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Réformera, réformera pas

Pourquoi les Français ont raison de ne pas croire que leur pouvoir d’achat va s’améliorer d’ici 2022

Publié le 29 octobre 2018
"On peut comprendre la colère des Français" expliquait Gérarld Darmanin sur Europe 1 ce dimanche 28 octobre alors qu'il était interrogé sur le pouvoir d'achat. Pour le ministre, il est temps de "prendre des mesures radicales". Force est de constater qu'après 18 mois de présidence Macron, ces réformes se font attendre.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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"On peut comprendre la colère des Français" expliquait Gérarld Darmanin sur Europe 1 ce dimanche 28 octobre alors qu'il était interrogé sur le pouvoir d'achat. Pour le ministre, il est temps de "prendre des mesures radicales". Force est de constater qu'après 18 mois de présidence Macron, ces réformes se font attendre.

Atlantico : Alors que Gérald Darmanin explique au Journal du Dimanche que les Français vont pouvoir constater "de visu" les changements grâce aux réformes du gouvernement pour relancer le pouvoir d'achat, 84% des Français pensent que la politique du gouvernement ne va pas pouvoir permettre d'augmenter ce dernier d'ici à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. Concrètement est-il possible de leur donner tort au vu des mesures à la marge que fait le gouvernement?

Michel Ruimy : Gérald Darmanin avait eu l’idée, l’année dernière, de présenter la loi de finances sous l’angle du pouvoir d’achat. En vain. Les faits sont là. A fin septembre 2018, les prix à la consommation ont augmenté, sur une année glissante, de plus de 2%. Cette hausse de l’inflation s’explique, en grande partie, par celle du prix du baril de pétrole et, dans une moindre mesure, par celle de la fiscalité sur le tabac. Dans un contexte de modération salariale, le pouvoir d’achat en a d’autant plus souffert que d’une part, s’est ajouté le bond de 1,7% de la CSG, compensé, mais partiellement seulement, par la première tranche de suppression des cotisations sociales et que d’autre part, la baisse de la taxe d’habitation a été atténuée par une hausse des taux de taxation décidée par certaines communes.

Le mécontentement des Français est révélé par un sondage de l’institut IFOP : 72% d’entre eux estiment que leur pouvoir d’achat a « plutôt diminué » depuis la dernière élection présidentielle mais surtout 84% pensent que la politique du gouvernement ne permettra pas de l’améliorer d’ici la fin du quinquennat.Les retraités et les famillesont bien compris que leurs prestations ne suivraient plus l’inflation.

Mais au-delà de cetagacement, l’exécutif, qui doit assumer et expliquer ses choix, va devoir surtout s’assurer que les mesures annoncées, favorables au pouvoir d’achat,notamment la baisse des cotisations sur les salaires devant intervenir en octobre, sont, elles aussi, bien perçues par les intéressés. Car les dernières enquêtes de confiance des ménages montrent, à cet égard, que la hausse à venir du pouvoir d’achat n’est pas encore totalement intégrée dans les esprits. Les ménages lissent beaucoup leur comportement de consommation par rapport aux évolutions de leur pouvoir d’achat.

Par ailleurs, à supposer qu’il y ait gain de pouvoir d’achat à la fin de l’année, les Français, devenus un peu plus riches,dépenseront ils plus ou, au contraire, préféreront ilsépargner ? A cette question, vu le contexte économique international, il faut répondre avec prudence car, en matière de liens entre revenus et dépenses, les fluctuations sont importantes.A l’ampleur du rebond éventuel de la consommation s’ajoute une autre incertitude : sa durée puisque le début du prélèvement à la source interviendra fin janvier 2019.

 

Comment expliquer que le gouvernement se contente de ces petites mesures dans l'espoir de relancer la croissance ? Est-ce seulement possible de le faire avec cette méthode ?

Emmanuel Macron souhaite opérer des gestes en faveur du pouvoir d’achat de certaines catégories de Français. Le ralentissement de la croissance a quelque peu changé la priorité d’un exécutif qui craint, plus que tout, un fort ralentissement de la consommation des ménages. D’autant que, quitte à aller puiser dans les « bas de laine » des classes moyennes, l’entrée en vigueur de la hausse de la CSG début 2018 a contribué à installer l’image d’un gouvernement généreux avec les « riches ».

En fait, alors que la croissance marque lepas, le gouvernement doit faire face à de nombreuses contraintes. Or, il a peu de marge de manœuvre budgétaire. Selon le projet de loi de finances, 6 milliards d’euros devraient être restitués aux ménages l’année prochaine sous forme de baisses d’impôts ou de « coups de pouce » fiscaux. Un chiffre trompeur puisqu’il intègre 4 milliards d’euros de suppression des cotisations salariales, une mesure déjà entrée en vigueur, en deux temps, en 2018. À l’inverse, d’autres mesures vont venir grever les marges de manœuvre budgétaires des foyers.

A court terme, il n’est donc plus possible d’injecter des milliards d’euros, comme en 2007 avec la défiscalisation des heures supplémentaires ou en 2008-2009 avec des mesures de pouvoir d’achat anticrise. Le seul salut peut venir d’une amélioration du marché du travail. D’où l’insistance du gouvernement à vouloir réaliser des réformes structurelles favorisant la compétitivité, sans effet immédiat pour les ménages.

 

D'autant plus que les perspectives macroéconomiques ne semblent pas bonnes … Dès lors comment peuvent-ils espérer s'en sortir face à l'opinion ? 

 

C’est un fait, jamais Emmanuel Macron n’a fait de la baisse de la dépense publique un impératif absolu. Sa campagne électorale avait habilement enrobé le sujet, et près de 18 mois de pouvoir ont été émaillés de controverses (budget des armées, APL, finances locales) auxquelles le gouvernement s’est contenté de répondre point par point. Mais pas de tableau général, pas de vision, pas de grand chantier. Il ne faut surtout pas inquiéter.

Pourtant, c’est l’inverse qu’il conviendrait de faire à l’instar de tous les pays qui ont réussi, avant nous, ce travail de reconquête. Expliquer, sortir du cadre comme le chef de l’Etat a su le faire pour conquérir le pouvoir et réformer le social. Bousculer, repousser la contrainte des marges de manœuvre, cette excuse derrière laquelle les gouvernements se réfugient pour ne pas agir.

Il lui faudrait trouver l’énergie à la hauteur du défi posé une fois de plus à la France : réduire la dépense publique, pas seulement en rabotant, mais en redéfinissant les missions de l’Etat, en cherchant la bonne adéquation entre l’impératif de diète budgétaire et la préservation du « modèle français » dans les quelques éléments qu’il a d’intouchables.

Mais, de manière plus globale, les gouvernements ont-ils encore des marges de manœuvre ? Cette question ne peut que comporter une réponse positive. Les gouvernements n’ont-ils pas sauvé les marchés financiers d’une faillite annoncée en 2008 ? C’est donc de l’Europe qu’il s’agit : les Etats-membres de la zone euro se retrouvent dans la situation d’États fédérés orphelins d’un État fédéral. Il en résulte un déficit de puissance, reflet du déficit démocratique de l’Europe : d’un côté, une légitimité sans instruments, celle des États « fédérés », de l’autre, des instruments dont l’usage est limité par des traités internationaux. C’est donc d’une politique de l’impuissance plutôt que d’une impuissance du politique qu’il s’agit.

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