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"Didier, la 5ème roue du tracteur" : L'amour est parfois dans le pré
Publié le 29 septembre 2018
Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops
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BD

Didier, la 5ème roue du tracteur
Dessins : François Ravard / Scénario : Pascal Rabaté
Editions Futuropolis
79 p.
17 €

RECOMMANDATION

EXCELLENT

THEME

Les premières pages de la BD m’ont d’abord rappelé la lecture lointaine d’un roman d’Alison Lurie, qui tirait des situations savoureuses d’une confusion diagnostique entre un cancer de l’intestin et des hémorroïdes. Si cette BD commence de la même façon, elle part très vite vers une charmante chronique de la ruralité. On suit une tranche de vie de trois agriculteurs, peut-être bretons, dans leur quotidien rocambolesque. Il y a le Didier du titre, et sa sœur Soizic, qui tiennent la ferme familiale ; et Régis, qui vient vivre chez eux, après quelques revers de fortune.

Le scénario mêle avec finesse et talent les états d’âme amoureux des trois protagonistes et le descriptif de leur quotidien paysan, fait de petits bonheurs et de grosses difficultés.

Didier essaye de casser sa solitude sentimentale grâce à un célèbre site de rencontre en ligne, avec l’aide de sa sœur et de son ami Régis, qui font des efforts désespérés pour lui créer un profil acceptable (et ce n’est pas gagné !). Ce ne sera pas de tout repos, mais très drôle.

POINTS FORTS

Depuis toujours, le scénariste, Pascal Rabaté, aime le destin des gens simples. Il a ce talent de vous attacher à eux, sans cacher leurs défauts ou leur misère, mais en évitant toujours la commisération. C’est encore le cas dans cette nouvelle œuvre, où on se prend très vite d’affection pour ce trio improbable, et pour toute une galerie de personnages qui gravitent autour, avec beaucoup de justesse et de drôlerie. Citons, pêle-mêle : Coquinette, redoutable rencontre « Meetic » de Didier ; et la description d’une foire locale- pardon, d’une fête des labours- et de ses participants (j’ai adoré le disc-jockey).

J’ai aussi aimé le dessin de Ravard, très épuré, mais très expressif. Il a une façon de donner vie au moindre de ses personnages qui m’a beaucoup plu. Il doit sûrement il y avoir une grande complicité entre les deux auteurs, car Ravard nous donne vraiment l’impression d’être dans une bande dessinée de Rabaté. Comme « les petits ruisseaux » (déjà chez Futuropolis), par exemple, une de ses œuvres précédentes, où il officiait seul.

POINTS FAIBLES

Puisqu’il faut en trouver un, il y a peut-être le risque du « déjà-vu ». Les auteurs de BD modernes sont de plus en plus attirés par ce style de chroniques douces-amères. Mais toutes n’ont pas la maîtrise affichée ici, surtout du point de vue de la conduite du scénario. Certains d’entre vous pourront aussi être refroidis par la simplicité du graphisme, qui est effectivement bien réelle. La plupart des décors sont assez sommaires et l’utilisation de teintes pastels peut sembler un peu convenu.

EN DEUX MOTS

Faites-vous plaisir, en dégustant cette BD comme un apéritif de fin d’été. Ce n’est pas la BD du siècle, mais c’est la garantie d’un moment agréable et chaleureux, et ce n’est déjà pas si mal.

Soyez attentifs aux détails, prenez le temps de découvrir, sous cette légèreté, ce qui ressemble aussi au quotidien rural de nombreux agriculteurs, qui ne doit pas être drôle tous les jours. Les auteurs n’édulcorent pas cet aspect plus dramatique de leur histoire, mais ils l’habillent avec talent de leur humour, et même d’un zeste de dérision. La façon dont ils évoquent un possible suicide de Régis, au début de l’histoire, est assez magistrale.

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

- Régis  (pendant la fête des labours): « On fait le plus beau métier du monde, et pourtant, c’est dans notre branche qu’il y a le plus de suicides ! Deux l’année dernière rien que sur le canton ! Et je parle pas des faillites ! On vend à perte… Les banques nous saignent… Les crédits nous étranglent ! Mais c’est pas grave, on continue à faire la fête !! »

- Un quidam : « et alors, merde, laisse-nous nous amuser entre deux enterrements !! »

LES AUTEURS

(biographies de BD Gest):

- Pascal Rabaté est né en 1961. Il vit à Angers. En 1989 et 1990, il publie ses premiers albums (Exode, Les Amants de Lucie et Vacances, vacances) aux Éditions Futuropolis. Entre 1992 et 1995, il entame Les Pieds dedans aux Éditions Vents d’Ouest (3 volumes parus). En 1997, il publie Un ver dans le fruit, et il s’associe avec Zamparutti le temps d’un album sur la Première Guerre mondiale, Ex voto, toujours aux Éditions Vents d’Ouest. À la lecture du roman Ibycus d’Alexei Tolstoï, il décide de l’adapter. Ce sera Ibicus, quatre volumes, totalisant quelques 500 planches qui paraîtront entre 1998 et 2001. Cette adaptation sera récompensée de nombreux prix dont l’Alph’Art du meilleur album à Angoulême et le prix Canal BD des libraires de bande dessinée. Il scénarise en parallèle des histoires pour Bibeur-Lu, Virginie Broquet et collabore avec David Prudhomme. En 2006, il revient chez Futuropolis avec Les Petits Ruisseaux et écrit La Marie en plastique avec David Prudhomme au dessin (2 volumes parus en 2006 et 2007, éditions Futuropolis). 2007 : il adapte Harry est fou de D. King Smith aux éditions Gallimard Jeunesse.

- Né dans le bocage normand en 1981, François Ravard effectue à Rennes un cycle scolaire finalisé par un Bac Scientifique. Il rentre ensuite en école d’ infographie en 2001. Quatre années passent et pour son projet de fin d’ études, il réalise une petite bande dessinée. C’ est par ce biais qu’il rencontre Loïc Dauvillier en 2004, avec qui il réalise son premier album, "Le Portrait", aux éditions Carabas en 2006.

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