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Tribune assassine
154 économistes allemands signent une tribune contre la réforme de la zone euro souhaitée par la France. Et plombent l’Union
Publié le 23 mai 2018
Signée par 154 économistes allemands, une tribune publiée dans le Frankfurter Algemeine Zeitung appelle au refus des propositions de réformes de la zone euro du chef d'Etat français. Pour quel impact sur la société allemande ?
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Signée par 154 économistes allemands, une tribune publiée dans le Frankfurter Algemeine Zeitung appelle au refus des propositions de réformes de la zone euro du chef d'Etat français. Pour quel impact sur la société allemande ?

Dans une tribune publiée par le "FAZ" (Frankfurter Algemeine Zeitung), 154 économistes allemands semblent appeler au refus des propositions de réformes de la zone euro formulées par Emmanuel Macron, notamment en insistant sur l'idée de responsabilité. Quel est le contenu réel de l'opposition ici formulée ? Comment mesurer l'audience d'un tel point de vue dans la société allemande ? 

154 Professeurs d’université, ce qui est une forte charge technique et symbolique en Allemagne, s’opposent en effet aux propositions d’Emmanuel Macron et aussi de Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, en faveur d’une union bancaire. Ceci veut dire, dans leur esprit, le refus du partage des responsabilités bancaires dans la zone, après l’union monétaire, autrement dit de la réassurance en cas de crise.

C’est toujours la même idée : chacun doit être maître chez lui, donc responsable chez lui, sauf crise majeure et extérieure, comme dans le cas de la crise des subprimes qui crée un choc systémique et asymétrique. Chaque pays doit donc gérer au mieux ses comptes et son budget, comme « la maîtresse de maison souabe », qui gère sans déficit et sans dette, pour citer Angela Merkel et plus encore Wolfgang Schäuble.

Pour eux, et pour les Allemands, ces références sont en partie religieuses : la dette (die Schuld) est le pêché (der Sünde), et tout autant historiques. Après l’hyperinflation qui mène au nazisme et à la guerre, c’est la ruine.  En effet, après l'hyperinflation de 1923, la réforme monétaire de 1948 annule pratiquement, pour les Allemands, ce qui leur reste de patrimoine, avec un taux de change de 1 Deutsche Mark pour 10 Reichsmark.

Depuis ces années, l'inflation est la première peur des Allemands, et la source de cette inflation est le déficit. Le déficit est ainsi la conséquence d’une attitude individuellement irresponsable, donc la « coresponsabilité » ne corrige rien. Elle est au contraire un encouragement (des pays latins) à la dette, autrement dit à la faute, par ceux qui n’ont pas de dette, donc ne sont pas en faute (les pays luthériens) ! Nous retrouvons, au-delà d’une analyse dite économique, des références religieuses, historiques, politiques et sociales qui portent donc beaucoup en Allemagne.

Au regard des signataires de cette tribune, comment évaluer l'influence d'un tel courant de pensée sur le gouvernement Merkel IV ? Dès lors, comment anticiper la suite de la négociation, notamment en anticipant le prochain conseil européen qui se déroulera en ce mois de juin, et qui est attendu comme décisif sur ces questions ? 

Le problème économique de cette théorie, la responsabilité de chaque pays qui vient de l’ordo-libéralisme, est qu’il n’est pas adapté à une union monétaire ! L’ordo-libéralisme allemand, combinaison du libéralisme et des règles à respecter, autrement dit de la liberté et de la responsabilité, renvoie à la doctrine sociale de l’église, mais aussi à une société médiévale de bourgs prospères et indépendants, autrement dit responsables.

L’ordo-libéralisme a permis la renaissance allemande après la guerre, on comprend son aura ! Mais mettre en commun une monnaie n’est pas partager des frais dans une copropriété, en demandant aux colocataires d’être co-responsables, tout « simplement » parce que la monnaie unique change la réalité économique ! Supprimant en effet la possibilité de la dévaluation d’une monnaie à la suite de ses déficits et de ses dettes, donc de son manque de responsabilité, elle la contraint au sérieux, et son pays avec. Mais, en même temps, puisque le risque de change (de dévaluation) disparaît, l’avantage est net à la grande entreprise d’étendre ses unités et de vendre hors de son territoire d’origine. Ses coûts baissent, sa compétitivité croît, sa part de marché augmente. La réponse théorique des autres pays (plus petits) est le sérieux salarial, la montée des marges, l’investissement et la concentration, avec un état qui réduira les impôts et charges et soutiendra la compétitivité. Autrement dit, face à une Allemagne qui étend ses grosses PME, la France doit redoubler de modération salariale et d’efficacité publique, en renforçant ses ETI ! Et les plus petits pays doivent se spécialiser, vers le tourisme au sud par exemple (en évitant les bulles immobilières) ! L’Italie, au milieu des gammes et des tailles productives, doit faire des choix plus dramatiques encore. Pas facile, imparable.

L’ordolibéralisme est donc une théorie et une pratique de la gestion nationale incompatible avec la dynamique monétaire et réelle de la monnaie unique. Cette monnaie unique donne un avantage au meilleur et implique qu’il doit aider les autres (pays, régions, secteurs) sauf à voir se creuser les écarts, jusqu’à l’éclatement. Toute union monétaire est une union de transferts, même dans un état fédéral, avec la mise en place de systèmes d’incitation et de surveillance (responsabilité) et d’avantages à la clef.

Dans le cadre bancaire, il faut ainsi des banques plus importantes et plus européennes, faisant des crédits dans divers pays (pour les soutenir et répartir leurs risques) avec une garantie qui ne peut être celle d’un seul pays. C’est bien pourquoi l’union bancaire, liée à des surveillances centralisées et homogènes (stress tests), est devenue l’autre responsabilité de la BCE. A côté de la stabilité monétaire, contre l’inflation, elle est en charge de la stabilité financière, la qualité des banques et des marchés.

Si un tel point de vue est largement partagé dans la société allemande, n'y-a-t-il pas également, et encore une fois, un risque de voir l'Europe perçue comme étant anti-démocratique du point de vue des électeurs allemands ? Le risque politique d'une avancée d'Angela Merkel n'est-il pas trop important pour se lancer dans un tel projet, et ce, dans un contexte ou FDP et AFD pourraient tirer profit d'une telle opération ? 

Antidémocratique, pour le peuple allemand, mais en fonction de sa représentation de la démocratie, autrement dit de la souveraineté. La monnaie unique introduit en fait une autre souveraineté, partagée. En ces termes, un ordolibéralisme élargi à la zone euro pourrait comprendre que la responsabilité de chacun est d’aider l’ensemble, de soutenir en fait la subsidiarité. Le minimum serait ainsi de comprendre que l’Allemagne exporte d’autant mieux ses autos que l’euro-allemand est faible, d’au moins 20%, l’euro-italien fort de 20% et l’euro français de 10% ! Bien sûr, ces vérités sont dures à entendre au moment même où le Président de la Buba veut succéder à Draghi, et où le président italien Sergio Matarella accepte la nomination comme Premier ministre de Guiseppe Conte, issu de l’union populiste-eurosceptique du M5S et de la Ligue !

Ce risque italien dépasse les « anciens » risques grecs, portugais et espagnols, ce qui implique d’avancer, pour Angela Merkel, Emmanuel Macron et autres. A s’occuper seulement de sa maison (irlandaise, maltaise ou luxembourgeoise), on oublie l’immeuble ! Les marchés financiers, enfin, viennent de se réveiller. Les professeurs vont-ils changer, ou se dire que leur théorie pré-monétaire (et médiévale) est décidément la bonne ? C’est aux politiques, et aux entreprises, de prendre la parole, maintenant, et aux autres Professeurs de parler !

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Pharamond
- 24/05/2018 - 16:18
Depuis trente ans...
C'est l'opinion d'économistes.C'est le politique qui décide(par comparaison:Borloo,l'expert qui présente un plan,mais c'est Macron le politique qui a décidé de ne pas l'appliquer). L'image que projette la France depuis 30 ans n'est pas positive;elle tient à deux chiffres:PIB 2017 2283.6 milliards d'euros courants/Dette publique:2226.1 milliards d'Euros.On comprend les réticences allemandes.Ce pays est shooté à l'emprunt et la dette. Pas beaucoup d'espace pour l'investissement d'autant que avec seulement 1% de la population mondiale,la France est le plus grand dispensateur au monde,de revenus sociaux (15% du total mondial). On va où avec ça?
paul.emiste@chello.at
- 24/05/2018 - 11:16
Vielen Danke!!!
La responsabilité individuelle vient avant la solidarité, autrement c'est du suicide économique.
kelenborn
- 24/05/2018 - 11:11
ajm
Je vous aime bien parce que vous ne racontez pas de conneries: cela remonte le niveau mais j'ai du mal à voir la cohérence entre ce que vous écrivez à 17 12 et à 17 33 !!!! Mais j'ai peut être mal lu !