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Education et psychologie

Inégalités & test du Marshmallow : pourquoi les enfants des riches réussissent mieux l’exercice censé montrer qui est capable de réussir sa vie

Publié le 31 octobre 2018
Pour son inventeur dans les années 1970, Walter Mischel, le test du marshmallow permettait de détecter chez les enfants le sens de la volonté et de la préparation de l’avenir, signes d’une future carrière réussie. Aujourd’hui, ce résultat n’apparaît plus aussi clairement. Tandis que des chercheurs américains ont montré que ce sont surtout les enfants issus de familles riches qui réussissent le test, Stéphane Hugon et Nathalie Nadaud-Albertini avancent des explications qui montrent que cette réussite n’est plus si enviée.
Stéphane Hugon
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Stéphane Hugon est docteur en sociologie, chercheur au CeaQ, responsable du Groupe de Recherche sur la Technologie et le Quotidien, chargé de cours à l'université Paris V.
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Nathalie Nadaud-Albertini
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Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine.  
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Pour son inventeur dans les années 1970, Walter Mischel, le test du marshmallow permettait de détecter chez les enfants le sens de la volonté et de la préparation de l’avenir, signes d’une future carrière réussie. Aujourd’hui, ce résultat n’apparaît plus aussi clairement. Tandis que des chercheurs américains ont montré que ce sont surtout les enfants issus de familles riches qui réussissent le test, Stéphane Hugon et Nathalie Nadaud-Albertini avancent des explications qui montrent que cette réussite n’est plus si enviée.

Atlantico : Destiné à étudier la gratification différée, le test du marshmallow consiste à offrir à un enfant un marshmallow en lui assurant qui lui sera possible d’en obtenir un second plus tard s’il n’avale pas le premier. Comment faut-il interpréter ce test selon vous ? 

 
Stéphane Hugon : J’ai le sentiment qu’il y a dans le test du marshmallow ce fantasme du test qui, à partir d’une question micro, parvient à retrouver le chiffre secret de l’ensemble du comportement à la fois de la personne, et peut-être d’une société toute entière. Il y a là à l’oeuvre un réductionnisme scientifique qui cherche bien évidemment à retrouver dans l’infiniment petit ce qui va déterminer l’infiniment grand. Ce déterminisme du micro-comportement pour expliquer une trajectoire beaucoup plus large, ou une biographie, ou un ensemble de comportement, est un fantasme des sciences humaines qui a mon envie est aujourd’hui remis en cause. Voilà pour ce qui concerne le protocole, le style de l’enquête. 
 
Du point de vue de la question de la significativité d’un micro-geste qui est en fait une pulsion psychologique par rapport à une posture psychologique beaucoup plus générale, là aussi, on a affaire à un parti pris. Aujourd’hui, c’est de toute évidence moins solide. En cela, le test est intéressant parce que, comme tous les tests d’ailleurs, il ne donne pas un résultat, mais il témoigne de la psychologie générale du moment où il est réalisé. Il y a une fonction « méta » de l’enquête qui nous renseigne sur notre temps, ou en tout cas sur le temps de la production de l’enquête. 
 
C’est la raison pour laquelle nous, chez Eranos, nous méfions beaucoup du déclaratif, et nous inscrivons plutôt dans la tradition sociologique de l’imaginaire. Dans le déclaratif, l’individu ne peut pas s’abstraire de l’expérience de l’interaction avec un autre. Est donc toujours à l’oeuvre une construction et une fiction de soi nécessairement fantasmée. C’est pour nous un problème, un biais, qui doit être déjoué. Ce pourquoi on utilise beaucoup le non-dit, ou bien la dimension archétypale, c’est-à-dire la dimension de psychologie de profondeur, où l’on va aller chercher des réponses que le répondant ne pourra pas interpréter lui-même. Sinon, il en viendra à construire quelqu’un qui est riche, intelligent et beau : c’est de l’ordre d’une pulsion psychologique très classique, trop classique.  
 
Sur le fond, le présupposé du test est de considérer que la bonne réponse serait de résister à la tentation immédiate. Si on l’analyse, on s’aperçoit que cela est lié à toute une tradition de ce que Freud appelait le « report de jouissance ». Par cet expression, il nous apprenait que toute notre culture occidentale, et notamment la culture judéo-chrétienne, nous apprend à attendre. Cela nous inscrit d’emblée dans une temporalité psychologique et sociale qu’on trouve à la fois dans le travail, dans le temps bancaire, le temps immobilier, ou le temps universitaire, etc. Tout ce qui est de l’ordre du report est considéré sur le plan moral comme étant une préparation de l’avenir. Tout l’imaginaire du mythe du progrès à l’occidentale consiste justement à préparer l’avenir par le fait du sacrifice du présent. Dans le catholicisme, on apprend à attendre, c’est le sacerdoce : la vraie vie vient après. Je pense par exemple à un livre de photo que j’ai feuilleté récemment où l’on voit un graffiti parisien de l’époque de mai 68 — relevant donc d’une sous-culture à la fois très offensive vis-à-vis de la culture bourgeoise et très anti-cléricale — près de la Sorbonne, et qui disait « le bourgeois ne jouit pas, il thésaurise ». C’est un peu cru, mais c’est finalement très juste. Toute la temporalité, tout le rapport au désir s’inscrivait, dans la bourgeoisie catholique, dans la préparation de l’après. Mais il est intéressant de noter que cette structure est commune à la fois au catholicisme et au marxisme. La préparation du grand soir dans le marxisme est l’équivalent de la vie après la mort du catholicisme. Sur le fond donc, on est jamais dans l’acte, mais dans une une temporalité du long terme qui aussi la marque morale de ce que doit être le bon manager, le bon écolier, et ainsi dans tous les champs de la vie sociale. On a ainsi beaucoup reproché récemment aux jeunes générations leur incapacité à attendre et leur inconséquence à s’inscrire dans le temps long. On a aussi reproché aux politiques d’être dans un temps trop court, par rapport à une noblesse qui serait, elle, inscrite justement dans ce fameux report de jouissance à travers les générations. 
 
Tout cela est intéressant parce que le test valorise bien quelqu’un qui arrive à se retenir soi-même, sans se laisser déborder par du désir, de la passion, par ce que l’on appellerait aujourd’hui un imaginaire dionysiaque, d’ailleurs largement teinté d’une culture orientale. En Orient on a une capacité à saisir l’instant, dont on dit que les Occidentaux sont précisément dépourvus. La valeur du temps a donc une dimension morale et politique, avant d’être purement économique. 
 
Nathalie Nadaud-Albertini : Il s’agit d’une expérience menée sur 550 jeunes enfants entre 1968 et 1974 par Walter Mischel, professeur de psychologie à Stanford en Californie. Elle consiste à placer un enfant de maternelle seul dans une pièce, assis sur une chaise, face à une table où se trouve un marshmallow. Avant de le laisser seul, on lui dit qu’il peut manger le bonbon immédiatement, mais que s’il patiente jusqu’au retour du chercheur, il aura droit à un deuxième bonbon. Un tiers des enfants attendent le retour du chercheur.
 
L’équipe de recherche a ensuite suivi les enfants sur trois décennies et il apparait qu’une fois adultes, ceux qui ont su différer leur satisfaction à court terme pour, à long terme, obtenir une récompense plus élevée : - sont plus persévérants dans leurs objectifs à long terme
 
- les atteignent le plus souvent
 
- font des études plus longues
 
- sont moins enclins à consommer des drogues dures
 
- ont une corpulence plus faible
 
- ont plus facilement des liens étroits avec les autres
 
- ont davantage confiance en eux
 
 
À la suite de cette étude dont les résultats ont été publiés dans les années 90, il était d’usage de considérer, à l’instar de Walter Mischel, que savoir différer une satisfaction immédiate au profit de gratifications futures est une compétence qui s’apprend, et ce dès la petite enfance.
 
 

Qu'est-ce qui explique que certains individus soient plus prompts à recevoir une récompense à court terme lorsque d'autres préfèrent accumuler la richesse sans en jouir immédiatement ?

 
Stéphane Hugon : Cela me fait penser à une étude que l’on fait il y a quelque mois sur l’imaginaire de l’argent chez les jeunes. Globalement, la conclusion consistait à dire que l’argent, la richesse, la valeur, s’inscrit  pour les plus âgés dans une culture occidentale plus large qui se résume à l’impératif d’une transmission. On peut penser à la relecture de Engels de La Sainte Famille : pourquoi est-ce qu’il y a une transmission patrimoniale, et un encadrement du couple et de l’amour dans une filiation ? Parce que, sur le fond, c’est le moyen de contenir et ne pas disperser le patrimoine. Il y avait cela aussi dans la culture rurale : les gens appartiennent à la terre, et non pas l’inverse, car la terre a une durée de vie plus longue que les personnes, et elle est en cela plus importante. C’est pourquoi, pour la conserver, on organisait des mariages consanguins. La valeur qui a été la nôtre dans l’Occident était une valeur de thésaurisation, de patrimonialisation, qui finalement avait pour objectif la rétention en vue de la transmission. L’argent, pour les gens les plus âgés, c’est un stock que l’on gère avec une interface de conservation. 
 
Pour les jeunes générations en revanche, le rapport au temps est différent. Il est plus caractérisé par l’immédiateté, la jouissance et l’instantanéité. De plus, on sait sociologiquement que les gens ont déconstruit l’avenir parce qu’il y a eu des dates symboliques, des trahisons de l’avenir, lorsque des promesses n’ont pas eu lieu. Et à force de nous apprendre à attendre, on a fini par se rendre compte que cette volonté de ne pas reconnaître le futur comme une valeur était devenue une culture de masse. Souvenez-vous, dans les années 1970, « No Future », c’était extrêmement subversif. Aujourd’hui c’est devenu un simple constat dans la culture populaire. 
 
Si l’on observe le cas du conflit sur les retraites, où l’on modifie quelque chose qui se déploie sur le temps long. Quels sont les gens qui se mobilisent ? Finalement, les jeunes l’étaient très peu sur ce sujet là. Or les réponses aux entretiens que nous avions réalisé à cette époque n’étaient pas du tout pessimistes. Le « No Future » est au contraire un optimisme, car il représente l’idée que d’ici le temps de la retraite, le système aura de toute manière implosé. C’est l’univers imaginaire de la bascule du destin où apparaît l’idée qu’il est possible de se refaire, sur le mode du poker. On est là dans une culture du cash, des choses qui apparaissent immédiatement et ne font pas l’épreuve de la lenteur. C’est tout le contraire des valeurs judéo-chrétiennes de l’humilité, de l’apprentissage, celles du chemin de croix en fin de compte. 
 
D’un seul coup, on a donc un imaginaire dionysiaque qui vient se saisir de la question de la valeur, dont l’argent est le signe, avec une culture du cash dans lequel l’argent n’est plus seulement la transmission, et sur le fond un rapport de culpabilité, mais bien plutôt un rapport d’immédiateté. Ce d’autant plus que l’argent est aussi chez ces jeunes un médiateur social, une manière de célébrer et de théâtraliser la relation avec les autres. Avoir de l’argent pour pouvoir célébrer les choses collectivement, ce n’est plus individuel, mais au fond peut-être un peu tribal, dans une perspective qui n’est plus celle de la conservation mais de la dépense, au sens de George Bataille, où l’on vient flamber l’argent. On n’est plus du tout dans une gestion patrimoniale, on est dans une gestion énergétique de l’immédiat. 
 
Nathalie Nadaud-Albertini : À l’instar de Jessica McCrory Callarco qui a commenté l’étude parue en mai dernier pour The Atlantic, on peut considérer que la façon d’envisager le risque lié à l’attente est différent selon le milieu social. En effet, l’expérience de la vie quotidienne fait qu’un enfant issu d’un milieu relativement favorisé a acquis l’assurance qu’il aura suffisamment de nourriture à disposition tous les jours, et que si on lui promet à un certain moment de lui acheter tel ou tel type d’aliments, la promesse sera tenue, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour un enfant issu d’un milieu où les ressources financières peuvent empêcher les parents de tenir leur promesse. Les enfants issus d’un milieu moins aisé vont donc considérer qu’il y a un véritable risque à attendre et préféreront la gratification immédiate qui consiste à manger la guimauve.
 
De plus, toujours à la suite de Jessica McCrory Callarco, il convient de distinguer entre les différents comportements des parents selon le milieu. Dans un milieu plutôt favorisé, on aura tendance à faire patienter l’enfant en promesse de gratifications supérieures à venir, car on sait que l’on pourrait les leur donner, quelle que soit la nature de celles-ci. Alors que dans un milieu moins aisé, on aura tendance à ne pas faire patienter l’enfant pour des petits plaisirs comme les sucreries, car ce sont par ces petites choses que l’on tente de leur adoucir la vie, d’autant plus que l’on sait qu’on ne peut pas leur offrir davantage. Autrement dit, dans un milieu moins favorisé, on anticipera un avenir où la frustration sera bien plus importante que les sources de plaisir, et donc on ne jugera pas nécessaire de le faire patienter pour des petits plaisirs que l’on peut lui offrir immédiatement. Dans un milieu plus favorisé, on aura exactement le comportement inverse.
 
On rejoint ainsi ce qu’explique Richard Hoggart dans La Culture du Pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, publié en 1957 en Angleterre et en 1970 en France dans sa version traduite. Il montre que le trait principal de la culture populaire est de percevoir le monde selon un clivage entre le « eux » et le « nous ». Le « eux » est considéré comme un lieu lointain, étranger, menaçant, incertain où s’exercent le pouvoir et des décisions sur lesquelles on n’a pas prise et qui seront source de lendemain qui déchantent et effraient plus que de lendemains qui chantent. Par opposition, le « nous » est vécu comme le monde du proche, de l’immédiat, du concret, de la famille, du quartier, de la « bonne vie ». Il écrit notamment : « Quand on sent qu’on a peu de chances d’améliorer sa condition et que ce sentiment ne se teinte ni de désespoir ni de ressentiment, on est conduit bon gré mal gré à adopter les attitudes qui rendent ‘vivable’ une pareille vie, en éludant la conscience trop vive des possibilités interdites » (Richard Hoggart, 1957 [1970], La Culture du Pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Paris, Les Éditions de Minuit, p.137). Autrement dit, on n’espère rien de l’avenir ou pas grand chose, on apprend à ne pas l’anticiper parce qu’on pense ne pas avoir prise dessus et on veille à adoucir la vie quotidienne de petits plaisirs au jour le jour, dont la nourriture fait partie. C’est l’idée que l’on trouve dans des aphorismes tels que « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ou « c’est toujours ça de pris ! ».
 
Par ailleurs, le chercheur apparaîtra à un enfant de milieu populaire comme une incarnation du monde du "eux", donc comme quelqu'un à qui l'on ne peut pas se fier. Il hésitera donc lui faire confiance et à croire qu'il aura une friandise supplémentaire s'il patiente. 
 

Etudier la gratification différée nous renseigne-t-il sur notre rapport différencié au consumérisme, en particulier suivant la ligne de fracture entre riches et pauvres ?

 
Stéphane Hugon : Je pense que ceux qui vivent dans le très court terme sont à la fois les très riches et les très pauvres. Les uns flambent leur argent et les autres brûlent leur vie. Mais dans les deux cas, la question de l’avenir ne se pose pas. Si l’on prend des caricatures, on verra que la culture aristocratique est très différente de la culture bourgeoise dans le rapport à l’argent. La culture aristocratique est une culture dans laquelle le patrimoine s’inscrit dans le long terme, ce qui veut aussi dire que le patrimoine symbolique compte davantage que le patrimoine pécuniaire. Il y a des moments où il y aura de l’argent, et des moments où il y en aura moins. Par définition, les aristocrates ne sont pas proches de leur argent. C’est plutôt là une logique d’une argent plus récent, que l’on doit par conséquent gérer, avec une fonctionnalisation forte du temps de travail. Au départ le travail est vulgaire tout de même : c’est le travail qui génère la rationalisation du temps. Les gens qui sont dépossédés du travail et les gens qui n’ont pas la contrainte du travail sont dans un présent éternel, si je puis dire. 
 
Nathalie Nadaud-Albertini : Oui, dans le sens où on apprend très jeune à penser le monde soit comme offrant des possibilités d’avenir sur lesquelles on peut avoir prise, soit comme quelque chose d’incertain sur lequel on ne peut pas agir. Richard Hoggart explique d'ailleurs à ce propos : « Il y a toujours eu, et il y a encore de nos jours, des gens économes dans les classes populaires. Mais, en règle générale, les conditions de vie inclinent à profiter du présent sans songer à organiser les comportements en fonction de l’avenir : ‘La vie n’est pas un lit de roses’ mais ‘Qui vivra verra’. À cet égard, les membres des classes populaires sont depuis toujours des épicuriens de la vie quotidienne. Même ceux qui se tracassent à longueur de temps sur la manière dont ‘tout cela va tourner’ vivent dans l’instant et bornent leurs entreprises à l’horizon du présent, différant par là profondément des membres des autres classes sociales (Richard Hoggart, 1957 [1970], La Culture du Pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Paris, Les Éditions de Minuit, p.183-184).
 
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