En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
Kenavo !

Langues régionales : "Il faut mettre fin à l’exception culturelle de l’identité unique"

Publié le 10 mai 2012
Avec Yann Syz
Alors que la campagne présidentielle a ravivé la discussion sur l'identité française, les langues régionales semblent être volontairement mises de côtés.
Yann Syz  est adjoint au maire de Lorient depuis 2004, en charge de la santé et de la restauration. Il est depuis 2010 membre de la direction de l’Union Démocratique Bretonne, parti politique associé à d’autres mouvements autonomistes dans le cadre de...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Yann Syz
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Yann Syz  est adjoint au maire de Lorient depuis 2004, en charge de la santé et de la restauration. Il est depuis 2010 membre de la direction de l’Union Démocratique Bretonne, parti politique associé à d’autres mouvements autonomistes dans le cadre de...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alors que la campagne présidentielle a ravivé la discussion sur l'identité française, les langues régionales semblent être volontairement mises de côtés.
Avec Yann Syz

 «Nous vivons dans l’illusion que l’identité est une et indivisible […] Nous sommes tous des êtres poly-identitaires dans le sens nous unissons en nous une identité familiale, une identité locale, une identité régionale, une identité nationale, transnationale (slave, germanique, latine) et éventuellement une identité confessionnelle ou doctrinale ».

Edgar Morin, Penser l’Europe – 1987 Gallimard

De fait, il n’y a a plus de conflit aujourd’hui entre les identités nationales et l’identité européenne. Là où une opposition se fait jour contre l’Europe, ce n’est pas un rejet d’appartenance, mais une opposition à des projets politiques.

Il n’y a pas non plus d’opposition entre identité régionale et européenne, l’union européenne ayant retenu depuis longtemps l’échelle régionale comme l’un des piliers de son action.

Mais la France est un cas à part d’un pays qui a construit un conflit entre identité nationale et identité régionale avec des conséquences psycho-sociales négatives parfois majeures.

En effet, la France a construit sa mythologie politique autour d’une identité unique fantasmagorique, mythologie dans laquelle les manuels scolaires, jusqu’à une période récente, inventaient un récit national où l’histoire devenait une destinée fictionnelle et où laquelle identité régionale constituait un ennemi de l’intérieur comme un démon à combattre.

Le résultat est une quasi-mise à mort institutionnalisée des langues régionales et une folklorisation sympathique des marqueurs d’identités locales, avec pour corollaire des indicateurs de pertes de confiance en soi dans certaines régions (taux de suicide ou d’alcoolisation régulière par exemple en régions bretonnantes ou flamandes).

Certes, ici ou là l’Etat a remis depuis peu en place un semblant de volontarisme sur la question de l’identité régionale. Mais chaque fois en s’abritant derrière une justification visant à démontrer une exception (la Corse est une île, l’Alsace a une histoire particulière, le Pays Basque est transfrontalier, etc). En évitant ainsi d’évoluer sur les principes même de l’identité unique, l’Etat a laissé perdurer une situation d’un autre âge, notamment en Bretagne, en Flandre, en Savoie et dans diverses régions des langues d’Oc.

Pourtant, les identités multiples se complètent et se respectent plus qu’elle ne s’opposent. L’école est un lieu d’apprentissage essentiel de cette multiplicité culturelle, où la confrontation précoce avec ces enjeux linguistiques est un facteur de facilitation pour l’ouverture au monde de notre jeunesse.

La quasi-totalité de Bretons, des Flamands ou des Occitans vivent, et comme Européens, et comme Français. Ils ne demandent qu’à être reconnu aussi dans leurs identités régionales en plus, ce dont ils sont amputés contre leur gré, comme le sont les Catalans en Espagne, les Ecossais au Royaume Uni, les Bavarois en Allemagne, etc. Pour faire face à ce défi de la modernité, l’Etat dispose de peu de marges de manœuvre du fait de pesanteurs plus mentales que financières. Pour entrer dans le siècle des identités plurielles le prochain gouvernement devra laisser aux conseils régionaux, souvent volontaires, les capacités financières, politiques et réglementaires d’agir dans le domaine de la promotion des langues régionales et en particulier pour leur transmission et leur enseignement à l’école.

Ne pas le faire serait, soit se résigner à l’inaction, soit s’inscrire dans une posture nationaliste en décalage avec les aspirations de ceux qui par le biais local veulent entrer dans la complexité du monde. Les sociétés du XXIème siècle seront les sociétés du multiple et non plus de l’identité unique. Le temps n’est plus aux identités binaires (nous et les autres) mais aux identités complexes. Inscrivons les langues régionales de France dans la modernité européenne, avec un statut légal et des moyens de transmissions.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

02.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

03.

Pourquoi l’euro pourrait bien être le prochain dommage collatéral de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis

04.

L'arrivée du Pape François et la fin d'une Eglise dogmatique

05.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

06.

Qui a dit « j’ai une intolérance aux homards, je n’aime pas le caviar, le champagne me donne mal à la tête » ?

07.

Yémen, la situation évolue discrètement cet été à l'abri des regards des vacanciers

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

03.

Pour comprendre l’après Carlos Ghosn, l’affaire qui a terrassé l’année 2019 dans le monde des entreprises

04.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

05.

Peugeot-Citroën : le lion résiste aux mutations mondiales

06.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

01.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

02.

M. Blanquer, pourquoi cachez-vous à nos enfants que les philosophes des Lumières étaient de sombres racistes ?

03.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

04.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

05.

Réorganisation de la droite : cette impasse idéologique et politique qui consiste à s'appuyer uniquement sur les élus locaux

06.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

Commentaires (18)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Desman
- 13/05/2012 - 19:39
@Sheldon
Manifestement vous ne parlez aucun dialecte occitan et ne connaissez rien à ce sujet. Je peux vous garantir qu'un gascon et un provençal se comprennent très bien.
De France et de plus loin
- 11/05/2012 - 08:32
Le latin et l égyptien de l
Le latin et l égyptien de l antiquité ont disparus, alors le breton et le picard, je m en tape, mais d une force....
nuala
- 11/05/2012 - 08:22
je suis pour la sauvegarde des langues regionales
cela fait partie de notre culture, c est notre france construite peu a peu au fil des siecles surtout avec des guerres malheureusement , personellement mon gdr pere breton quand j etais petite m a appris des rudiments de breton ( une langue issue du gaelique) dont je me souviens encore malheureusement il est mort jeune ce que je regrette c est une façon de ne pas oublier notre passe !!!!!!!!