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"Atom Agency, Les bijoux de la Bégum" : mêlant faits réels et histoire romancée, voici une BD policière très crédible, au côté rétro rafraîchissant
Publié le 24 novembre 2018
Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops
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BANDE DESSINEE

ATOM AGENCY, Les bijoux de la Bégum
Dessins Olivier Schwartz, Scénario Yann
Ed. Dupuis
54 p.
15,95 €

RECOMMANDATION

EXCELLENT

THEME

1er album de ce qui aspire à être une nouvelle série, Atom Agency raconte les histoires d’un détective privé d’origine Arménienne, Atom Vercorian. L’agence Atom, qui va être rebaptisée Atom Agency au cours de ce 1er opus, compte deux autres membres, Mimi-Pinçon, grande débrouillarde et fan de catch, et Joseph Villain, dit Jojo la Toupie, ancien catcheur reconverti en privé. Leur première enquête les emmène sur la piste des bijoux de la Bégum, volés en cet été 49.

Dès le début, le récit mêle habilement faits réels et histoire romancée pour constituer une BD policière très crédible. Le vol des bijoux de la Bégum, épouse du richissime Aga Khan, a réellement eu lieu et défrayé les actualités cet été-là. La plupart des personnages ont réellement existé, comme Paul Lecca, grande figure du milieu marseillais de l’époque, ou Georges Valentin, irascible Directeur de la Sûreté Nationale dans la BD, et Directeur de la Police Judiciaire (P) dans la réalité. On peut même déduire que se cache derrière le personnage du père du héros, Tigran Vercorian, le vrai Directeur de la Sûreté Nationale, Pierre Bertaux, grand ennemi, justement, de Valentin.

POINTS FORTS

En 1ère lecture, cette BD m’a fait l’effet d’un bel et vibrant hommage à un autre héros de la maison Dupuis, Gil Jourdan, le détective créé par Marc Tilleux en 1956 dans le journal de Spirou. Le trio « Atom-Mimi-Jojo » de l’agence Atom renvoyant à un autre trio, « Gil-Queue de Cerise-Libellule » de l’agence Jourdan. Pour les amateurs de Gil Jourdan, la discussion est ouverte autour de ce parallèle un peu risqué. Pour les autres, qui ne connaitraient pas Gil Jourdan, c’est l’occasion de le découvrir grâce à la très belle intégrale proposée par Dupuis.

Mais cette BD existe surtout par elle-même. On se prend d’affection pour ce héros aux sourcils improbables et son équipe réjouissante. On apprécie l’intelligence du scénario et le charme, indéniable et old school, du graphisme. On déguste les allusions à la communauté arménienne, comme le père d’Atom, et son obsession de mariage communautaire, ou déjà en 1949, la « présence » du regretté Charles Aznavour (Aznavourian en VO).

POINTS FAIBLES

Le point faible le plus évident est un léger manque d’originalité qui m’a fait renoncer à la note maximale pour cette critique. Le classicisme est présent à tous les niveaux, graphisme, conduite de l’intrigue ou chute finale. On attendra donc plus, pour la suite, de cette équipe de détectives privés. Mais cette petite réserve ne doit pas vous décourager de plonger dans cette aventure, car, après tout, en Bande Dessinée, le classicisme est aussi une vertu.

Une autre petite réserve est le faible charisme du héros principal, Atom. Pour reprendre la comparaison ci-dessus, Gil Jourdan nous donnait tout de suite envie de le suivre et de partager ses aventures, alors qu’Atom Vercorian semble encore un peu fade dans cette 1ère histoire.

Nul doute que le second opus sera décisif pour donner de la pérennité à cette série.

EN DEUX MOTS

Un trio prometteur? Dans un univers bédéphile de plus en plus tourné vers le roman graphique et la modernité, Atom Agency a un petit côté rétro rafraichissant. Cette BD s’adresse d’abord aux nostalgiques du journal de Spirou des débuts, et aussi d’ailleurs de son grand concurrent, le journal de Tintin. Deux allusions, au moins, au reporter belge, émaillent ce récit : la tenue vestimentaire d’Atom, avec le fameux pantalon de golf ; et le « Ciel, mes bijoux » de la Bégum qui aurait, dit-on, inspiré Hergé pour son album « Les bijoux de la Castafiore ».

Mais cette BD doit trouver un public plus large. Ce sera son principal enjeu, pour qu’un numéro 2 puisse voir le jour. Il y a beaucoup trop d’exemples, aujourd’hui, de nouvelles séries qui ne trouvent pas preneurs dans ce monde engorgé du 9ème art. Alors laissez-vous séduire par ce nouveau trio et redécouvrez le charme d’une BD traditionnelle portée par le talent de deux auteurs doués et attachants.

UN EXTRAIT

(Dialogue entre les oncles policiers d’Atom)

  • "Pour nous trois, les vieux poulagas Arméniens, va bientôt falloir se chercher un autre poulailler !

  • Le coq qui vient d’arriver (Valentin) veut renouveler sa basse-cour !

  • L’époque de l’honnête poulet de terrain, nourri aux grains de plomb, qui a perdu plus de temps à courir derrière les voyous plutôt qu’à lécher les bottes et cirer des pompes est révolue !

  • La tendance actuelle serait plus à la volaille de batterie républicaine et bien élevée, nourrie au bon maïs et bardée de prix d’excellence !"
     

LES AUTEURS

On doit à Yann et Schwartz une des reprises les plus réussies de Spirou, dans la collection « le Spirou de », toujours chez Dupuis, avec deux albums, La femme léopard et Le maître des hosties noires. Dans cette série, émergeait déjà tout le talent potentiel de ce duo, surtout pour arriver à bousculer les codes de la BD classique, tout en les respectant. Atom Agency n’est finalement pour eux qu’une forme d’aboutissement, où ils se libèrent du mythe Spirou, mais pas du « genre » Spirou, ou, devrais-je dire, du « genre » Dupuis.

Leurs trajectoires d’auteurs sont très différentes. On connaît moins Olivier Schwartz, qui a fait ses armes dans la BD jeunesse, avec les aventures de l’inspecteur Bayard (une vingtaine d’albums aux éditions Bayard, en collaboration avec Fonteneau), alors que Yann est un des auteurs les plus prolixes de l’univers de la Bande Dessinée. Sa bibliographie remplirait à elle seule toute cette chronique. Une sélection subjective assumée retiendra : Les aventures de Bob Marone, parodie savoureuse de Bob Morane, avec Conrad au dessin chez Glénat ; la sublime Tigresse blanche, toujours avec Conrad, mais chez Dargaud ; la série des Pin-Up avec le talentueux Berthet au dessin chez Dargaud ; Le Pilote à l’Edelweiss, avec le génial Romain Hugault chez Paquet ; ou encore Mezek, en collaboration avec le mythique Julliard, aux éditions Le Lombard. Et je me dirais sûrement, à la parution de cette chronique, « ah oui, j’ai oublié dans cette liste... », tant l’auteur est un caméléon productif et talentueux.

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