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Effet miroir
Petit mémoire sur le prix que la France a dû payer pour sortir de la phase sans-culottes
Publié le 15 janvier 2019
Rappelons tout de même que la crise des sans-culottes a engendré une abolition des privilèges ainsi qu'un renouvellement total de l'offre politique. Sans-culottes et Gilets jaunes même combat ?
Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Olivier Gracia
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Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Rappelons tout de même que la crise des sans-culottes a engendré une abolition des privilèges ainsi qu'un renouvellement total de l'offre politique. Sans-culottes et Gilets jaunes même combat ?

Atlantico : La crise de défiance qui ravage la société française est tellement profonde que c’est un peu comme si nous étions dans la phase sans culotte de la Révolution... Mais comment en sommes-nous sortis à l’époque ?  

Olivier Gracia : La première grande étape qui a réussi à calmer la fureur des Sans-Culottes c'est l'Abolition des privilèges le 4 août 1789, c'est l'acte qui signe la fin de la société d'Ancien Régime, les nobles mettent fin à leurs privilèges par eux-mêmes. C'est comme si aujourd'hui les députés et sénateurs proclamaient l'arrêt de leurs avantages, en natures comme financiers, pour accepter la vindicte populaire. Le système des Privilèges était ce qui cristallisait le plus de haine parmi le petit peuple. Cependant cela ne suffit pas, il y a un regain de violences avec la "Marche des femmes" sur Versailles (octobre 1789) lancée par des rumeurs, comme quoi le Roi était très hostile à la Révolution ou encore que ses gardes piétinaient la Cocarde tricolore. Mais la principale revendication de ces femmes était la faim, l'abolition des privilèges n'ayant pas résolu la crise économique du royaume, l'autre demande était que Louis XVI promulgue la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le Roi n'a pas le choix et reçoit quelques femmes dans son bureau, c'est à partir de là qu'il quitte définitivement Versailles pour se rendre à Paris. De fil en aiguille on fait accepter à Louis XVI la monarchie constitutionnelle (1791) pour enterrer définitivement la monarchie absolue de droit divin, le Roi doit prêter serment à la nation. On arrive à la fin du système imaginé par Louis XIV. 

Cependant la monarchie constitutionnelle ne marche pas, le Roi n'a aucun pouvoir et ne gouverne pas réellement, il n'accompagne pas la Révolution et signe avec dépit, ce qui a pour effet de lui attirer de plus en plus d'inimitié. Les députés le perçoivent de plus en plus comme un obstacle, voir un danger, pour la nation. Louis XVI craint pour sa vie et celle de sa famille, ce qui motive sa fuite à Varennes qui jette le discrédit définitif sur la famille royale. La république est proclamée, le régime jeune et instable doit trouver le moyen de remettre de l'ordre dans ses frontières et au dehors, de là nait la Terreur (1792). L'ordre républicain sera beaucoup plus dur que ne l'a été l'ordre monarchique, les Vendéens se révoltent et la France est en guerre avec tous ses voisins, malgré cette situation catastrophique la république tient bon. 

La seconde sortie de crise est l'exécution de Robespierre et l'avènement du Directoire, qui met fin aux violences pour un temps. Mais la corruption du Directoire est bien loin de la vertu républicaine, le peuple commence à se dire que ces nouveaux bourgeois ne valent pas mieux que les anciens aristocrates. La vraie fin de la Révolution, et il faudra dix ans, c'est le coup d'Etat de Napoléon Bonaparte (alors général). L'ironie c'est que pour mettre fin au climat insurrectionnel c'est un militaire qui prend la tête et s'arroge autant (si ce n'est plus) de pouvoir que le roi d'Ancien régime. Toutefois il faut bien noter qu'au début il n'y avait pas de haine envers Louis XVI, l'idée de changement de régime n'est venue qu'après, c'est la faim qui a précipité les évènements, mais aussi la fiscalité écrasante à laquelle était soumis le Tiers Etat, on pourrait d'ailleurs faire un parallèle là-dessus avec les Gilets Jaunes aujourd'hui. Cependant des études sur les impôts sous la république nous disent que celle-ci prenait autant que la monarchie. De cette révolte fiscale naît une révolution politique.

Mais il n'y avait pas de haine envers le roi, du moins au début, comme il y a aujourd'hui une haine contre Macron ! 

Ce qu'il faut retenir c'est les deux grandes étapes de la fin de la crise "Sans Culottes" :

>  Abolition des Privilèges

> Renouvellement total de l'offre politique

De nos jours cela pourrait se traduire par le passage d'une république hyper présidentialisée à une démocratie plus directe. Il y a parmi les revendications des Gilets Jaunes un vrai désir de changement, entériner la Cinquième République pour passer à un autre système. Je souhaite cependant à Emmanuel Macron de mieux gérer cette crise que ne l'a fait Louis XVI (rires). Il a une responsabilité face à l'histoire, il faut qu'il en prenne conscience ! Avec les Gilets Jaunes on ne parle pas encore de "révolution", cependant la Révolution française à ses débuts n'était pas le fait des masses, mais d'une minorité politisée et radicale.

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jurgio
- 15/01/2019 - 19:24
En effet, l'abolition des privilèges n'a rien réglé
et plutôt démantelé le système social et administratif de la nation. C'est la dureté des temps qui fut responsable de la misère (probablement le fameux mini-âge glaciaire ? ) On a trop insisté sur la haute noblesse qui était historiquement très en vue mais qui n'eut pas un réel rôle économique. Louis XVI était pourtant plus réactif qu'on a voulu le dire. Il a donné au pays les meilleurs économistes de son temps (Calonne, Necker, Turgot...) mais on ne reforme pas une société méfiante facilement. Cela me rappelle que Giscard a perdu un peu sa place en voulant imposer le "meilleur économiste de France", R. Barre ! Il faudra attendre l'industrialisation du siècle suivant pour remodeler la société de l'Ancien régime, et encore, très lentement...
JLH
- 15/01/2019 - 14:52
qu'est qu'un privilège ?
En droit un privilège est la contrepartie d'une obligation. A ce titre, la noblesse avait l'obligation de défendre le royaume et le roi et en tirait privilèges, le clergé de prier pour le royaume et le roi, le tiers état de faire le reste. C'est très bien expliqué dans un livre de Georges Duby sur les 3 ordres, reprenant les vues de Guillaume de Cambrai et Adalbéron de Laon dès le haut moyen âge. Dès le moment où le privilège est aboli, l'obligation disparaît, selon le principe : on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Donc au sens propre, il n'y a pas plus de privilège, mais un certains nombres de corps sociaux qui se croient absolument indispensables, se sont attribués des avantages variés et multiples qui les différencient du "vulgus pecum" que nous sommes. Et c'est beaucoup plus grave que des privilèges, parce qu'il n'y a en réalité aucune contrepartie à abolir. La liste est longue, des fromages des dirigeants syndicaux dans certaines entreprises aux hauts fonctionnaires de tels ou telles ministères ou agences de l'Etat, voir Mme Jouannot, le privilège pas l'obligation.