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"Thierrée / Shechter / Pérez / Pite" : éclectisme, talent, puissance et beauté
Publié le 30 mai 2018
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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BALLETS
 
« THIERRÉE, SHECHTER, PEREZ, PITE »
 
PAR LE  BALLET DE L’OPERA DE PARIS
 
 
 
 
 
INFORMATIONS
 
OPERA DE PARIS
 
PLACE DE L’OPERA
 
75009 PARIS
 
Tel O892 89 90 90
 
 
Jusqu’au 8 juin 
 
 
 
 
 
RECOMMANDATION :  EN PRIORITÉ
 
           
 
 
THEMES
 
Avec quatre chorégraphes  différents, dont les seuls points communs sont  une créativité exceptionnelle et un sens de l’esthétique hors pair, voilà une soirée placée sous le signe de l’éclectisme:
 
- C’est James Thierrée qui ouvre le bal,  avec  Frôlons, une création qui s’inspire de La Métamorphose de Kafka. Visages grillagés, corps costumés de noir et or qui évoque sans équivoque  cafards et autres hannetons,  ses  cinquante-sept danseurs, surgis d’on ne sait où, investissent  les espaces publics du Palais Garnier (dont le Grand Foyer et le grand escalier)  pour  venir frôler leurs 2000 spectateurs au cours de déambulations à la fois spectaculaires, inattendues, déstabilisantes, amusantes mais un peu oppressantes aussi; sans aucun précédent.
 
- L’Israélien Hofez Shechter prend la suite avec The Art of Not Looking Back une chorégraphie très guerrière, très nerveuse,  écrite pour neuf danseuses qui l’interprètent avec une énergie impressionnante.
 
- Changement de registre avec The Male Dancer d’Ivañ Pérez. Composée pour un groupe de dix danseurs costumés en femmes, la pièce s’interroge, avec un lyrisme (hélas) trop appuyé, sur la représentation de la masculinité dans la danse.
 
- Et pour finir, The Seasons’Canon de Crystal Pite.  Ecrit sur une version  des Quatre Saisons  de Vivaldi recomposée par Max Richter, ce ballet, créé en 2016 pour cinquante-quatre danseurs, hommes et femmes à parité égale, va soulever la salle, la mettre debout. Il y a de quoi. Sa force est tellurique.  Evoquant  la renaissance, demandant aux danseurs une coordination parfaite, une précision impitoyable et un engagement sans retenue, il est visuellement époustouflant.  On songe au  Sacre du Printemps de Maurice Béjart, à celui de Pina Bausch aussi; mais en même temps, c’est une œuvre totalement novatrice.   
 
 
 
 
 POINTS FORTS 
 
-Pour qui a un esprit curieux et ouvert, une soirée comme celle-là est une aubaine, qui permet de plonger  dans quatre univers stylistiques différents.
 
-Pour qui aime l’équité, ce programme est irréprochable, qui ouvre et ferme par des chorégraphies mixtes, et en son centre, dédie une pièce aux femmes et une autre aux hommes.
 
-Pour qui veut vérifier l’excellence de l’état de santé de la troupe de l’Opéra de Paris, ce spectacle est parfait, qui convoque cent vingt-huit interprètes sur les cent cinquante quatre  qui composent la Compagnie. Dans l’histoire de cette dernière, c’est, sans doute, sans précédent .
 
 
 
POINTS FAIBLES 
 
On aurait aimé qu’à l’instar de James Thierrée et Hofesh Shechter, Ivan Perez, réussisse brillamment aussi  son entrée à Garnier. Hélas le Male Dancer  de ce chorégraphe espagnol pourtant très doué et  qui fit merveille au Nederlands Dans Theater ne convainc pas . D’une gestuelle assez pauvre et répétitive, sa pièce, qui débute pourtant bien, tourne en rond. Dommage ! On attendait plus d’un ballet annoncé comme étant une réflexion sur la masculinité des danseurs.
 
 
 
 
EN DEUX MOTS 
 
 Proposer  à quatre chorégraphes contemporains d’univers  très différents   de se partager la scène du Palais  Garnier l’espace d’une  soirée… Quelle riche idée d’Aurélie Dupont ! Elle permet de se rendre compte (une fois encore) de la vitalité de la  troupe et de sa capacité aussi, à absorber et restituer tous les styles. Son énergie et la  perfection de son interprétation appellent tous les dithyrambes. D’ailleurs la soirée, qui dure trois heures d’horloge (passant à la vitesse de l’éclair) se clôt immanquablement par une « standing ovation » de plusieurs minutes. Il faut dire que c’est  The Seasons’Canon de Crystal Pite qui ferme le ban, et,  que  comme  ballet déclencheur d’adrénaline, on a rarement fait plus efficace.
 
 
 
UN EXTRAIT
 
« Pour James Thierrée, la danse représente le premier geste abstrait de l’humanité…Donnant une place centrale au rythme, Hofesh Shechter explore le pouvoir créatif de la conscience libre dans ses rapports au collectif…Ivan Perez s’intéresse, quant à lui, à la dimension animale de l’individu…Enfin, Crystal Pite, enfant des grands espaces canadiens, dit sa fascination pour la nature et sa complexité ». (Agathe Dumont, chercheuse)
 
 
 
LES CHORÉGRAPHES 
 
 
 
- IVÀN PEREZ
 
Né en Espagne en 1983, Ivàn Perez commence sa carrière de danseur au sein de la compagnie IT Dansa et du Nederlands Dans Theater. Mais dès l’âge de 19 ans, il engage parallèlement  un parcours de chorégraphe, qui lui vaudra de multiples récompenses. Ses collaborations en freelance avec de nombreuses compagnies internationales comme le Ballet National de Cuba  ou la Compañia Nacional  de Danza n’empêchent pas ce créateur infatigable de fonder, en 2016 aux Pays-Bas,  INNE, sa propre compagnie. A la rentrée prochaine, Ivàn Perez sera le nouveau directeur  artistique du Dance Theatre Heidelberg au sein du Theater und Orchester Heidelberg.
 
 
 
- CRYSTAL PITE
 
Appartenant aujourd’hui à la compagnie du Ballet British Columbia et du Ballet de Francfort, Crystal Pite, née en 1970 à Terrace au Canada,  a fait ses débuts de chorégraphe en 1990 au Ballet British Columbia. Depuis, elle a créé plus de quarante pièces pour de nombreuses compagnies dont le Nederlands Dans Theater. Elle dirige en plus sa propre compagnie, Kidd Pivot, qu’elle a créée en 2002 à Vancouver, et avec laquelle elle propose des créations interdisciplinaires et tourne dans le monde entier. Ses chorégraphies mettent souvent le public debout.
 
 
 
- HOFESH SHECHTER
 
Né en 1975 à Jérusalem, Hofesh Shechter a d’abord été formé à la danse folklorique avant d’intégrer, comme interprète, la Batsheva Dance Company, puis de s’installer  à Londres en 2002 où il entame avec Fragments une carrière de chorégraphe. En 2008, il fonde au Brighton Dome sa propre compagnie, la Hofesh Shechter Company avec laquelle il présente en tournées mondiales ses nombreuses créations, dont, en 2017 à la Villette, un mémorable Grand Finale. Cela ne l’empêche pas de travailler comme artiste invité avec de nombreuses compagnies de danse internationales. Considéré comme l’un des chorégraphes les plus doués de sa génération, Hofesh Shechter a choisi de dédier aux femmes sa première pièce pour l’Opéra de Paris.
 
 
 
- JAMES THIERRÉE
 
Né le 2 mai 1974 à Lausanne, James Thierrée, petit fils de Charlie Chaplin,  est l’un des artistes les plus singuliers et les plus complets de sa génération, puisqu’il est à la fois comédien, metteur en scène, acrobate, chorégraphe, danseur, musicien et, accessoirement, créateur de costumes. 
 
Il a grandi dans l’univers du cirque. C’est  à l’âge de 4 ans qu’il fait ses débuts sur la piste du Cirque Bonjour, cela, avant de participer, jusqu’en 1994, aux spectacles du Cirque Invisible,  créé par ses parents, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin. 
 
En 1998, il fonde la Compagnie du Hanneton. Son premier spectacle, La Symphonie du Hanneton remportera en 2006 trois Molière dont celui du théâtre public.  Ses pièces suivantes tourneront à travers le monde avec un succès jamais démenti. De temps à autre, ce créateur hors du commun fait des incursions au cinéma. En 2017 son interprétation du  rôle titre  de Chocolat lui vaudra un César.
 
Il s’était déjà produit à l’Opéra de Paris, en 2000, dans la Chauve Souris de Johann Strauss mise en scène par Coline Serreau. C’est la première fois, en ce mois de mai 2018, qu’il y présente une création.
 
 
 
 
 
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