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Anti 1997 : pourquoi Emmanuel Macron pourrait bien gagner le pari d’une dissolution de l’Assemblée nationale (à condition de choisir le bon moment)

Publié le 13 janvier 2019
Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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Atlantico : Dans un contexte inédit de tensions sociales et politiques, Emmanuel Macron est régulièrement appelé, par ses opposants, à la dissolution de l'Assemblée nationale. Dans une telle configuration, comment pourrait-on anticiper le rapport de force politique qui pourrait surgir d'une élection législative ?  

Jean Petaux : Tout dépend du mode de scrutin en vigueur. Le scrutin actuel : d’arrondissement, uninominal, majoritaire à deux tours génère en cas de victoire nette en voix une majorité en sièges totalement pléthorique en comparaison du nombre de suffrages exprimés. Dans la perspective d’une victoire annoncée et attendue (cas des législatives « ordinaires » ayant suivi la présidentielle de 2017) l’enjeu ne porte guère que sur le nombre de sièges, dans une configuration de majorité absolue d’un seul parti à l’Assemblée nationale : raz-de-marée ou pas ? tsunami ou pas ? majorité absolue ou relative ? Dans la perspective d’une potentielle défaite la question qui se pose alors est celle du modèle de cohabitation : qui,  dans le cas d’une défaite du camp présidentiel, sera le premier ministre (et donc l’éventuel cohabitant d’Emmanuel Macron).

François Mitterrand, préparant sa première cohabitation qui se profilait et qui ne manqua pas d’arriver en 1988, eut l’audace (ou le cynisme) de procéder au changement de mode de scrutin en vigueur lors de l’élection de 1981 et encore auparavant pour la désignation des députés. C’est ainsi que par une loi ordinaire votée en 1985 la proportionnelle fit son apparition permettant au président Mitterrand de se maintenir au pouvoir sans être totalement isolé jusqu’à la fin de son mandat en 1988.

Dans cette perspective si Emmanuel Macron veut « tenir » et ne pas être balayé par une fronde électorale amplifiée par le mode de scrutin, il a tout intérêt à faire en sorte que le choc d’une défaite législative soit amortie par l’application de la proportionnelle.

Ce qui sortira des urnes, après dissolution, peut être très différent. Soit les manifestations des « Gilets jaunes » se poursuivent (avec la casse qui va avec) alors les Français las des aspects  violents de cette séquence GJ depuis le 17 novembre 2018, rebasculent du côté du président Macron et votent majoritairement pour des candidats LREM (cas des élections législatives de novembre 1962 ou de juin 1968). Soit le rejet de tout ce qui ressemble à et se réclame d’Emmanuel Macron l’emporte sur toutes les autres considérations et ses candidats sont massivement rejetés. C’est l’amorce d’une crise institutionnelle inédite avec une mise en cause de la personne du président de la République et de sa légitimité à présider. Il risque même d’y perdre son siège si le parti vainqueur refuse de cohabiter avec lui et transpose la défaite électorale législative du camp présidentiel en défaite du président tout court… On comprend bien ici que si la défaite en voix de la majorité sortante n’est pas du niveau d’une déroute en sièges de députés, autrement dit si le scrutin proportionnel fonctionne comme un réducteur de choc, alors la probabilité pour le président de la République puisse se maintenir à l’Elysée est bien plus grande que dans le cas d’un clivage politique fortement accentué par le mode de scrutin actuellement en vigueur dans l’élection des députés.

A contrario, introduire une forte dose de proportionnelle dans le mode de désignation des députés c’est se priver, si le corps électoral se retourne en faveur du président (comme ce fut aussi le cas en 1968) d’une forte majorité parlementaire comparable à celle d’aujourd’hui… De quoi regretter d’avoir, par peur de la défaite, manipulé la règle du jeu électoral pour se protéger des effets trop radicaux  du mode de scrutin majoritaire à deux tours.

Face à l'effondrement des différents partis, de la France Insoumise au PS en passant par les LR, et au rôle d'épouvantail qui peut être attribué parfois au RN, LREM ne serait-il pas en situation, paradoxalement, d'obtenir un résultat meilleur que l'on ne pourrait l'imaginer à ce jour ? 

En effet… Et cela quel que soit le mode de scrutin en vigueur. A ceci près qu’une grande majorité de députés sortants LREM demeurent encore largement inconnus de leurs électeurs et autant comme cet anonymat pouvait être « positivé » en 2017 puisqu’il les mettait totalement à l’abri de la vague « dégagiste » qui a frappé de plein fouet les candidats  trop connus parce que depuis longtemps dans le paysage donc identifiés aux figures de « l’ancien monde », autant comme ce même anonymat peut être stigmatisé aujourd’hui, 20 mois plus tard parce qu’assimilé à un manque de travail et de présence auprès des électeurs. En réalité, tout tient à la construction de l’opinion générale du corps électoral. Si ce qui entre en premier dans la structuration du vote lors de ces éventuelles législatives consécutives à une dissolution est la détestation du président Macron alors, quel que soit le statut des députés sortants LREM qui se représenteront,  ils seront balayés, sans que l’état fragmenté et éclaté des oppositions n’entre en ligne de compte.

Dans un contexte de polarisation du contexte politique, en voyant notamment un rapprochement des opinions LREM et LR sur le refus de toutes violences, ou encore la déclaration d'Alain Juppé concernant l'absence d'alternative, Emmanuel Macron ne pourrait-il pas également se servir d'une telle occasion pour continuer son travail d'attraction des forces modérées vers LREM, de droite ou de gauche, dans une logique de coalition ? 

Cela me semble peu probable. La figure présidentielle est (momentanément ?...) vraiment entamée dans ce qu’elle représentait depuis la campagne présidentielle et sa victoire comme autant  d’autorité, de capacité à construire des configurations politiques nouvelles ou inédites. Autrement dit sa « capabilité » à « débaucher » (d’autres diraient à « rallier ») telle ou telle personnalité est certainement moindre qu’il y a 18 mois.

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jurgio
- 13/01/2019 - 17:50
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Il est peu probable que le blondin Macron se jette dans l'inconnu. Il est de cette bobogochie qui préfère le pourrissement plutôt que de lâcher un morceau trop bien persillé. On aura en mémoire, en effet, le nauséabond et harassant second septennat d'un Mitterrand passé d'un état avachi à recroquevillé.
Lou Bïarnès
- 13/01/2019 - 15:47
Les « Zelites »
Comme les loups ne se mangent pas entre elles, mais avec le temps les chasseurs les confinent.
Ganesha
- 13/01/2019 - 15:03
Cépafo ?
A première vue, le titre peut paraître débile !
Mais, après tout, peut-être que ''Cépafo''...
Il faudrait faire un sondage sur la population parisienne : éliront-ils, malgré tout, des députés ''macronistes'' ?