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Virgin Suicide
De nouveaux éléments confirment que des ados se sont suicidés après avoir regardé “13 Reasons Why” : ce qu’il faut savoir pour protéger ses enfants de cette série Netflix comme des autres déclencheurs de passage à l’acte
Publié le 26 novembre 2018
Une étude de l'Université du Michigan publiée dans Psychiatric Services s'est penchée sur ce problème.
Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre...
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Pascal Neveu
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Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre...
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Une étude de l'Université du Michigan publiée dans Psychiatric Services s'est penchée sur ce problème.

Atlantico : Comment expliquer qu'une simple série comme « 13 Reasons Why » puisse avoir un tel impact sur le taux de suicide chez les adolescents ?

Pascal Neveu : Comment expliquer qu'une simple série comme « 13 Reasons Why » puisse avoir un tel impact sur le taux de suicide chez les adolescents ?

Rappelons en quelques lignes le synopsis de cette série.

Clay Jensen, un adolescent de dix-sept ans, reçoit une boîte contenant sept cassettes de la part d'une de ses amies, Hannah Baker, qui a mis fin à ses jours quelques semaines plus tôt. Ces cassettes contiennent les treize raisons qui ont poussé Hannah Baker à passer à l’acte. Cependant chacune des cassettes correspond évoque les personnes qu'elle considère comme responsable de son acte. Fortement perturbé par la réception de ces cassettes, Clay découvre au fur et à mesure des révélations d'Hannah la personnalité de ses camarades.

La critique principale de cette série repose sur le fait que des scènes peuvent avoir un impact désastreux sur le jeune public, notamment celles montrant des viols, ou encore la séquence où l’on voit Hanna Baker se suicider.

Aussi des chercheurs de l’Université du Michigan ont voulu savoir si il pouvait exister un réel impact négatif sur les jeunes les plus fragiles. Ils ont dont interrogé des adolescents âgés entre 13 à 17 ans, tous traités dans un service d’urgence psychiatrique. Parmi les 43 ayant regardé la première saison, la moitié a déclaré que regarder la série augmentait leur risque de mettre fin à leurs jours…

"Notre étude ne confirme pas que cette série provoque des suicides, mais que nous devrions absolument nous préoccuper de son impact sur les jeunes vulnérables et impressionnables", affirme le Docteur Victor Hong, principal auteur de ce travail, publié dans la revue Psychiatric Services le 20 novembre 2018.

Celui-ci appelle à ce que d'autres études soient menées sur le sujet, et conseille que l'on prenne en compte un autre point de l’enquête : le fait que les jeunes ayant participé disent avoir regardé la série seuls, et être plus susceptibles de discuter de leur ressenti avec leurs amis (81%) qu’avec un parent (35%).

Aussi, en cas de vulnérabilité psychologique, et en attendant d'avoir davantage de données sur le sujet, il serait donc préférable de visionner la série avec un adulte de confiance.

Leur identification au personnage principal augmente le risque de passage à l’acte.

Il ne faut pas oublier que l’adolescence est une période très perturbante du fait des transformations du corps, des émois affectifs, du désir d’émancipation des parents… précisément le souhait de s’accomplir seul, en recherchant l’appui auprès des camarades, d’autres adultes « symboliques ».

Aussi, il n’est pas étonnant que les révélations propres à chaque épisode, et les images très crues créent des émoussement émotionnels chez des jeunes en quête de maturité.

Souvenons-nous notre adolescence, nos « idoles », nos émotions à fleur de peau.

Quels autres facteurs extérieurs peuvent favoriser le passage à l'acte chez les personnes suicidaires ?

En France, c’est environ 12 000 suicides annuels qui sont répertoriés, soit 1 suicide toutes les 50 minutes.

Cela représente 2% de l’ensemble des 540 000 décès annuels.

Pour autant, face à 1 million de crises suicidaires par an, alors que nous devons gérer 12 millions de personnes ayant des troubles psychiatriques, nous sous-estimons 160 000 tentatives de suicide. Le suicide reste la 3ème cause de mortalité prématurée (9,7%), équivalent aux accidents de la circulation, après les tumeurs (30%) et les maladies cardio-vasculaires (12,1%). Même si le suicide concerne 3 hommes pour 1 femme, les tentatives de suicide concernent 2 femmes pour 1 homme.

Au delà de ces chiffres, il nous incombe de réaliser ce que nous nommons une « autopsie psychologique », précisément comprendre le passage à l’acte fatal.

Nous savons sur un plan psychopathologique qu’il existe des corrélations entre le suicide et l'alcoolisme, le chômage, la précarité, la pression professionnelle, le relâchement des liens familiaux et sociaux.

Plus précisément, nous avons établi trois grandes catégories de facteurs de risque.

1. Facteurs de risque psychosociaux :

  • Troubles mentaux
  • Alcool et autres troubles d'abus de substances
  • Tendances impulsives et/ou agressives
  • Histoire de trauma ou abus
  • Certaines maladies physiques majeures
  • Tentative de suicide antérieure

2. Facteurs de risque environnementaux

  • Perte de travail ou perte financière
  • Perte relationnelle ou sociale
  • Accès facile à des moyens mortels
  • Histoire familiale de suicide

3. Facteurs de risque socioculturels

  • Manque de soutien social et sentiment d'isolement
  • Barrières pour accéder aux soins de santé
  • Exposition à d'autres suicides dans l'entourage

Peu importe que nous soyons connu, riche, ou autre… Lorsque la souffrance psychique nous étreint, nous sommes capables de tout, et avant tout de mettre un terme à notre souffrance devenue insoutenable, insupportable, invivable.

Cependant le taux de passage à l’acte suicidaire des adolescents est le 2ème taux de mortalité en France.


En effet, le taux de suicide chez les 15-24 ans est de 5 pour 100.000, hommes et femmes confondus). Dans cette classe d’âge, il est nettement plus important chez les hommes (7,5) que chez les femmes (2,5).

Ces chiffres ne sont pas à minimiser et nécessitent une prévention énorme.

Existe-t-il des moyens de protéger ou à minima de dissocier de la réalité les adolescents et les personnes fragiles de ces influences externes ? 

Nous n’avons pas de chiffres concernant les passages à l’acte mimétiques. Cependant, nous avons pu observer une très forte augmentation d’actes suicidaires, avec un même « protocole » dès lors qu’il y a médiatisation. Ce fut le cas d’actes suicidaires multiples rapprochés au sein d’une grande entreprise française, également d’actes d’immolation multiples, avec le même mode opératoire.

Lorsque la souffrance est telle, nous avons tendance à nous sentir « vivre » et « mourir » comme celle ou celui en lequel il nous semble être identique (car l’autre nous dit ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas) et qui va « incarner » une sorte de guide de vie… et de mort.

Sans soute pouvons-nous déjà tenter de définir le suicide. "On se suicide parce qu'il est quelquefois plus difficile de vivre que de mourir, parce qu'une immense détresse intérieure trouve son issue dans la fuite d'un environnement devenu intolérable." Il est sincèrement impossible de savoir, et vivre l’activité psychique, donc prédire, « scénariser », l’acte suicidaire. Ces explications sont importantes pour les endeuillés sous le choc d’un suicide qu’ils n’ont pas vu arriver, auxquels ils ne croyaient pas… ajoutant à leur souffrance emprunte de culpabilité et d’absences de réponses. Mais nous avons pu observer qu’à travers des souffrances pouvant mener au suicide, il existerait une forme « communautaire » du passage à l’acte.

Plus précisément, tout comme nous portons une attirance vers des « personnalités » (les fameux fans) nous amenant à vouloir leur ressembler, créant des vocations…, un même tropisme existerait cette fois-ci pour des mouvements dynamiques délétères.

La souffrance serait telle qu’une forme de dépersonnalisation s’opérerait, menant à une identification envers la « personnalité » devenue étayante… une sorte de fausse bouée de sauvetage. Car dans le cas de suicidants, le déficit identitaire et narcissique est tel que l’autre va finir par dicter notre cheminement de vie.

Le suicide reste un acte qui fut longuement interdit, dénoncé, condamné, notamment par les religions. Mais il reste surtout un acte que nous sommes incapables de prévoir réellement. Il est multiforme, est condition de tant de paramètres.

Surtout il demande une analyse très neutre et scientifique, en y ajoutant les connaissances psychologiques et sociologiques, et sans le moindre jugement. Nous souhaiterions anticiper, prévenir et empêcher de tels actes d’autolyse. La France est très en retard concernant la prévention du suicide. Nous pouvons faire mieux afin de prévenir, repérer, anticiper, empêcher. Et mieux réfléchir sur ce qu’est notre vie propre, et notre mort personnelle.

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jaduret
- 27/11/2018 - 07:44
Desactivation via Netflix
Pour ceux qui ne le savent pas et qui utilise un abonnement familial, on peut desactiver de façon spécique le titre dans Netflix via le contrôle parental. Il faut aller sur votre compte via l'interface web.
Alix007
- 26/11/2018 - 12:54
et les anti-dépresseurs ?
Etonnant que dans toutes les causes évoquées, on ne parle pas des anti-dépresseurs, accusés de causer non seulement des suicides mais aussi de folies meurtières.