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© JORGE SILVA / POOL / AFP
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Sanctions

Qui a dit que les sanctions américaines n’avaient aucun impact sur la Russie ? Elles fonctionnent et peut être même au delà des espérances de ses auteurs

Publié le 08 août 2018
Les sanctions américaines mises en place contre la Russie, après que cette dernière ait été accusée d'ingérence ont souvent été pointées du doigt pour leur inutilité. Et pourtant, elles ont bien plus d'impact qu'on ne le croit.
François Géré
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François Géré est historien.Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à...
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Les sanctions américaines mises en place contre la Russie, après que cette dernière ait été accusée d'ingérence ont souvent été pointées du doigt pour leur inutilité. Et pourtant, elles ont bien plus d'impact qu'on ne le croit.
  1. Atlantico : Un groupe de sénateurs américains a présenté un projet de loi visant à étendre les sanctions à la Russie en représailles à l'ingérence dans les élections américaines. Jusqu'ici, l'impact de ces sanctions ne semblait pas ébranler le Kremlin. Mais un récent rapport pour le Center for European Policy Analysis indique le contraire. Les sanctions américaines nuisent-elles à l'économie russe ?

François Géré : Il existe une longue tradition de sanctions américaines à l’égard de l’Union soviétique puis de la Russie. Elles portaient traditionnellement sur les droits de l’homme et sur la liberté de l’immigration notamment pour les juifs russes.

Si les Républicains paraissent aujourd’hui en pointe sur le dossier des sanctions. Les démocrates les soutiennent ce qui permet au Congrès de disposer d’une large majorité pour imposer des sanctions. La situation s’est aggravée en raison de trois facteurs de discorde : l’ingérence russe en Ukraine, l’annexion de la Crimée et l’ingérence dans les élections présidentielles aux Etats-Unis. Sur ce dossier l’étau de l’enquête se resserre autour de Donald Trump et de ses proches. Mais on est encore très loin d’une procédure d’impeachment pour forfaiture.

Le Congrès, en avril 2018, a pris une série de nouvelles sanctions visant des oligarques russes dans le secteur énergétique, dans celui des denrées agricoles et des métaux comme l’aluminium.

Dans la mesure où ces sanctions visent des individus on a cru que l’impact était limité. En réalité elles ont touché les grandes sociétés des oligarques et provoqué des chutes spectaculaires sur la bourse de Moscou. Les transactions bancaires ont été affectées et le cours du rouble vis-à-vis du dollar a gravement chuté depuis 2017.

Trump qui n’est pas un membre de l’establishment républicain, n’a jamais été favorable à ces sanctions. Mais il n’y a pas opposé son veto qui, de toute manière, n’aurait pu être maintenu devant la résolution quasi unanime du Congrès. Cependant, au sommet d’Helsinki, le président américain a cherché la conciliation avec Poutine, allant jusqu’à désavouer l’enquête des services américains sur l’ingérence russe. Il a été très vivement critiqué pour cela par la presse et par les parlementaires et a dû se livrer à une piteuse volte-face. Mais depuis l’affaire s’est tassée. Des invitations pour des visites d’Etat ont été échangées. En dépit des sanctions, le président américain maintient le cap d’une politique personnelle avec son homologue russe.

Le rapport évoque également le fait que ces sanctions ont un impact politique qui se traduit par un affaiblissement du soutien au régime de Vladimir Poutine. Plus précisément, la situation économique du pays oblige le kremlin à adopter des mesures impopulaires (comme des augmentations de la TVA et de l'âge de la retraite). À quel point ces sanctions peuvent-elles affaiblir Vladimir Poutine ?

 

Les réformes de la fiscalité et du régime des retraites qui remonte à l’époque de Staline étaient plus que nécessaires. Leur impopularité ne coïncide pas avec les sanctions. C’est un problème plus général de redressement de l’économie russe. Celle-ci s’est améliorée depuis 2017 voisinant les 2%  de croissance même si l’on reste bien loin des performances de 6% du début de la décennie. Poutine reste un président confortablement réélu qui contrôle l’essentiel des médias et peut encore dans les débats de société infléchir l’opinion nationale. Souvent les chaînes officielles russes attribuent les difficultés économiques aux sanctions même s’ils en dénient l’efficacité. On n’est pas à une contradiction près.

  1. Dès lors, quels pourraient être les effets de nouvelles sanctions si elles venaient à être étendues ?

L’aggravation des sanctions pourrait ramener l’économie russe vers la stagnation. Mais Poutine n’a pas la même conception que les Occidentaux de la relation entre politique étrangère et économie. La Russie conserve une structure commerciale rudimentaire fondée sur quelques produits qui rapportent gros. Elle peut se permettre de réduire ses importations de produits alimentaires et de haute technologie, notamment dans le domaine militaire. La Crimée ne redeviendra pas sous souveraineté légitime de l’Ukraine. Moscou ne ralentira pas son soutien à Assad en Syrie même si cela coûte cher et ne rapportera pas grand-chose dans l’immédiat. Poutine peut également compter sur le réflexe nationaliste russe pour conserver un soutien politique populaire. Si l’économie va moins bien c’est le prix à payer et tant pis pour la conjoncture tant qu’il y a des revenus énergétiques substantiels et d’énormes contrats de long terme avec la Chine avide de toutes les matières premières russes. De ce point de vue, les sanctions américaines qui vont réduire la part des exportations de l’Iran sur le marché international sont plutôt positives.

Pour mordre sérieusement, les sanctions américaines devraient être massives ce qui sera difficile à réaliser pour deux raisons.

D’abord, Trump cherchera à diviser le Congrès et à morceler les sanctions en une série de petits pas aux effets limités.

Ensuite, il n’existe pas d’unanimité internationale sur la nature des sanctions.

Trump, à la veille du sommet de l’OTAN à Bruxelles a rudement critiqué ce qu’il a appelé la soumission allemande à l’égard du gaz russe. De fait, en pesant sur le commerce gazier russe, les sanctions peuvent compromettre le grand projet Northern 2 auquel Berlin tient beaucoup et que défend contre les Etats-Unis la Commission européenne. Chaque Etat membre de l’UE conserve ses intérêts particuliers par rapport à la Russie et calibre les sanctions en fonction. De surcroît, en France, en Allemagne et en Italie, Moscou a su développer de puissants groupes d’influence dont l’action vise à réduire le plus possible les sanctions.

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