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© Reuters
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Sous pression

Santé mentale, la facture : le nombre de Français concernés ne cesse d’augmenter… et le coût pour la société française de s'alourdir

Publié le 23 novembre 2018
Alors que le NHS (système de santé public britannique) a révélé qu'une femme sur quatre souffre de problèmes mentaux en Angleterre, l'OCDE a également révélé l'ampleur des problèmes liés à la santé mentale en France et en Europe. Au niveau européen, 84 millions de personnes sont concernés (soit une personne sur six) et 84000 décès y seraient liés en 2015. Au niveau économique le coût serait lui aussi très élevé et estimé à 80 milliards d'euros par an rien qu'en France.
Sandrine Broutin est directrice de l'Oeuvre Falret, fondation luttant pour venir en aide aux personnes souffrant de troubles psychiques.
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Sandrine Broutin
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Alors que le NHS (système de santé public britannique) a révélé qu'une femme sur quatre souffre de problèmes mentaux en Angleterre, l'OCDE a également révélé l'ampleur des problèmes liés à la santé mentale en France et en Europe. Au niveau européen, 84 millions de personnes sont concernés (soit une personne sur six) et 84000 décès y seraient liés en 2015. Au niveau économique le coût serait lui aussi très élevé et estimé à 80 milliards d'euros par an rien qu'en France.

Atlantico : Les chiffres fournis par l'OCDE montrent un coût humain mais aussi économique très élevé lié aux problèmes de santé mentale. Quelle situation traduisent ces chiffres ?

Sandrine Broutin : La FONDATION FALRET a mené entre 2015 et 2018 l’étude Clefs d’Actions en Santé mentale en partenariat avec les instituts d’études Comisis et OpinionWay, avec le soutien d’Humanis. Plus de 11 millions de Français consultent ou ont consulté pour une fragilité psychique. Mais la santé mentale demeure aujourd’hui encore trop méconnue et est trop négligée : seulement 1 Français sur 2 admet se soucier régulièrement de sa santé mentale (contre 2/3 pour la santé physique). Pourtant, 5.5 millions de Français considèrent être en situation de fragilité psychique. Ce qui contribue au fait que l’on compte plus de 2 millions d’actifs qui ont eu un arrêt de travail en 2017 en raison d’une fragilité psychique. Il ressort de cette étude que la santé mentale n’est considérée que de manière négativeLa stigmatisation est aujourd’hui enfermante et aggravante pour les personnes concernées. Selon le Baromètre 2017 IPSOS /FONDATION FALRET, 73 % des Français jugent que les personnes concernées sont contraintes de cacher leur maladie pour tenter de se maintenir dans leur emploi ou retrouver une activité professionnelle. Lutter contre les préjugés, une première étape dans l’accessibilité à l’emploi pour les personnes en situation de handicap psychique.

LA SITUATION EN 2018

Les personnes handicapées psychiques sont les plus fortement discriminées ! Elles sont 7 fois moins souvent recrutées que l’ensemble de toutes les personnes handicapées. Nous avons entendu les craintes des employeurs à leur endroit : peur de leur imprévisibilité, peur de ne pas savoir comment faire en cas de difficulté, manque de recours possible connu…

Pourtant des outils d’accompagnement existent ! Pourtant les personnes en fragilité psychique peuvent guérir ! Parmi les personnes actives se déclarant être ou avoir été fragiles psychiquement, 52% d’entre elles se déclarent guéries ! Mais elles se taisent par peur de la stigmatisation. Dans l’intérêt de tous, il n’est plus possible de se priver des compétences et talents des personnes fragiles. Pour cela, ne pas laisser vains les efforts des associations de terrain, ne pas les laisser débattre seules et sans soutien de la part des organisations administratives face à la marée montante de tous les exclus qui engorgent les MDPH et autres structures sociales. Entendre que favoriser l’emploi des personnes malades ou handicapées, notamment psychiques, c’est favoriser leur rétablissement et donc réduire les coûts du non-travail.

La santé mentale dans la sphère professionnelle est un enjeu majeur dont la France commence à se saisir timidement. Selon l’OMS, les problèmes de santé mentale sont devenus l’une des principales causes d’absentéisme au travail et de retraite anticipée. En France, les maladies psychiatriques constituent le 2ème motif d’arrêt de travail et la 1ère cause d’invalidité. Les coûts imputables aux maladies mentales sont évalués à 109 milliards d’euros annuels (soit plus de 5 % du PIB). En 2017, 2,2 millions d’arrêts de travail liés à une situation de fragilité psychique ont été recensés.  Le coût de l’absentéisme au travail est effarant, il est estimé à 107,9 milliards d’euros par an en France. 

Le profil des malades et les causes des problèmes de santé mentale diffèrent-ils de ce que l'on connaissait auparavant ? Quelle pourrait en être la cause ?

Les maladies restent les mêmes mais elles sont plus identifiées. Par ailleurs certaines souffrances sont mieux prises en compte comme la souffrance dans l’environnement professionnel ou, a contrario, celle liée au chômage. Le chômage génère une souffrance profonde qui s’apparente à un traumatisme. Perdre son emploi met en péril la santé psychique et physique.  Perte d’estime de soi, d’appétit, de sommeil, irritabilité,… la souffrance psychique est intense. Le risque dépressif et de suicide est plus fort. Les plus affectés par cette situation sont les hommes. Près d'un quart des hommes (24%) ayant vécu une période de chômage ont signalé des épisodes dépressifs ou d’anxiété. Les événements de vie douloureux (deuil, divorce, chômage, accidents de la vie…) peuvent également fragiliser ponctuellement ou durablement des salariés ainsi qu’une recherche de performance à tous les niveaux (scolaire, études, professionnelle) conduisant à un épuisement et à une dévalorisation de soi. Le syndrome d’épuisement professionnel représenterait ainsi 7 % des 480 000 pathologies mentales en lien avec le travail. Environ 3 millions de travailleurs pourraient être concernés. Il s’agit de la première cause d’invalidité et la deuxième cause d’arrêt de travail dans notre pays. Sur la base des actifs plus chômeurs (28.7 M), 2.4 M de personnes ont du arrêter leur activité professionnelle en lien avec une fragilité psychique et plusieurs arrêts de travail.

Si l’on sait que les contraintes économiques imposent la performance, les qualités humaines qui permettent de prendre soin des professionnels constituent le plus souvent la première richesse de l’entreprise. Elles doivent être mises en valeur. L’entreprise doit aussi jouer le jeu, et cela au bénéfice de tous. Ce qui peut être fait en entreprise pour améliorer le bien-être des salariés - management, relations interpersonnelles - fait du bien non seulement aux personnes handicapées ou vulnérables mais aussi à l’ensemble des salariés.

Par ailleurs, la récession économique actuelle et ses effets sur le marché du travail aggravent les problèmes d’emploi et de qualité de la vie chez les personnes atteintes de troubles mentaux et leur famille. L’isolement, en particulier chez les plus de 60 ans, est une situation fréquente. Certains locataires ne sortent pratiquement plus de chez eux. Leur réseau familial et amical est très restreint, parfois inexistant. On parle de mort sociale et la souffrance psychique importante peut conduire à des dépressions et des suicides ! Une étude récente établie le lien entre isolement et précarité. Plus les revenus sont faibles, plus les contacts avec le voisinage ou les commerçants sont rares.

Quelles seraient les solutions pour diminuer le nombre de pathologies mentales ou à minima améliorer la prise en charge des patients ?

Parce que l’amélioration de la prise en charge et l’humanisation des accompagnements en santé mentale doit être la règle, la priorité des offres à développer doit être celle de services de santé mentale proposant des actions de sensibilisation, de formation, d’actions de soins somatiques et en santé mentale, d’offres d’accompagnement et de soutien, à toute la population d’un territoire donné. Véritables « maisons de la santé mentale », ces dispositifs doivent être ouverts et accessibles à tous pour offrir de la connaissance et du soutien aux malades, aux familles et aux proches, aux enseignants, aux bailleurs, aux représentants du corps social, aux entreprises… Ils doivent permettre, par une banalisation de la notion de santé mentale et une simplification de l’accès au système de santé, de lutter contre la stigmatisation et les préjugés, favoriser la prévention précoce et le repérage des personnes en voie de fragilisation. Centrées sur la fluidité des parcours, ils doivent également permettre d’offrir un soutien individuel et personnalisé à la demande, sans limite de durée, tant sanitaire que social ou médicosocial.

Nous avons réalisé beaucoup de progrès dans la compréhension des causes et des options de traitement. Pour autant, où en sommes-nous de la qualité des services de santé mentale ? Y accordons-nous suffisamment de moyens ?

La psychiatrie ne peut pas être le seul acteur de la prise en charge des personnes concernées. La perspective du rétablissement qui vise à permettre à chaque malade d’être également un citoyen à part entière, vivant avec une maladie psychique, nécessite une réorganisation des systèmes actuels, tant sanitaires que sociaux ou médicosociaux, un décloisonnement. 
Au-delà de la volonté des acteurs de travailler ensemble, qui ne semble aujourd’hui plus discutable, c’est à la fracturation des systèmes en silo que le législateur doit s’atteler, tant la loi qui détermine la répartition des missions et des financements est aujourd’hui l’obstacle qui permet de « Faire du domicile le centre de gravité de la prise en charge en santé mentale ». (Rapport Laforcade).

Préconisations de la FONDATION FALRET

- Le décloisonnement des actions sanitaires et médicosociales ambulatoires en santé mentale avec l’attribution d’enveloppes budgétaires globalisées à la personne et un pilotage souple, répondant aux évolutions positives ou négatives de la maladie.

- La prévention des déséquilibres de la santé mentale notamment par la prise en compte par chacun de sa propre santé mentale, de la nécessité d’en prendre soin, du fait qu’ « il n’y a pas de santé sans santé mentale » (OMS) ; L’intervention précoce notamment auprès des jeunes ; L’identification des situations de maltraitance, des traumatismes de l’enfance, des ruptures, des précarités génératrices de souffrance psychique ; Favoriser l’éducation thérapeutique du patient pour éviter la dépendance aux services de santé ; la mise en place de campagnes de sensibilisation du public aux questions de santé mentale.

- L’identification des perdus de vue et l’accompagnement de leur retour vers le système de santé par la mise en place de mesures dans le sens de l’ “aller vers” la personne en fragilité.

- La prise en compte des personnes sans solution, notamment les malades les plus lourdement invalidés, hospitalisés au long cours, abandonnés à la rue ou incarcérés.

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Pharamond
- 24/11/2018 - 09:38
Prise de conscience tardive?
2)grande partie de la population bénéficie de conditions matérielles confortables, où le climat est idéal, les villes et la campagne belles et la culture profonde". Ces lignes furent écrites en 2003 en indiquant que ces constats étaient faits depuis une dizaine d'années,ce qui nous amène à 1993. Qu'a-t-on fait pour traiter ce grave problème? Dr.Servan-Schreiber donne la réponse: "nous préférons ne pas y penser... tout en prenant du Prozac. Nous nous disons que tout ça finira bien par s'arranger, un jour ". Un problème que l'on ne traite pas surit. On peut faire le rapprochement avec ce qui se passe aujourd'hui avec le comportement de bien des "gilets-jaunes". Plus généralement, comment réformer un pays aussi atteint par la peur?
Pharamond
- 24/11/2018 - 09:22
Prise de conscience tardive?
Dans un livre publié en 2003,sous le titre "Guérir", le regretté Dr.David Servan-Schreiber écrivait: "Selon un rapport de l'Observatoire national du médicament, les Français sont depuis plusieurs années parmiles plus grands consommateurs au monde d'antidépresseurs et de tranquillisants. Avec un Français sur sept qui consomme régulièrement un médicament psychotrope, la France arrive largement en tête de tous les pays occidentaux. La consommation y est même de 40% supérieure à celle des Etats-Unis. Chez nous, l'utilisation d'antidépresseurs a doublé au cours des dix dernières années. Les Français sont aussi les plus grands consommateurs d'alcool au monde; or,le plus souvent, la consommation d'alcool est une manière, elle aussi,de gérer les problèmes de stress et de dépression". Dans le même ouvrage il indiquait aussi que: "Selon des études préalablement citées, la France aurait un des taux de dépression les plus élevées de la planète (à égalité avec le Liban, qui a connu vingt-cinq ans de guerre civile). Nous sommes aussi les plus grands consommateurs d'antidépresseurs au monde. Ces statistiques sont à peine croyables pour un pays qui vit en paix depuis quarante ans,dont la
J'accuse
- 23/11/2018 - 19:15
Hypocondrie
Ce n'est pas parce qu'on consulte qu'on est malade ! Et tous les vrais malades ne consultent pas. Les chiffres avancés pour dénombrer les malades et les "guéris" ne veulent donc rien dire. Tellement facile de mêler n'importe quoi aux vraies maladies mentales handicapantes que sont la schizophrénie et l'autisme...
Il y a une médicalisation forcenée (terme bien choisi, hein ?) de tous les moments, de toutes les difficultés de la vie, permettant à des médecins d'augmenter le nombre de patients, et aux laboratoires pharmaceutiques de créer et vendre plus de médicaments.
C'est plus facile avec la santé psychique que physique, puisque les critères sont subjectifs: je suis mal dans ma tête, donc je suis malade et j'ai besoin de soins (bien sûr remboursés). Celui qui se dit malade trouvera toujours un médecin pour le croire et lui prescrire des médocs. Et un jour je suis guéri ! Merci, docteur.
La vraie raison de l'augmentation des maladies psychiques répond à des intérêts corporatistes et commerciaux, pas besoin d'en chercher des causes dans la vie moderne.