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It’s la croissance, stupid !

Surprise : malgré nos déficits, le poids relatif de la dette française a baissé depuis l’an passé et voilà les conclusions à en tirer

Publié le 01 octobre 2018
Selon les chiffres publiés par l’INSEE, la dette publique française serait revenue sous le seuil des 100% du PIB, passant de 100% du PIB au T2 2017 à 99% du PIB au T2 2018, et ce, malgré des déficits publics.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Selon les chiffres publiés par l’INSEE, la dette publique française serait revenue sous le seuil des 100% du PIB, passant de 100% du PIB au T2 2017 à 99% du PIB au T2 2018, et ce, malgré des déficits publics.

Atlantico : Comment expliquer cette baisse malgré les déficits ? 

 
Michel Ruimy : Au sens du traité de Maastricht, la dette publique est la dette de toutes les administrations publiques : État, organismes de sécurité sociale, collectivités locales et organismes divers d’administration centrale. La notion d’endettement est différente de celle de déficit public, qui correspond au besoin de financement des administrations publiques.
 
Il existe deux manières de mesurer la dette d’un pays : en valeur absolue c’est à dire en milliards d’euros, ou en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB). Ce deuxième instrument permet de mettre en perspective les variations de la dette par rapport à la richesse créée au cours d’une année, et donc de comparer l’endettement de pays de tailles différentes.
 
Concernant la France, sa dette publique a augmenté, au deuxième trimestre 2018, d’un peu plus de 5 milliards d’euros par rapport au trimestre précédent, pour atteindre 2 299,8 milliards, restant sous le seuil symbolique des 100% du Produit intérieur brut. Même si, sur 1 an, il s’est accru de 1,1%, le ratio Dette publique / PIB a toutefois décru régulièrement depuis le deuxième trimestre 2017.
 
Comment expliquer ces évolutions ? En fait, l’INSEE tient désormais compte du reclassement de la SNCF en administration à compter du premier trimestre 2016, alors que le gouvernement a officiellement prévu de reprendre la dette de la SNCF Réseau - 39,4 milliards d’euros -, en deux temps, en 2020 et 2022.
 
Ainsi, selon ce nouveau mode de calcul, la dette publique de la France atteignait 100,9% du PIB au deuxième trimestre 2017, avant de commencer à décroître à 99,8% au 3ème trimestre 2017, puis à 98,5% au 4ème. Après avoir atteint 97,6% au premier trimestre 2018, elle s’élève, au deuxième trimestre, à 99% du PIB. Ainsi, la dette de la SNCF a contribué grandement à cet alourdissement. Dans le même temps, la contribution de l’Etat à la dette a augmenté de 19,5 milliards d’euros tandis que celle des organismes de sécurité sociale a diminué nettement (-11,7 milliards).
 

D’un point de vue théorique, n’est-ce pas ici le signe que la croissance est « l’arme » la plus efficace pour lutter contre un endettement excessif ? 

 
Le lien entre croissance économique et endettement est, en général, double. A court terme, une augmentation de l’endettement soutient la demande domestique et la croissance. Ainsi, la croissance des pays développés au cours des trente dernières années s’est accompagnée d’une hausse de l’endettement des agents non financiers (ménages, entreprises, Etat). Les cycles d’endettement sont donc corrélés au cycle économique. Cependant, à plus long terme, un niveau d’endettement trop élevé entrave le potentiel de croissance. En effet, la dette publique réduit l’épargne disponible, augmente les taux d’intérêt ou réclame une diminution des dépenses publiques productives et / ou une augmentation des impôts. 
 
Pour éviter que la dette en « % du PIB » ne s’envole, plusieurs orientations s’offrent au Gouvernement. 
 
Tout d’abord, diminuer les taux d’intérêt auxquels l’Etat emprunte. Mais, aujourd’hui, il n’a aucun levier d’action du fait de l’indépendance de la Banque centrale européenne. 
 
 
Ensuite, recourir à l’inflation sur longue période pour diminuer le poids de la dette. Là aussi, un taux d’inflation ne se décrète pas et les taux enregistrés ces derniers temps, l’ont été grâce aux politiques accommodantes des banques centrales américaine et européenne et à l’élévation du prix du baril de pétrole c’est-à-dire une importation de l’inflation. 
 
Autre possibilité, rééquilibrer ou augmenter le solde budgétaire primaire, c’est à dire les recettes diminuées des dépenses de l’Etat, hors charges d’intérêt de la dette. Ceci revient à revoir la structure des dépenses publiques et, plus qu’envisager des « coups de rabot », songer à repenser au rôle de l’Etat dans la vie économique. Ceci risque de prendre beaucoup de temps car il faut revoir ce qui relève de l’assurance et ce qui relève de la solidarité c’est-à-dire déterminer le partage des responsabilités. 
 
Reste enfin, la possibilité de mener une politique économique visant à accroître le taux de croissance réel du pays, c’est-à-dire hors inflation. C’est, aujourd’hui, le seul levier, à court terme, à la main du Gouvernement. 
 
Toutefois, dans les prochaines années, la France, et l’ensemble des pays européens, risquent d’être confrontés à une baisse tendancielle du taux de croissance de leur économie qui sera accompagnée d’un relèvement progressif des taux d’intérêt. Dès lors, il faut tout mettre en œuvre pour obtenir un taux de croissance le plus élevé possible car si le taux d’intérêt d’emprunt est supérieur au taux de croissance nominal - c’est-à-dire prenant en compte l’inflation -, la dynamique du taux d’endettement devient instable, à moins que le pays n’ait un excédent budgétaire primaire élevé. En l’absence, apparaît la contrainte de solvabilité.
 

De façon plus pratique, quels pronostics peut-on faire concernant les prochains trimestres et les prochaines années, la croissance et la maîtrise des déficits pourraient-ils être suffisants pour permettre une baisse de l’endettement ?

 
La France est un pays qui alimente sa croissance en recourant à l’endettement. Aussi la dette publique augmente-t-elle régulièrement depuis 40 ans. La charge de cette dette, c’est-à-dire le montant des intérêts à servir aux créanciers, est devenue très lourde : un peu plus de 40 milliards dans le budget de 2018, un montant supérieur au budget de la Défense nationale (32,4 milliards). Le Trésor, par ailleurs, doit faire face aux échéances des crédits venant à terme. Sur l’année 2018, l’agence France Trésor va emprunter sur les marchés un montant total de 195 milliards d’euros pour couvrir le déficit du budget de l’Etat et procéder au remboursement des crédits arrivant à échéance. 
 
On ne peut donc pas manquer de se demander pourquoi existe-t-il cette nécessité permanente de notre économie de s’endetter, chaque année. Et, si le recours à l’endettement est indispensable à notre économie pour croître - comme cela semble être véritablement le cas - que va-t-il donc se produire, demain, lorsque notre pays ne pourra plus s’endetter ? Les bailleurs de fonds risquent de se montrer, de plus en plus réticents, et, notre pays, s’il veut demeurer dans l’Union européenne (UE), ne peut plus continuer à enfreindre les traités en matière de déficit budgétaire et d’endettement.
 
La dette da la France se monte maintenant à pratiquement 100% du PIB, un niveau que les économistes estiment dangereux de franchir. Deux chercheurs américains, Reinhart et Rogoff, se sont rendus célèbres par leurs travaux sur la relation existant entre la dette extérieure des pays et leur croissance. Ils sont parvenus à la conclusion qu’un pays ne doit absolument pas dépasser le taux de 90% du PIB. Au-delà, l’endettement affecte négativement la croissance. Certes, ces travaux ont été critiqués, mais le Fonds monétaire international (FMI) a, néanmoins, confirmé qu’il avait fait de ce ratio sa doctrine : « la barre de 90% est un bon point de référence ».
 
Notre pays se trouve donc avoir largement dépassé le seuil critique des 60% du PIB fixé par les accords européens, et il se trouve, à présent, au-delà du ratio de 90% du PIB retenu par le FMI. La question se pose donc de savoir si notre économie va être capable, non pas tant de rembourser ses dettes, ce qui ne pourra intervenir éventuellement que dans un futur très lointain, mais, pour le moins, de continuer à croître, dans les années à venir, sans plus recourir à l’endettement ? Car il faut bien garder en tête que, malgré ce recours important à l’endettement, les performances de notre économie sont régulièrement plutôt médiocres. Le taux de croissance annuel du PIB est, depuis des années, sensiblement inférieur à la moyenne des pays de l’UE, le chômage malgré tous les efforts des pouvoirs publics pour le réduire se maintient obstinément  à un niveau anormalement élevé, la balance du commerce extérieur est chaque année déficitaire… Que va-t-il donc en être, demain, si l’on entreprenait, comme cela devrait être désormais le cas, de cesser de recourir, de moins en moins, à l’endettement ?
 
Pour y répondre, il faut comprendre d’où vient le déséquilibre de l’économie française. La puissance publique s’échine à donner à la population un niveau de vie supérieur à ce que l’économie du pays est, en fait, capable de lui procurer d’où la dette. Certes, des économies sont à faire. Mais cela ne sera pas suffisant car la cause fondamentale du recours à l’endettement pour croître se trouve dans l’affaiblissement dramatique de notre niveau de croissance. Ainsi, faut-il s’intéresser aux facteurs déterminants d’une relance de la croissance et des emplois. La dette et la croissance forment-elles un couple si infernal ?
 
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