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Ouf ! Un polar qui échappe aux voyous violents, bruyants et sur-armés
Publié le 02 janvier 2019
Même si le scénario n'est pas toujours "vissé", on ne s'ennuie jamais à voir "Un Beau voyou", polar très original par son cadre.
Dominique Poncet est est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Même si le scénario n'est pas toujours "vissé", on ne s'ennuie jamais à voir "Un Beau voyou", polar très original par son cadre.

CINEMA

« Un beau voyou "

de Lucas Bernard

Avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker…

 

RECOMMANDATION

           EXCELLENT

 

THEME

Le commissaire Beffrois  (Charles Berling) attend la retraite avec un enthousiasme  pour le moins mitigé. Un jour, le vol d’un tableau retient son attention. Le cambrioleur est passé par les toits. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre dérobée? Beffrois se lance à la recherche de l’auteur du méfait. Véritable courant d’air, acrobate à ses heures, ce dernier ( Swann Arlaud), qui opére seul, en jouant les monte-en-l’air,  va se révéler atypique.  Beffrois va avoir du fil à retordre.

 

POINTS FORTS

Chic ! Ce beau voyou est  à la fois:

-Un polar à l’ancienne, où, gendarme comme voleur, on travaille  avec pour seules armes, l’observation, l’obstination, la réflexion,  la déduction et la documentation. 

-Un polar qui fait  de Paris, ses toits, ses rues et ses différents quartiers, un vrai personnage. Beau, mystérieux, et labyrinthique.

-Un polar qui se déroule dans un milieu peu exploité aujourd’hui dans les thrillers, celui des gens qui aiment le beau. Cela repose des films peuplés de voyous violents, bruyants  et surarmés.

-Un polar  très finement interprété par un Swann Arlaud qui s’est coulé avec sa justesse habituelle dans son personnage de malfrat  solitaire et taiseux,  et un  Charles Berling qui de toute évidence s’est amusé comme un gamin à enfiler les vêtements d’un flic faussement baba-cool et décontracté.

 

POINTS FAIBLES

Le scénario aurait mérité d’être un peu mieux « vissé ».Résultat, à certains moments on s’égare, à d’autres, l’action traine la patte. Paradoxalement, pourtant,  on ne s’ennuie pas une seconde durant les  104 minutes que dure le film.

 

 EN DEUX MOTS

Deux années pour écrire son scénario, deux mois pour le tourner. Pour son premier long métrage, Lucas Bernard a pris son temps. Il a bien fait. Car même s’il n’est pas dénué de  défauts, son film est d’une belle tenue. L’histoire est originale, la photo, raffinée, les cadres, bien choisis, et l’interprétation, réjouissante. Voilà un film sympathique pour bien démarrer l’année. Il va  permettre  en plus  aux  cinéphiles de découvrir une comédienne que les amateurs de théâtre encensent déjà depuis plusieurs années puisqu’elle est pensionnaire à la Comédie française : Jennifer Decker.

 

UN EXTRAIT

« Quand j’ai lu le scénario de Lucas, j’ai aimé sa finesse. Je trouve qu’il travaille sur des fils assez ténus. Ce qui m’amusait c’est le rapport du flic et du voleur, et du flic à l’art. Depuis que je dirige un théâtre, la question de qui a accès à la culture me passionne. Jouer un personnage qui à priori n’est pas sensible à l’art et qui a un œil atypique sur ce qu’il voit m’intéressait beaucoup »( Charles Berling, comédien).

 

LE REALISATEUR

Formé pour les métiers de l’image (opérateur et directeur photo), Lucas Bernard a notamment tourné comme assistant opérateur avec Coline Serreau et Tonie Marshall, et comme chef opérateur avec René Féret.

Il a également collaboré à plusieurs scénarios et écrit un roman Les lacets  rouges qui est paru aux éditions du Seuil  en 2006 et a connu un beau succès critique.

En 2014, ce passionné de  cinéma se lance dans la réalisation avec un court  métrage, La Place du mort . Un beau voyou est son premier long.

 

 

ET AUSSI

 

« Qui a tué Lady Winsley ? » de Hiner Saleem- Avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola…

Correspondante américaine à Istanbul pour le New York Times, Lady Winsley, a été assassinée. Le meurtre a eu lieu dans sa maison située sur  une des îles du Bosphore où elle s’était installée depuis une dizaine d’années. Pour mener l’enquête, on fait appel au plus  fin limier du pays, l’inspecteur Fergan. A peine arrivé de la capitale turque, ce dernier doit faire face à des secrets bien gardés dans ce coin de pays où les tabous sont nombreux, les liens familiaux, « indétricotables », et les traditions ancestrales, d’une ténacité retorse. Malgré son flegme apparent  et  son refus du conflit, rien ne va entamer la détermination de ce Sherlock Holmes oriental. Malgré  des embûches de toutes sortes, il va finir par débusquer l’assassin.

A la fois noir et loufoque, tendu et nonchalant, drôle et burlesque, sordide et tendre, politique et social, Qui a tué Lady Winsley est un polar savoureux, qui emprunte à plusieurs styles qu’on s’amuse à débusquer. On est à la fois chez Alberto Sordi,  Jean-Pierre Mocky, Henry Fonda et  Alfred Hitchcock.  En plus, Mehmet Kurtulus, qui joue Ferlan, a le charme d’un Gary Grant ténébreux.  Décidément,  après Si tu meurs, je te tue en 2010 et surtout My Sweet Pepper Land qui rafla, entre autres récompenses, le prix du Meilleur film au Festival de Chicago 2013, le cinéaste kurde  Hiner Saleem, né dans le Nord de l’Irak, mais exilé en France depuis plus de vingt ans,  s’affirme comme un très grand réalisateur.

Recommandation : excellent

 

 

« Asako1&2 » de Ryûsuke Hamaguchi- Avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Kôji Seto…

A Osaka, Asako, une jeune femme de 21 ans, tombe amoureuse de Baku, un jeune homme beau, mystérieux et épris de liberté. Un jour, ce dernier disparaît sans crier  gare. Inconsolable, Asako s’enfuit à Tokyo où elle rencontre Ryohei, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Baku. Après s’être persuadée qu’elle en est tombée amoureuse, elle décide de se marier avec lui. Mais voilà que Baku, devenu entre temps mannequin-vedette et acteur, réapparait…Et avec lui, le vacillement de ce qui s’apparentait à des certitudes…

En regardant Asako,  il est difficile de ne pas songer un instant à Vertigo. Rapprochement fugace car les deux films sont en réalité très différents. Il y a dans le personnage d’Asako une fragilité, une précarité des sentiments qui émeut. Hamaguchi , le filme avec autant de délicatesse que de précision et aussi un sens rare du cadre. Est-ce cela qui avait tant séduit les sélectionneurs de Cannes ? En tous cas, le très romantique Asako1&2 s’était retrouvé, en mai dernier, dans la compétition cannoise.

Recommandation : excellent.

 

 

« Premières vacances » de Patrick Cassir- Avec Camille Chamoux, Jonathan Cohen, Camille Cottin…

Marion et Ben se rencontrent grâce à Tinder. A priori, tout les oppose. Elle  (Camille Chamoux) est une dessinatrice de BD, brouillonne et fantasque qui collectionne les aventures sans lendemain. Lui  (Jonathan Cohen) est un commercial attaché à son petit confort  et qui déteste l’imprévu. Pourtant, après une première nuit torride,  ces deux-là vont décider de partir ensemble en vacances. En Bulgarie. Sac sur le dos. Chez l’habitant. Surprises, découvertes, déconvenues, rencontres, quiproquos...C’est parti  sur les chapeaux de roue pour une comédie romantique truffée de gags  et de bons mots.

Vous cherchez une comédie qui permet de débuter l’année dans la joie et la bonne humeur ? Ce Premières vacances est pour vous. Il est si bien joué, il est si sympathique, il respire tellement le vécu, qu’on lui pardonne ses petits défauts (situations parfois convenues et certains jeux de mots, un peu trop faciles). Jonathan Cohen est parfait. Décidément, quel acteur !

Recommandation : excellent.

 

« Undercover » de Yann Demange- Avec Mathieu McConaughey, Richie Merritt…

Dans les années 80 à Détroit, au plus fort de la guerre contre l’épidémie de crack qui ravage la ville, Richard Wershe et son fils Rick Jr, ne joignent les deux bouts qu’au prix de pauvres magouilles. Le père, vivote de la revente d’armes, le fils se lance dans le trafic de drogue. Un jour, malgré le danger, cet ado de 15 ans décide de devenir indic pour le compte de la police. Impliqué dans une sale affaire, il se retrouvera abandonné par ceux qui l’avaient utilisé, et condamné, malgré son jeune âge  à finir ses jours en prison.

Après le formidable ’71, qui l’avait révélé et, en 2014, valu  de remporter le British Independent Film Award du meilleur réalisateur, le français Yann Demange s’inspire, pour son deuxième long  métrage, de l’histoire vraie  d’un père et d’un fils qui empruntèrent les mauvais chemins pour essayer de se sortir du bourbier de leur pauvreté, et qui y perdirent tout, sauf ce qui était essentiel pour eux, leur l’amour mutuel et celui qu’ils portaient à leur famille. A cause de son intrigue  centrale (un gamin miséreux qui se fait dealer et s’embringue dans des mauvais coups), on aurait pu se retrouver dans un polar criminel. On plonge en fait dans un drame familial aussi haletant que poignant, qui a pour toile de fond l’Amérique  des laissés-pour-compte  et de politiciens véreux. C’est ce qu’on appelle du beau travail scénaristique et cinématographique !  Matthew McConaughey le magnifie par son jeu, comme toujours d’une intensité  magnétique  et d’une maitrise folle. 

Recommandation : excellent

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