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© Agathe Poupeney / OnP
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Atlanti-Culture

"Simon Boccanegra" : un opéra peu connu de Verdi, mais l'un des plus impressionnants

Publié le 30 novembre 2018
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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OPERA

« Simon Boccanegra »

de Giuseppe Verdi

Direction Musicale : Fabio Luisi 

 Mise en scène : Calixto Bieito

 

INFORMATIONS

Opéra de Paris- Bastille

Place de la Bastille

75012 Paris

tel : 0892289090

www.operadeparis.fr

En alternance jusqu’au 13 Décembre

 

RECOMMANDATION

          EXCELLENT

 

THEME

Tout commence à Gênes au XIVème siècle. Un plébéien dénommé Paolo Albiani propose au corsaire Simon Boccanegra de l’aider à se faire élire Doge de Gênes. Parce qu’il y voit la possibilité d’épouser enfin celle qu’il aime, Maria, la fille de l’implacable patricien Fiesco, Boccanegra accepte.

Sans savoir que sa bien aimée vient de mourir et que l’enfant qu’il a eu d’elle à disparu…

Après ce long prologue, quand l’acte 1 débute, vingt-cinq ans se sont écoulés. Pacificateur dans l’âme, le Doge Boccanegra s’emploie à rapprocher plébéiens et patriciens, à réconcilier Gênes avec Venise. Mais sa tâche est rude, d’autant qu’en coulisses, des jalousies, pas seulement politiques, se font jour. Amalia, la pupille de l’impitoyable Fiesco est promise à un homme, mais en aime un autre. Ces rivalités de tous ordres déclencheront, entre autres catastrophes, des lancements d’anathèmes, des tentatives de rapt, des rebellions, individuelles et populaires. Le malheureux Simon Boccanegra finira par payer de sa vie toutes ces agitations. Il mourra empoisonné.

 

POINTS FORTS

- D’abord la force dramaturgique de Simon Boccanegra. Tiré de la pièce éponyme que le dramaturge espagnol Antonio García Guttiérrez écrivit en 1843, cet opéra est l’un des plus impressionnants de Verdi. Sans doute parce que contrairement aux autres, il donne le pas à la politique, reléguant, au second plan, les intrigues amoureuses. A travers l’entrelacs de toutes ses machinations, il propose aussi, en filigrane, un magnifique portrait d’homme politique, celui d’un marin, non seulement privé de mer mais obligé de composer entre ses idéaux pacifistes et ses sentiments personnels.

- Dans le personnage de Boccanegra, le baryton français Ludovic Tézier fait des étincelles. Scéniquement, il est formidable de précision et d ‘émotion. Quant à sa voix, projection impeccable et timbre charnu, à la fois ample, souple et  veloutée,  elle mérite tous les superlatifs. On connaissait le chanteur, on découvre l’acteur. Il impressionne la salle, la méduse, et, à la fin, la soulève.

- Le chanteur marseillais n’est pas le seul à enthousiasmer le public. Quelle distribution! Presque tous les rôles sont parfaitement tenus. Voix ronde, présence affirmée, la soprano Maria Agresta campe une Amalia très engagée et très puissante. La basse finlandaise Mika Kares incarne un  Fiesco doté de toutes les nuances d’émotions (de la colère à la douleur)  qu’il exige. Le baryton italien Nicola Alaimo réussit à faire passer le côté détestable du traitre et empoisonneur Paolo. Quant au jeune baryton russe Mikhail Timoshenko, il est un Pietro d’une sobriété et d’une assurance  exemplaires.

- Comme à chaque production d’un Verdi, les chœurs de l’Opéra de Paris, sont d’une précision et d’un engagement qui font frissonner la salle.  Décidément, le compositeur italien sied à merveille à cet ensemble qui , répétons le une fois encore, n’a jamais été meilleur, que depuis qu’il est  placé sous la direction de l’italo-argentin José Luis Basso.

- Dans la fosse, Fabio Luisi fait  lui aussi des prodiges. Tour à tour lyrique, romantique, tendre et pathétique, sa direction musicale, toujours précise et nuancée quelle qu’en soit la tonalité, en impose aux spectateurs. Tellement d’ailleurs que, fait rarissime, ce chef italien  finit les scènes sans qu’elles ne  soient  jamais interrompues par des applaudissements intempestifs.

- Bien qu’un peu  trop « sombre » (voir ci-dessous), la mise en scène de l’espagnol Calixto Bieito est très intéressante, très lisible, toujours dans « les clous » du livret. Il s’est surpassé dans la direction des chanteurs qui donnent tout des intentions de leur personnage. C’est grâce à son travail d’accompagnement et d’analyse qu’on n’a jamais vu un Ludovic Tézier aussi touchant.

 

POINTS FAIBLES

- Quelle drôle d’idée que ce décor composé d’une gigantesque carcasse de bateau ! Non seulement cette dernière, peinte en noir, envahit lugubrement  le plateau, mais elle ne cesse de tourner sur elle même, réduisant drastiquement l’espace de jeu des solistes, et surtout celui des chœurs, trop souvent serrés comme des harengs à l’avant scène. De l’air, de l’air ! Et  aussi un peu de lumière ! Par moments, on aperçoit des vidéos (en noir et blanc évidemment ! ) qui montrent les protagonistes en gros plan, mais on s’interroge sur leur utilité.

- Les costumes ne sont pas non plus  très  folichons, qui semblent sortis de vestiaires des  années 70. Ni leurs couleurs ni leurs coupes ne flattent les interprètes, en particulier les chanteuses.

 

EN DEUX MOTS

Créé en 1881 à la Scala de Milan dans sa version définitive, Simon Boccanegra avait attendu… 1978 pour faire son entrée à l’Opéra de Paris dans une mise en scène mémorable de Giorgio Strehler, dirigée musicalement, par Claudio Abbado. Depuis l’œuvre n’ avait été reprise que deux fois, en 1994 et 2006, dans deux productions différentes. Il y a donc 12 ans qu’elle n’avait plus été donnée à Paris. C’est dire si cette recréation était attendue. D’autant plus que Ludovic Tezier, notre plus grand baryton « verdien », endossait le rôle scéniquement pour la première fois.

A entendre les ovations du soir de la première envers les interprètes et l’orchestre, on peut conclure que cette production est à la hauteur des espérances. Il est difficile de comprendre pourquoi quelques sifflets ont ponctué les saluts de Calixto Bieito. Ludovic Tézier en tête, tous les interprètes doivent à ce metteur en scène, souvent provocateur, d’avoir donné à entendre et comprendre toutes les facettes de leur personnage. L’espagnol a peut-être payé la noirceur de son imposant décor. Un péché véniel dans une production de haut vol.

 

UN EXTRAIT

« Simon Boccanegra est à mes yeux un opéra étrange. Il est moins populaire que Le Trouvère ou La Traviata, dont il diffère sensiblement. Ici le compositeur s’est véritablement concentré sur les personnages et leur caractère. Il a cherché à souligner la profondeur de leurs sentiments. Ce qui en fait un opéra très complexe d’un point de vue psychologique, qui pose de nombreuses énigmes sur l’homme et la nature » (Calixto Bieito, metteur en scène).

 

LE COMPOSITEUR

Né le 10 octobre 1810 à la Roncole (province de Parme) dans un milieu simple mais relativement aisé, Giuseppe Verdi est un musicien précoce. Il a tout juste onze ans lorsqu’on le nomme organiste de l’église de Busetto. Grâce à un négociant en spiritueux qui devient son mécène et dont il épousera plus tard la fille en première noce, il part approfondir ses études musicales à Milan. Il n’a pas vingt ans quand la Scala lui commande son premier opéra. Oberto lui vaut un succès qui l’encourage à persévérer  dans le lyrique, pour lequel, d’ailleurs, il n’arrêtera plus de composer, exception faite de la période qu’il lui fallut pour surmonter l’épreuve de la disparition de sa femme et de leurs deux enfants. En 1842, son Nabucco, d’une véhémence vocale sans précédent connaît un triomphe. On en donnera 65 représentations, un record absolu dans l’histoire de la Scala.

Après Attila et Macbeth, Verdi se retrouvera sans rival. En 1851, Rigoletto, qui sera le premier volet de ce qu’on appellera  plus tard sa trilogie populaire (avec le Trouvère et la Traviata) assiéra encore sa notoriété, qui deviendra planétaire. Suivront Un Bal MasquéAida et Falstaff.

Un seul bémol dans tous les dithyrambes adressés au compositeur : celui que ses afficionados lui adresseront à la création de Simon Boccanegra à la Fenice de Venise en 1857. Il en sera si mortifié qu’il retravaillera cette œuvre (livret et partition) pendant plusieurs années. Son obstination paiera : le 24 mars 1881, sa nouvelle version sera accueillie triomphalement à la Scala de Milan.

Celui qui était devenu le compositeur le plus célébré du monde mourra à Milan le 27 janvier 1901. Il léguera ses biens à la maison de retraite pour vieux musiciens qu’il avait fondée dans cette ville.

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