ans. Un jour, à force de  refuser les droits de son livre à tous ceux qui les voulaient, elle s’est lancée. Elle avoue que le tournage n’a pas été un long fleuve tranquille, que parfois, on parlait cinq langues sur son plateau et cette Tour de Babel ne lui a pas toujours donné envie de rire. Mais au bout du compte, au Festival Downtown à Los Angeles, Holy Lands a remporté les prix de la meilleure adaptation cinématographique et de la Meilleure Lumière. Ce qui est sans doute de bonne augure pour une belle carrière en France .

 

UN EXTRAIT

« Un jour, j’ai lu dans un quotidien tout à fait respectable qu’ils s’étaient mis à élever des porcs en Israël afin de rebuter les terroristes. Pour une fois les Musulmans et les rabbins étaient d’accord: enfin ils étaient contre quelque chose, mais du moins étaient-ils d’accord sur le fait d’être contre… J’ai trouvé ça hilarant et je me suis mise à réfléchir aux limites de la tolérance dont peuvent faire preuve les gens » (Amanda Sthers, auteure-réalisatrice).

 

LA REALISATRICE

Avec ses neuf romans salués par la critique et traduits en 14 langues, Amanda Sthers, née à Paris le 18 avril 1978 d’une mère avocate et d’un père psychiatre, tunisien de religion juive, est aujourd’hui une auteure française célèbre. Elle est aussi connue comme dramaturge, pour avoir écrit, en 2006, Le Vieux Juif blonde, une pièce qui connut un beau succès public; et comme biographe, puisqu’en 2013, elle sortit la première biographie autorisée de Johnny Halliday (700.000 exemplaires vendus).

De l’écriture à la réalisation… Cette écrivaine prolifique, tout juste quadragénaire, a sauté le pas en 2009 en sortant son premier film Je vais te manquer. Il a été suivi en 2017 par Madame, qui fut vendu dans le monde entier.

Adapté de son roman éponyme, Les Terres Saintes (Holy Lands) est son troisième long métrage. Tourné en décors naturels au Canada et en Israël, il bénéficie, comme Madame précédemment, d’une distribution internationale.

ET AUSSI

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« L’Incroyable histoire du facteur Cheval » de Nils Tavernier - Avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

  A la fois taiseux, pudique et hypersensible, Cheval -car tel était son nom -était, comme on disait dans le temps, un  «  drôle de  bonhomme ». Après avoir été apprenti boulanger, il était devenu facteur. Dans un village de la Drôme. Ce qui l’obligeait à parcourir chaque jour 30km. A pieds bien sûr, puisqu’on était à la fin du XIX° siècle. Dans le village, on voyait bien que cet austère fonctionnaire, était un être à part. Pas tellement parce qu’il était énigmatique, mais parce qu’il avait une obsession : celle de construire, en hommage à sa fille et à sa femme adorées, un Palais. Un Palais  comme on en voit  dans les contes de fées. La construction de ce monument lui demanda trente ans. Trente ans pendant lesquels, chaque jour,  au cours de ses tournées, il ramassa les pierres nécessaires à son édifice et se brûla les mains avec la chaux qui servait à les assembler. Sa fille mourut d’abord, puis, de longues années après, sa femme. Mais il n’en démordit pas et finit son « grand œuvre », lui qui n’avait aucune notion d’architecture. Aujourd’hui le Palais de cet obstiné est connu dans le monde entier…

C’est une belle idée qu’a eue le cinéaste Nils Tavernier de consacrer un « biopic » à un homme dont la singularité fut de construire un monument unique en son genre, avec de simples cailloux glanés au hasard des chemins… Son histoire, faite de silence, d’observation, d’obstination, d’amour et de poésie se révèle aussi romantique qu’émouvante, aussi passionnante que romanesque.

Formellement très réussi (lumière et cadres magnifiques), L’incroyable histoire du facteur Cheval est en outre porté par de  grands et justes acteurs, Laetitia Casta, Bernard Lecoq et surtout Jacques Gamblin, qui, en charge du rôle titre, est époustouflant d’engagement et de vérité.

Recommandation : excellent

 

 « Colette » de Wash Westmoreland- Avec Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson…

Née pauvre dans un petit village de l’Yonne, Sidonie-Gabrielle Colette (qui deviendra la grande, sensuelle et sulfureuse Colette) aurait pu végéter toute sa vie dans son Saint-Sauveur-en-Puisaye natal, si sa beauté, son charme et son intelligence n’avaient séduit un certain Willy, qui accepte "de la marier" sans dot. L’envers de la médaille ne va pas tarder à apparaître. Auteur de romans populaires, ce Willy s’avère être non seulement un écrivain qui fait écrire ses bouquins par d’autres, mais un Don Juan compulsif et dépensier. Celle qui n’est pas encore Colette va commencer à écrire pour lui… Mais lassée par les incartades de son mari, frustrée  aussi de ne pas recueillir les lauriers de ses écrits, elle va  finir par se rebiffer, se lancer dans une carrière d’actrice, s’autoriser des amours lesbiennes et finalement divorcer pour exister, enfin, par elle-même…

Un portrait de l’auteur de Claudine à l’école, de Sido et autre Gigi, réalisé  et tourné en anglais par un cinéaste britannique habitant aujourd’hui à Los Angeles… On pouvait être dubitatif. Mais ça marche ! Parce que le cinéaste en question, incollable sur son sujet, n’a commis ni impair ni contre-sens, et qu’il a offert le rôle-titre de son biopic à une comédienne aussi belle que talentueuse, et qui, connaissait elle aussi sa Colette comme sa poche, la britannique Keira Knightley. Le plaisir qu’on a à regarder ce film rend indulgent sur ses légers  défauts : une lecture un peu trop lisse de la vie de son héroïne, une deuxième partie un peu trop anecdotique.

Recommandation : excellent

 

« Doubles vies » de Olivier Assayas - Avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Un éditeur de renom, qui est marié à une actrice de sitcoms, et dont on devine qu’il est installé à Saint-Germain-des-Prés, refuse le nouveau roman d’un de ses amis de toujours, sous le prétexte qu’il est, encore une fois, une paresseuse autofiction. Les relations entre les deux hommes (dont on apprend que l’un, l’auteur, couche avec la femme de l’autre, l’éditeur) vont se détériorer. Au cours de soirées entre « potes » de toujours, ils vont régler leurs comptes. A fleurets mouchetés. C’est-à-dire, avec les armes des intellos et des artistes bobos : les mots et les idées.  Entre eux, va en outre s’immiscer un débat sur le numérique, cette forme d’édition  virtuelle qui séduit de plus en plus de lecteurs et grignote la place du livre papier…

Naviguant entre plusieurs questions qui agitent en ce moment le monde de l’édition (dont celle de la fin, ou non, de l’ère du papier), sous-tendu par des histoires de marivaudage (car l’éditeur a de son côté lui aussi une liaison, avec, tiens, comme par hasard, la jeune femme en charge du numérique  dans sa société), Doubles-vies est une comédie dans l’air du temps, bien dans la manière, si élégante, d’Olivier Assayas. Dommage que charmante et spirituelle à ses débuts, elle finisse par se perdre dans les méandres de conversations qui, faute de manquer de ressort, paraissent interminables. Les acteurs, dont Juliette Binoche, Nora Hamzaoui, Vincent Macaigne et Guillaume Canet sont très bien.

Recommandation : bon

 

« Ben is back » de Peter Hedges - Avec Julia Roberts, Lucas Hedges…

La veille de Noël, Ben, 19 ans, toxico en cure de désintoxication, débarque dans sa famille pour passer les fêtes. Sa mère est partagée entre joie et inquiétude. Elle sait de quels subterfuges son fils est capable pour trouver de la dope. Elle ne va pas le lâcher d’un pouce. D’autant moins que lorsqu’il était drogué, Ben a commis beaucoup de méfaits pour trouver l’argent nécessaire à sa consommation d’héroïne, et qu’il a encore une grosse dette vis à vis d’un dealer… Evidemment, son passé va le rattraper et les ennuis commencer…

Avec ce film qui débute comme un drame familial et qui finit en thriller, Julia Roberts fait un retour en force sur le grand écran. Elle est de tous les plans, formidable en mère courage face au Ben remarquable de Lucas Hedges (Manchester by the sea). Ce rôle, qui exige de nombreux registres de jeu, semble avoir été écrit sur mesures pour que Pretty Woman puisse concourir aux Oscars. Dommage que Ben is back pêche, ici et là, par des invraisemblances et trop de mélodrame. Nobody is perfect !

Recommandation : bon

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