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La crise agricole expliquée par la fin du volailler Doux

Publié le 29 juillet 2018
Doux, à l’origine un groupe agroalimentaire familial breton, est devenu un géant de la volaille, en France, mais aussi avec des extensions au Brésil ou en d’autres lieux du monde. Il a grossi jusqu’à compter 13 000 salariés, avant de couler, définitivement, il y a quelques semaines. L’analyse de cet échec conduit aussi à comprendre une partie des maux de l’aval, la production (en l’occurrence avicole).
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Doux, à l’origine un groupe agroalimentaire familial breton, est devenu un géant de la volaille, en France, mais aussi avec des extensions au Brésil ou en d’autres lieux du monde. Il a grossi jusqu’à compter 13 000 salariés, avant de couler, définitivement, il y a quelques semaines. L’analyse de cet échec conduit aussi à comprendre une partie des maux de l’aval, la production (en l’occurrence avicole).

WikiAgri a diffusé cette semaine une tribune signée Nadine Hourmant, ex déléguée syndicale  FO du groupe Doux. Cette ouvrière de la filière avicole y décrit tous les épisodes de la chute du plus grand groupe volailler en France, met en avant le triste sort réservé aux salariés « historiques », peu considérés tant en termes de salaires que de risque de mise au chômage, salariés qu’elle a accompagnés en faisant son job de déléguée syndicale. N’ayant pas sa langue dans sa poche, cette femme, qui avait fait partie des créateurs du mouvement contestataire des Bonnets Rouges, et dont la célébrité a dépassé le cadre des articles de Ouest-France ou du Télégramme, et donc de la Bretagne, le jour où le Président de la République François Hollande refusa de lui répondre en direct sur un plateau télé, réclame justice, car elle estime que les (ex) salariés du groupe Doux sont les victimes d’une gestion désastreuse...

Personnellement, j’aimerais aller au-delà, et ajouter mon analyse à la sienne. Lorsque Nadine Hourmant constate que Doux a « bénéficié d’un milliard d’aides européennes jusqu’en 2013 » pour finalement ne pas respecter ses engagements, ce n’est pas seulement un groupe agroalimentaire qui est concerné, mais l’ensemble de notre société, et en particulier tout notre secteur agricole. Car ce milliard, il sort bien de quelque part, de la poche du contribuable. Et s’il n’a que fort partiellement servi aux traitements des salariés (mal payés selon la déléguée syndicale), il n’a pas non plus alimenté les producteurs avicoles qui, au contraire, ont dû, pour la plupart, s’endetter pour s’équiper en fonction de la demande... Pour finalement voir l’entreprise demanderesse arrêter tout.

Une filière agricole française forte, devenue bancale

On touche là l’un des drames de l’agriculture actuelle. Il existe de l’argent pour le développement, il existe de la solidarité nationale (et même européenne en l’occurrence) lorsque le besoin s’en fait sentir, mais les fonds ainsi distribués ne viennent en définitive qu’enrichir de mauvais gestionnaires, oubliant les cibles visées initialement, sans objectifs clairs ni contrôle a posteriori.

Selon Nadine Hourmant (et je pense qu’elle a bien analysé la situation), compte tenu des restructurations et autres ventilations dans d’autres groupes (coopératifs) après la fin de Doux, les producteurs n’ont le choix qu’entre poursuivre des investissements coûteux et incertains, ou abandonner... J’ajoute, pour avoir reçu quelques témoignages, qu’il leur est le plus souvent proposé d’équiper leurs bâtiments en photovoltaïque pour dégager un revenu issu de l’énergie solaire en plus de celui de la production avicole. En soi, c’est plutôt bien vu étant données les fluctuations de cours. Mais cela signifie aussi des investissements encore plus lourds... Donc un endettement plus fort, des banques encore plus réticentes, des risques exacerbés et sur le long terme, une rentabilité repoussée... En d’autres termes, ce n’est pas à la portée de tout le monde, et celles ou ceux qui y vont quand même doivent, au-delà de leur engagement fort, croiser les doigts pour éviter tout imprévu.

Un grand danger pour les consommateurs

Le citoyen lambda est concerné à plusieurs chefs. Il est, je l’ai mentionné plus haut, contribuable, et donc en droit d’espérer que l’argent de ses impôts est convenablement utilisé. Il est également consommateur. La viande de poulet est la plus consommée en France, et représente un quart des achats de viande. À ce titre, il est en droit d’espérer une production française de qualité. En 2018, signale Nadine Hourmant, une volaille sur deux consommée en France est importée, depuis des pays qui n’observent pas les mêmes règles sociales pour les salariés, ni les mêmes règles sanitaires. Le maintien d’une production française de qualité parait donc cruciale, pour toute la chaine : les producteurs, tous ceux qui vivent de la production, et in fine les consommateurs.

Aujourd’hui pourtant, on s’éloigne clairement de ce schéma. Avec des conséquences induites, entre autres exemples : comment reprocher à nos céréaliers de viser de manière prépondérante l’export lorsqu’un marché interne (nourrir les granivores que sont les volailles) s’estompe petit à petit ? Derrière, c’est tout un système qui bascule.

Et la volaille n’est, malheureusement, qu’un des exemples des dysfonctionnements de la chaine placée entre le producteur agricole et le consommateur. La valeur ajoutée à partager, mais aussi les aides à obtenir en sachant la jouer fine dans l’établissement de dossiers, attirent bien des chalands. Sans généraliser non plus (heureusement, le système coopératif agricole est globalement plutôt bien tenu), cette partie essentielle de la chaine, entre le producteur et le consommateur, mérite pour le moins un coup de projecteur. Car sinon, des filières entières vont ralentir grandement leurs productions, ce qui signifie moins de producteurs, moins de salariés (et plus de problèmes sociaux), moins de territoire entretenu par les uns ou les autres, moins de sécurité sanitaire pour les consommateurs...

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