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Bienvenue dans notre univers aseptisé... Ne pas avoir été suffisamment exposé aux germes & microbes cause certains cancers chez les enfants

Publié le 23 mai 2018
Notre vie moderne exempte de germes serait la cause d'un type de cancer chez les enfants, la leucémie lymphoblastique aiguë (qui touche un enfant sur 2 000). Selon le professeur Mel Greaves, de l'Institut de recherche sur le cancer, le système immunitaire peut devenir cancéreux s'il ne «voit» pas assez de bactéries au début de la vie.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Stéphane Gayet
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Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Notre vie moderne exempte de germes serait la cause d'un type de cancer chez les enfants, la leucémie lymphoblastique aiguë (qui touche un enfant sur 2 000). Selon le professeur Mel Greaves, de l'Institut de recherche sur le cancer, le système immunitaire peut devenir cancéreux s'il ne «voit» pas assez de bactéries au début de la vie.

Atlantico : Un manque d'exposition aux microbes dans la première année de la vie ne parvient visiblement pas à apprendre au système immunitaire à faire face aux menaces correctement. Quels peuvent être ces menaces qu'évoque le professeur Mel Greaves ? Les progrès réalisés en matière de lutte contre les bactéries dans notre corps avec les antibiotiques et dans notre environnement avec les désinfectants n’ont-ils pas des conséquences fâcheuses ?

Stéphane Gayet : Le terme « microbe » fait déjà problème. C’est un mot dont l’acception est floue et qui est toujours perçu de façon négative. Le principal fabricant français de produits désinfectants à usage sanitaire avait conçu ainsi un slogan publicitaire au début du XIXe siècle : « Le microbe : voilà l’ennemi. » Il figurait sur des affichettes où l’on voyait des personnes - parmi lesquelles un agent de l’état - déverser du désinfectant dans l’environnement, afin d’éradiquer les « microbes » de la peste, du choléra, du charbon, du typhus et de la tuberculose. Cette affichette a semble-t-il été largement diffusée et on la trouve encore sur certains sites internet. Ce visuel et sa formule sont significatifs de la perception des « microbes » par une immense majorité de la population, perception erronée.

La première chose à faire serait déjà de ne plus employer le terme « microbe ». Dans le dictionnaire de référence « Le Grand Robert », il est indiqué que microbe signifie « micro-organisme ». Or, les micro-organismes ou organismes invisibles à l’œil nu comprennent, des plus simples aux plus complexes, les prions, les virus, les bactéries, les champignons microscopiques et les parasites microscopiques. Pas moins de cinq grandes catégories. En fait, dans le langage courant, le mot « microbe » est employé à la place de « virus et bactéries », plus exactement de « virus et bactéries pathogènes. » Les virus ne sont pas de organismes vivants : ils ne se multiplient pas et s’inactivent plus ou moins rapidement dans l’environnement selon les conditions physiques et chimiques. Mais le sujet qui nous occupe ici est constitué des bactéries. Il serait donc bien de ne plus parler de « microbes », mais uniquement de « virus » et de « bactéries ».

Une bactérie est un être vivant - contrairement à un virus - qui est constitué d’une unique cellule et ne comporte qu’un unique chromosome (génome bactérien). La bactérie se nourrit, respire, grossit un peu, se montre parfois mobile – cela dépend de l’espèce -, se reproduit et finit bien sûr par mourir. Elle a un métabolisme. La bactérie est la forme la plus abondante de vie sur terre, au moins en nombre d’individus, mais peut-être aussi en volume et en masse. C’est naturellement aussi la forme la plus simple de vie.

La biodiversité bactérienne est époustouflante. On avait identifié 2500 espèces de bactéries en 1980 ; on en a identifié 7300 aujourd'hui. Mais on estime le nombre total d'espèces bactériennes dans une fourchette comprise entre 600 000 et 6 milliards. C’est peut-être même beaucoup plus. Toujours est-il qu’un seul prélèvement de 30 grammes de sol contient 2000 types de communautés bactériennes (colonies) différentes et 50 000 individus bactériens différents. Pourquoi cette distinction entre communautés ou colonies bactériennes et individus bactériens ? Parce que les bactéries se reproduisent essentiellement par clonage (scissiparité) et forment donc des colonies ou clones d’individus tous identiques.

Et qu’en est-il des maladies infectieuses humaines d’origine bactérienne ? Parmi l’immensité du monde bactérien, seul un très petit nombre d’espèces bactériennes est pathogène pour l’homme. Il n’est pas exagéré de dire que chez les bactéries, la non pathogénicité est la règle, la pathogénicité l’exception. Le nombre total d’espèces bactériennes connues comme (potentiellement) pathogènes pour l’homme est inférieur à 100. En d’autres termes, il faut cesser de considérer les bactéries comme des ennemis. C’est d’autant plus vrai que, non seulement l’immense majorité des espèces bactériennes n’est pas pathogène pour l’homme, mais qui plus est un très grand nombre d’entre elles est bénéfique et même parfois indispensable au corps humain. Dans notre intestin, nous avons en permanence entre un et deux kilogrammes de bactéries qui constituent notre microbiote intestinal, que l’on considère aujourd’hui comme un organe supplémentaire. Car ces bactéries participent à la transformation des aliments en nutriments, sécrètent des substances qui diffusent dans notre corps et s’y comportent comme des médiateurs chimiques : elles interagissent de cette façon avec nos glandes et même notre cerveau : notre psychisme et notre comportement.

Notre système immunitaire est complexe et diffus. Son rôle essentiel est de nous protéger et nous défendre face aux agressions venant de l’extérieur, essentiellement celles qui sont le fait d’agents infectieux. Précisons que l’adjectif « microbien » reste nécessaire, car il n’existe pas d’autre adjectif correspondant au terme « micro-organisme ». Notre système immunitaire est comme notre cerveau : il est à notre naissance presque non fonctionnel, il doit se développer, devenir mature et il a tout à apprendre. Or, de la même façon que notre cerveau apprend à partir des messages qu’il reçoit, notre système immunitaire apprend à partir des informations qui lui parviennent. Étant donné que le rôle de notre système immunitaire est de s’armer contre les agents microbiens, il reçoit l’essentiel de ses informations de la part des agents microbiens, qu’ils soient pathogènes ou non pathogènes. Il est donc essentiel pour son avenir immunitaire qu’un enfant en bas âge soit au contact d’un grand nombre de bactéries. Il ne faut pas en avoir peur : les bactéries de l’environnement (sol, végétaux, eau) sont essentiellement non pathogènes ; les bactéries potentiellement pathogènes viennent surtout des autres personnes et de la nourriture d’origine animale (animaux d’élevage).

Si notre corps est privé du contact avec les bactéries environnementales, notre système immunitaire ne se développera pas normalement et n’accèdera pas au niveau de compétence auquel il aurait dû accéder. C’est un comportement névrotique que celui qui consiste à empêcher les enfants d’être en contact avec le sol, la terre, les plantes et les animaux. On les met ainsi en danger pour l’avenir, on fait le contraire de les protéger. Les messages publicitaires des entreprises qui fabriquent des désinfectants ont remarquablement bien impressionné les esprits. Une leucémie lymphoblastique aiguë se développe à partir de lymphoblastes, c’est-à-dire de cellules mères des lymphocytes. Les lymphocytes sont les sous-officiers du système immunitaire. S’ils ne sont pas bien instruits, ils ne sont pas compétents. S’ils sont incompétents, ils commettent des omissions et des erreurs. Un cancer quel qu’il soit commence par une cellule qui devient anormale et se divise. Cela arrive souvent, en réalité. Mais si le système immunitaire est compétent et opérationnel, il élimine cette cellule anormale et le cancer s’arrête dans l’œuf. Si en revanche il est incompétent et non opérationnel, il ne la reconnaît pas comme dangereuse et la laisse évoluer. Or, les microbiotes – surtout le microbiote intestinal - de notre corps sont indispensables à la maturation de notre système immunitaire. Priver un enfant en bas âge des contacts avec les bactéries environnementales, c’est le contraire de le protéger, c’est le mettre en danger. L’hygiène n’est pas la propreté, c’est un ensemble de méthodes et de techniques qui visent à préserver la santé. En l’occurrence, l’hygiène consiste à laisser les enfants jouer avec de la terre. Les personnes qui parlent « d’excès d’hygiène » font un contre-sens fort dommageable : elles confondent dangereusement hygiène et propreté, ce qui est naïf et lamentable.

Hélas, beaucoup d’entre nous restent persuadés que les bactéries sont nos ennemis, alors qu’elles sont nos amies. Toujours est-il que nos corps sont imprégnés d’antibiotiques – déjà par l’alimentation carnée qui en contient, y compris les poissons d’élevage – et que nos domiciles sont imprégnés de désinfectants. Il est grand temps d’arrêter de désinfecter nos domiciles : c’est le contraire de l’hygiène, c’est de l’intoxication chimique dangereuse à moyen et long terme. L’être humain, obsédé par les bactéries, se tue à petit feu avec des désinfectants utilisés tous azimuts et se prive ainsi dangereusement d’une source prodigieuse d’informations utiles à son système immunitaire : laissez donc les enfants lécher le sol, il ne contient ni vibrion cholérique, ni salmonelle, ni bacille de la peste, ni bacille tuberculeux… Ce n’est pas en agissant de façon névrotique que l’on fait une gestion des risques efficace.

Quels peuvent être les autres risques pour les enfants (en dehors de ce cas de leucémie lymphoblastique) de vivre dans un monde trop "désinfecté" ?

Plusieurs études menées dans divers pays ont bien montré que le fait pour un enfant de grandir dans un milieu appauvri en bactéries – comme un appartement en ville, soigneusement nettoyé et régulièrement désinfecté – augmentait chez lui de façon très significative de risque de développer plus tard des allergies invalidantes, telles que la rhinite allergique et l’asthme allergique.

Ces enfants au microbiote intestinal pauvre sont plus fragiles que les autres. Ils seraient également plus enclins aux troubles digestifs et à l’obésité. Une prédisposition à d’autres cancers que la leucémie lymphoblastique aiguë est probable, mais il y a tellement de facteurs qui interviennent qu’il est difficile d’en incriminer un avec certitude. Ce que l’on sait aujourd’hui, ce que l’on peut affirmer sans se tromper, c’est que plus le microbiote intestinal est abondant et diversifié et plus il contribue à notre bonne santé. Par ailleurs, il ne faut surtout pas perdre de vue le fait que, outre l’appauvrissement environnemental en bactéries qu’elle provoque, la désinfection de nos domiciles (sols, éviers, paillasses, sanitaires…) contribue largement à nous intoxiquer en raison de la multiplicité et de la dangerosité des constituants des solutions désinfectantes modernes. « Le désinfectant : voilà l’ennemi. » Sans parler du formol relargué par les meubles modernes neufs et les revêtements de sol et de murs modernes neufs.

S'il ne s'agit pas seulement d'embrasser la saleté, comment faire pour entrer en contact avec des bons profils de bactéries ?

Les enfants qui ont grandi et séjourné longtemps à la campagne et surtout dans une ferme au contact d’animaux ont une meilleure santé que les autres. Surtout, ils développent beaucoup moins d’allergies, mais paraissent également moins sensibles aux infections virales saisonnières.

Le contact avec les animaux semble utile à la santé, tant sur le plan psychique que microbien. Le contact avec la terre et les végétaux aussi. Les promenades en forêt – attention aux tiques ! – sont une autre occasion d’enrichir son microbiote intestinal ; mais n’y utilisons pas de lingettes désinfectantes ni de produit hydro alcoolique à la première occasion. La consommation de baies sauvages – attention à l’échinococcose alvéolaire : éviter celles qui sont près du sol – en est une autre occasion. Toutes les activités de plein air qui nous mettent au contact direct avec la faune et la flore (sauvages) sont des occasions d’enrichir notre microbiote intestinal : pêche à la ligne, cueillette et consommation de baies sauvages et de champignons, équitation en forêt, escalade, spéléologie, fouilles archéologiques, nage en étang, construction de cabanes… Inutile d’insister sur l’immense intérêt du scoutisme.

Il ne faut pas trop attendre des yaourts et autres probiotiques ou prébiotiques : il ne s’agit que de bactéries d’usine. Au risque de répugner certaines personnes, il faut dire que l’on effectue aujourd’hui des transplantations fécales chez des personnes souffrant de maladie chronique inflammatoire de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique…) : il s’agit pour elles d’ingérer des gélules contenant des matières fécales lyophilisées, provenant d’individus sains qui ont un excellent microbiote digestif.

Le professeur Mel Greaves met en avant une idée : donner aux enfants un cocktail sûr de bactéries. Un peu à la manière d'une boisson. Cette idée vous semble-t-elle réaliste ?

C’est une bonne idée en effet. Mais c’est quand même un peu compliqué et artificiel : il faut choisir des espèces au sein de l’immense diversité des bactéries de notre environnement, les vérifier, les cultiver et les administrer ensuite aux enfants, sans certitude quant à l’effectivité de leur implantation. C’est une possibilité, certes. Mais c’est encore une médicalisation de plus avec tous les inconvénients que cela représente.

Le contact avec la nature encore sauvage, les animaux et les plantes, est une source à la fois de bactéries et de bienfait physique et psychique. Des thèses ont été soutenues sur le concept de « sylvothérapie ou sylvathérapie » : elles ont montré les bénéfices procurés par des contacts prolongés et répétés avec la forêt et identifié un certain nombre de facteurs causaux de ces bénéfices. Mais nous ne parlons pas tellement ici des forêts urbaines, bien plutôt des forêts rurales. Le microbiote intestinal est un casse-tête pour les transhumanistes : ils pensaient que l’être humain se résumait à son génome ; mais ils avaient oublié le microbiome, c’est-à-dire le génome des bactéries qui vivent en nous sans faire partie de notre corps à proprement parler. On pourrait conclure ainsi : abandonnez les désinfectants et partez en forêt. Surtout, faites profiter de ces bonnes résolutions vos enfants en bas âge… pensez à leur avenir microbiotique et immunitaire.

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kelenborn
- 23/05/2018 - 20:59
ah le bon docteur Gayet
le lundi c'est les souris, le mardi c'est les corn flakes, le mercredi les rutabagas, le jeudi le Big Mac, le vendredi les fraises Tagada , le samedi le miel de frelon! Reste seulement le dimanche: jeûne pour tous Gayet encaisse le pactole!
gayet.stephane@chru-strasbourg.fr
- 23/05/2018 - 17:25
Non, il faut lire complètement les articles : ce n'est pas juste
En voici déjà trois :
http://www.atlantico.fr/node/3313965
http://www.atlantico.fr/node/3310999
http://www.atlantico.fr/node/3299547
Alain Briens
- 23/05/2018 - 16:57
Il faudrait savoir !
Il y a quelques mois, le même contributeur nous pondait un article délirant sur la désinfection de nos objets quotidiens...je n'ai plus les données en tête mais tout devait être nettoyé scrupuleusement (boutons de portes, interrupteurs, claviers, souris que sais-je encore, la liste était très très longue) et ce avec des méthodes et à une fréquence tellement irréalistes que ça devenait carrément très drôle. Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis...