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2008, 10 ans après

Pourquoi la crise des subprimes n’avait en fait pas grand chose à voir avec les subprimes

Publié le 16 septembre 2018
Voici 10 ans, la crise des subprimes connaissait son moment paroxysmique avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Mais la Grande récession a surtout été provoquée par une politique monétaire excessivement restrictive.
Scott Sumner a enseigné pendant plus de 30 ans l'économie à l'université de Bentley dans le Massachussets aux Etats-Unis. Détenteur de la Chair en politique monétaire du Mercatus Center, ses recherches se sont principalement orientées vers l'...
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Scott Sumner a enseigné pendant plus de 30 ans l'économie à l'université de Bentley dans le Massachussets aux Etats-Unis. Détenteur de la Chair en politique monétaire du Mercatus Center, ses recherches se sont principalement orientées vers l'...
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Voici 10 ans, la crise des subprimes connaissait son moment paroxysmique avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Mais la Grande récession a surtout été provoquée par une politique monétaire excessivement restrictive.

Atlantico : Voici 10 ans, la crise des subprimes connaissait son moment paroxysmique avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Pourtant, selon vous, la crise des subprimes, tout comme la chute de Lehman Brothers, ne seraient pas les causes de la récession qui s'est propagée au monde entier. Comment en êtes vous arrivé à une telle conclusion ?  

Scott Sumner : Les problèmes liés aux dettes des subprimes ont conduit à un vif ralentissement des prix de l'immobilier ; malgré cette situation, l'économie américaine à continué à croître, notamment parce que la construction immobilière représentait une faible fraction de l'ensemble du PIB du pays. Ce n'est que lorsque le PIB nominal (qui est la mesure intégrant le PIB et l'inflation) a plongé en piqué, en 2008, que l'économie est entrée en récession. De plus, la plupart des faillites de banques ont été provoquées par de mauvaises dettes octroyées aux entreprises, et non aux prêts immobiliers. Finalement, c'est la politique excessivement restrictive menée par la FED (la Banque centrale des Etats-Unis) qui est à l'origine de la chute du PIB nominal, et c'est ce qui a rendu la crise de la dette plus sévère encore. La banque Lehman Brothers a fait faillite 9 mois après le début de la récession, lorsque cette dernière était dans sa période d'aggravation. La chute de Lehman Brothers n'a été qu'un symptôme.

Dès lors, quelles sont les causes réelles de cette "grande récession" ?

La Grande Récession a été provoquée par une politique monétaire excessivement restrictive, qui a fait chuter le niveau du PIB nominal. Les grandes banques centrales ont commis des erreurs tactiques en ciblant les taux d'intérêts à un moment où le taux d'intérêt naturel était en train de chuter. Cette erreur a été commise en ne baissant pas suffisamment rapidement les taux d'intérêts en 2008, en se concentrant trop sur les chiffres de l'inflation et pas suffisamment sur la croissance nominale du PIB, et en se reposant trop largement sur une lecture à rebours des données et pas assez sur une lecture des anticipations des marchés.

Quelles sont les responsabilités européennes dans cette crise ?

La Banque centrale européenne a commis de plus grandes erreurs que la FED. En fait, elle a relevé ses taux d'intérêts en juillet 2008, comme elle l'a fait deux fois au début de l'année 2011, ce qui a déclenché une récession en 2008, et une rechute en 2011. La Banque centrale européenne était encore plus obsédée par l'inflation que la FED, et n'a pas prêté attention à la croissance nominale du PIB. Si le narratif qui fait de la crise des subprimes et de la chute de Lehman Brothers était réaliste, alors la récession aurait du être plus sévère aux Etats-Unis. Mais elle a été plus sévère en Europe, même en 2008, c’est-à-dire avant la crise grecque.

L'ancien president de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet a indiqué récemment "Il est maintenant admis que le surendettement massif des économies avancées a été un facteur essentiel dans le déclenchement de la crise financière mondiale des années 2007 et 2008". Partagez vous cette analyse ?

Il est vrai que l'aléa moral qui a été produit  par l'assurance des dépôts ou d'autres politiques publiques ont pu conduire à des niveaux de dettes excessifs. Mais cela n'aurait pas dû nous conduire à une profonde récession. Au lieu de cela, la solution aurait été de garder les gens au travail et utiliser les revenus pour rembourser ces dettes. Vous ne résolvez pas des problèmes de dette en créant du chômage de masse, vous faites en sorte que les gens se serrent la ceinture en travaillant plus et en consommant moins.

Dans les années 60, Milton Friedman et sa co-auteur Anna Schwartz (dans leur livre Une histoire monétaire des Etats-Unis) ont proposé une analyse d'une crise monétaire , qui fait consensus, concernant la Grande dépression de 1929. Est-il possible de lier ce lent processus d'analyse qui a permis de diagnostiquer ce qui était arrivé en 1929 (près de 30 ans) à ce qui se passe depuis la crise de 2008 ?

Pendant plusieurs décennies, les gens ont pensé que la politique monétaire des années 30 était expansionniste, et que la Grande Dépression avait été provoquée par l'instabilité financière. Milton Friedman et Anna Schwartz ont démontré que c'est une politique monétaire excessivement restrictive qui était la cause réelle de la Grande Dépression, et je pense que ce même type de retournement d'analyse arrivera finalement en ce qui concerne la Grande Récession de 2008. 

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