En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
info atlantico
© PASCAL LACHENAUD / AFP
Agriculture
Et si la jacquerie des gilets jaunes atteignait les syndicats agricoles ?
Publié le 25 novembre 2018
La rupture entre pouvoir central et territoires dénoncée par le mouvement des gilets jaunes existe-t-elle aussi à l'intérieur même des structures agricoles ? Les mots d'ordre des syndicats sont parfois mal perçus au niveau de la base. Jusqu'où le vent de révolte du monde rural, qui concerne de fait les paysans, peut-il souffler aussi sur les appareils parisiens, interlocuteurs officiels du pouvoir ?
WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
WikiAgri
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les...
Voir la bio
Antoine Jeandey
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La rupture entre pouvoir central et territoires dénoncée par le mouvement des gilets jaunes existe-t-elle aussi à l'intérieur même des structures agricoles ? Les mots d'ordre des syndicats sont parfois mal perçus au niveau de la base. Jusqu'où le vent de révolte du monde rural, qui concerne de fait les paysans, peut-il souffler aussi sur les appareils parisiens, interlocuteurs officiels du pouvoir ?

Même s'il existe des nuances entre les appareils, aucun syndicat agricole n'a recherché à être identifié comme partenaire des gilets jaunes. Officiellement, parce que l'organisation a souhaité un mouvement apolitique et non syndicalisé. Mais cela va au-delà. La Fnsea, sans doute la plus tiède vis-à-vis du mouvement, a renvoyé chacun devant ses responsabilités propres, se "contentant", dans un communiqué, de demander au gouvernement d'agir par rapport aux problématiques posées en ce moment aux agriculteurs et aux ruraux... Et rappelant à ses troupes un accord trouvé avec le gouvernement sur la fiscalité du GNR, le carburant utilisé in situ par les agriculteurs. La Coordination rurale a davantage encouragé à la participation, mais en son nom propre, chacun en tant que citoyen. Quant à la Confédération paysanne, elle semble prise entre sa vocation en direction d'une agriculture paysanne respectueuse de l'environnement, un mouvement qui est né de la hausse de ce "pollueur" de diesel, et le mécontentement, aussi, de sa base paysanne : pas le moindre communiqué de sa part.

Pour autant, sur le terrain, ce n'est pas la même chose. Des tracteurs sortent et sont utilisés dans les blocages. Certes, compte-tenu de l'absence de mots d'ordre nationaux, cette participation agricole au mouvement des gilets jaunes est hétéroclite, importante par endroits, beaucoup moins en d'autres. Mais elle existe. Et, globalement, l'envie d'aller communiquer tout ce qui ne va pas aujourd'hui dans les campagnes se fait ressentir.

Des syndicats éloignés du mouvement, des agriculteurs qui participent

En mars 2016, j'écrivais un article intitulé Peut-on avoir une jacquerie au 21e siècle ? Il revient d'actualité aujourd'hui. A l'époque, je dépeignais des mouvements agricoles refusant de se reconnaitre dans les syndicats officiels et prônant différentes manifestations avec leurs propres revendications. Aujourd'hui, ce sont les syndicats eux-mêmes qui se refusent à donner des mots d'ordre, et qui du coup invitent leur base à choisir de manifester (ou non). Créant ainsi une forme d'indépendance de cette base dans l'action.

Résultat, on arrive à une situation inédite, en particulier pour le monde agricole. Les manifestations, ou autres blocages, sont des modes d'action connus en agriculture. Mais sous l'égide des syndicats. Avec un encadrement, des règles connues (les fameuses déclarations en préfectures, entre autres), des "chefs" que l'on écoute lorsqu'ils sifflent la fin de la partie, non sans avoir obtenu, au moins un peu, satisfaction par rapport à des revendications clairement énoncées. Notre démocratie a d'ailleurs besoin de ce que l'on appelle "les partenaires sociaux", ces représentants corporatistes avec lesquels un gouvernement ou ses représentants négocient les réponses aux revendications.

Or, avec les gilets jaunes, que remarque-t-on ? Le nombre important de blessés et d'incidents démontre une organisation imparfaitement structurée, même si le choix des points de blocage relève d'une stratégie pas si improvisée que cela. De fait, les agriculteurs vêtus d'un gilet jaune, qui savent ce qu'il faut faire, sont tentés d'aller plus loin, c'est-à-dire de participer non seulement par leur présence, mais encore à l'organisation. Pour employer une expression populaire, je dirais que "ça les démange"... Il existe ainsi des rumeurs persistantes évoquant certains blocages confiés aux seuls agriculteurs, qui prendraient la relève des routiers (eux aussi, d'ailleurs, plus à titre individuel que rassemblés par leurs porte-paroles habituels) aux portes des raffineries, par exemple.

Bien sûr, la négociation individu par individu prend plus de temps pour l'organisation qu'un mot d'ordre syndical, mais, en ce moment même, je sais qu'elle existe. On pourrait même retrouver ensemble des agriculteurs de syndicats différents, rassemblés non plus par des drapeaux verts (Fnsea), rouge et blanc (JA) ou jaunes (Coordination et aussi Confédération), mais par les uniques gilets jaunes. Comme une intersyndicale, mais sans les syndicats. Et comme s'il s'opérait une forme de recomposition ! Et cela, alors que les élections professionnelles pour les chambres d'agriculture approchent à grand pas (janvier 2019)... A noter, ce sont souvent les manifestants de plus de 50 ans qui prennent les rênes de ces regroupements spontanés, eux qui ont vécu l'organisation de manifestations avant l'utilisation des outils informatiques d'aujourd'hui, et qui ont donc l'expérience pour opérer ainsi dans la discrétion. Sans négliger le rôle des femmes, visiblement plus présentes cette fois que lors des rassemblements "classiques" syndicaux.

Après le rejet des politiques, celui des syndicats et de la presse ?

D'où la question posée en titre de cet article : et si la jacquerie des gilets jaunes atteignait les syndicats agricoles ? Après tout, si l'on observe, depuis la dernière élection présidentielle, une recomposition du paysage politique, pourquoi n'en irait-il pas de même pour les syndicats agricoles ? Bien sûr, l'organisation parait sans faille, structurée depuis longtemps et au fil des années... Mais n'était-ce pas la même chose pour les grands partis politiques de notre pays, dont les membres d'hier apparaissent aujourd'hui dans des appareils concurrents ?

Si l'on examine le phénomène de rejet né ces dernières années vis-à-vis des politiques dits "traditionnels", il trouve sa source dans une défiance grandissante dans la parole donnée. Du coup, tous les politiques sont mis dans le même sac, ce qui est bien sûr (largement ?) exagéré. Par prolongement dans ce raisonnement, les médias "classiques" sont montrés du doigt, eux qui répercutent les informations fournies par ces politiques. Sur les réseaux sociaux, ces journaux, radios ou autres chaines de télévision vont jusqu'à s'attirer une forme de haine traduite par une expression qui montre bien le niveau où on les place : ils sont qualifiés du terme peu flatteur de "merdias". Je ne m'étends pas plus sur le sujet, qui n'est pas celui de cet article.

Qu'en est-il des syndicats, et en particulier en agriculture ? Au-delà des oppositions qui ont toujours existé (on peut considérer comme "normal" qu'un syndiqué d'une enseigne dise du mal d'une autre), existe-t-il aussi une défiance de la base vis-à-vis son propre appareil ? Hé bien oui, ce phénomène existe ; en revanche, le généraliser et l'établir comme une vérité absolue serait grandement exagéré... pour le moment. Car toute la structuration actuelle du monde agricole est liée à son syndicalisme. Le remettre en cause, c'est donc aussi risquer de détruire tout un fonctionnement, qui certes ne parvient pas à juguler la crise aujourd'hui, mais qui a fait ses preuves par le passé. Cela, chacun l'a bien intégré, et les véritables "révolutionnaires" en agriculture sont finalement (relativement) peu nombreux. En revanche, intervenir dans le système, le modifier à la marge, redonner davantage d'équité dans les postes à responsabilité, c'est un discours de plus en plus répandu, et qui tendrait à penser que la Fnsea pourrait perdre une part de son avantage face à ses rivaux lors des prochaines élections aux chambres d'agriculture. Mais il ne s'agit pour l'heure que d'une impression, une spéculation crédibilisée par la seule lecture des mécontentements exprimés sur les réseaux sociaux. Et quoi qu'il en soit, on n'est pas, en l'espèce, dans un rejet en bloc des appareils syndicaux, mais plutôt dans une éventuelle évolution du vote aux élections professionnelles... Qui reste à démontrer.

Comment les appareils syndicaux peuvent-ils regagner la confiance de la base ?

Pour autant, l'émancipation de la base pour l'organisation de manifestations telles que celles des gilets jaunes mérite une réaction de la part des appareils. S'ils continuent de considérer que ce mouvement des gilets jaunes n'est pas le leur (ce qui n'est pas forcément un mauvais calcul en termes de stratégie, on l'a vu, l'organisation n'est pas parfaite, inutile d'endosser ses errements), alors ils vont devoir rassembler sur d'autres thèmes, chacun les siens. Il est vraisemblable qu'au-delà même des revendications, manifester devienne une nécessité pour chaque syndicat agricole, ne serait-ce que pour s'assurer du retour de tous au bercail.

Politiquement, le PS et LR, les grands partis du pouvoir en France de ces dernières décennies, ont implosé. Le quatrième pouvoir, celui des médias, est contesté. Pour éviter un sort comparable, la Fnsea va devoir ressortir ses drapeaux verts, les JA les rouge et blanc, la Coordination les jaunes, la Confédération également des jaunes. Très vite pour assurer, au-delà des scores de chacun, une participation significative aux élections professionnelles de janvier. Mais pour que ça fonctionne, les arguments développés devront dépasser le stade consensuel : les "modestes paysans de base", dont officiellement près d'un tiers obtient un revenu au mieux égal à 350 € par mois, ne supportent plus, eux non plus, cette atteinte à leur pouvoir d'achat...

Article publié initialement sur le site Wikiagri

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Grand débat : ce vent de bêtise qui siffle sur nos têtes
02.
Prime exceptionnelle de fin d’année : comment Emmanuel à Macron a (nettement) privilégié son électorat sans le vouloir
03.
La France, cette île perdue au milieu des océans ? Tout ce que révèle (aussi) ce dont Emmanuel Macron n’a PAS parlé
04.
Nous avons déjà obtenu de bons résultats : le vrai/ faux des déclarations d’Emmanuel Macron sur sa politique économique
05.
Emmanuel Macron : la conférence de presse dont on se souviendra parce qu’il... n’y avait rien de particulier à en retenir
06.
Cash investigation : poursuivi par Elise Lucet, un patron s'enfuit en courant
07.
Les effroyables supplices infligés à Ravaillac, l’assassin du "bon roi" Henri IV
01.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
02.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
03.
La Belle au bois dormant est un "conte sexiste" : supprimé dans certaines écoles!
04.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
05.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
06.
De #GaspardGlanz au passé de Nathalie Loiseau, ces clashs qui soulignent la mentalité de guerre civile qui gagne les esprits français
01.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE
04.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
05.
Etudiante, Nathalie Loiseau s'est présentée sur une liste d'extrême droite
06.
Brûler l’ENA ? Pour la reconstruire plus belle encore?
Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
AZKA
- 25/11/2018 - 21:37
Les agriculteurs
Avec nous. Je ris gilet, pardon, jaune.
lilasbleu
- 25/11/2018 - 13:22
FNSEA and CO
La FNSEA reste si je ne me trompe le syndicat le plus important, tout du moins celui qui a l'oreille du gouvernement et des médias , il ne s'opposera pas au gouvernement
Il reste l'initiative individuelle , comme les gilets jaunes(GJ)
Ce mouvement va durer, les réponses du gouvernement sont à coté des demandes des GJ
LES AIDES , ils n'en veulent pas, ils veulent vivre dignement de leur travail et ceci les honore. Un jour on les donne , ensuite on les supprime...on paye du personnel pour collecter et pour redistribuer ces aides..on continue de plomber les comptes publics
LE HAUT CONSEIL: comme le nouveau monde ressemble au vieux monde!!! Encore un comité Théodule avec un copain énarque a la tête grassement payé ... Et on plombe encore une fois les comptes publics
Aucune imagination , ni courage de la part de laREM... Effrayant
Ça va mal finir !!!
Il n'y a qu'une solution passer par les référendums , ce sera un de mes critères de choix dans les programmes lors des prochains votes
vangog
- 25/11/2018 - 13:14
Le diesel ne pollue pas plus que l’essenc, à trajet identique!
Vos articles Atlantico sont tronqués par un biais idéologique aussi néfaste que l’était l’ideologie socialaud-communiste. Remettez-vous en question, gaucho-bobos, avant qu’il ne soit trop tard...