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Trump / Macron : le match des (résultats des) méthodes de négociation
Publié le 24 avril 2018
Alors que le président français a besoin de tranquillité sur la scène internationale pour pouvoir se battre sur la scène nationale, Donald Trump donne la priorité à une cohésion retrouvée de la société américaine et doit, pour cela, bouleverser l’ordre international.
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Alors que le président français a besoin de tranquillité sur la scène internationale pour pouvoir se battre sur la scène nationale, Donald Trump donne la priorité à une cohésion retrouvée de la société américaine et doit, pour cela, bouleverser l’ordre international.

Atlantico : Alors qu'Emmanuel Macron est arrivé hier soir aux Etats-Unis afin de répondre à l'invitation de Donald Trump, selon un dispositif peu commun de visite d'Etat, le jeu des comparaisons, s'appuyant sur une bonne entente supposée entre les deux hommes est abondamment traité. Au-delà du fond, ne peut-on pas voir une différence fondamentale d'approche de la négociation entre les deux hommes, entre un Donald Trump qui semble rechercher une confrontation immédiate (Chine ou Corée du nord) afin d'établir un rapport de force favorable permettant d'obtenir des résultats, et un Emmanuel Macron qui a pu adopter une attitude conciliante vis à vis de l'Allemagne, dans sa volonté de refondation européenne, mais qui peine à aboutir ? 

Edouard Husson : Au risque de rappeler des évidences, il y a un continuum de la négociation au conflit. Une négociation qui échoue ou qui dégénère peut déboucher sur une guerre. Trump est un homme d’affaires, il vient d’un monde où l’on sait, normalement, boucler une négociation; où les défaites ne sont, théoriquement, qu’individuelles. Il amène dans les relations internationales son style particulier de « dealmaker ». Il a eu, pour l’instant, l’avantage de celui qui bouleverse les règles seul et tourne le jeu à son avantage. Un peu comme Bonaparte au début de sa carrière militaire. Ses succès, indéniables, dureront aussi longtemps que les autres n’auront pas appris les règles de son jeu. A partir de 1807, Napoléon doit se battre avec des adversaires qui pratiquent la guerre comme lui et qui sont plus nombreux. Il commence à perdre. Emmanuel Macron aurait pu, vous avez raison, mettre en œuvre, lui aussi, une révolution de la négociation dans les relations franco-allemandes, enfermées dans la routine d’un rituel hiérarchique européen où l’Allemagne est le suzerain et la France le premier des vassaux. Le vassal a eu un an pour changer le rapport de force avec son suzerain - un classique des guerres féodales. Mais il ne l’a pas fait. Ce n’est pas par faiblesse: Macron a fait preuve d’un sens stratégique remarquable sur la scène française. Lui aussi a mis en oeuvre une stratégie « napoléonienne »: il n’a respecté aucune des règles du système politique, en particulier par son refus de se soumettre aux primaires de la gauche. Depuis son élection, le président français est lancé dans une politique de réformes au pas de course. Précisément, Macron a besoin de tranquillité sur la scène internationale pour pouvoir se battre sur la scène nationale. Alors que Trump donne la priorité à une cohésion retrouvée de la société américaine et doit, pour cela, bouleverser l’ordre international.

Comment évaluer les succès et échecs de chacune de ces deux stratégies ?

Trump, comme Macron ont des bornes à ce qu’ils peuvent faire. L’arme nucléaire limite heureusement la capacité destructrice des Etats, à la différence de ce qui se passait il y a un siècle, où la Première Guerre mondiale a été possible. L’existence d’une bonne dizaine de puissances nucléaires freine la violence des relations internationales. Trump n’aurait pas pu faire plier la Corée du Nord si la Russie ou la Chine s’étaient opposées à lui. Du point de vue stratégique, encore plus que la Chine, c’est la Russie qui est la puissance d’équilibre: elle est aujourd’hui, qualitativement parlant, la première puissance militaire du monde. Trump pourra engranger les succès en politique internationale tant qu’il ne mettra pas en cause les intérêts fondamentaux de la Russie. En politique intérieure aussi, Macron se heurte à une limite évidente: le régime démocratique, la souveraineté du peuple, l’élection. Il veut être réélu en 2022. Or son actuelle politique de réformes se déroule dans un cadre international contraint, celui de la monnaie unique européenne. Il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron va devoir desserrer les contraintes internationales s’il veut convaincre au—delà de sa base électorale (les gagnants français de la mondialisation). Le président français a ménagé l’Allemagne jusqu’à maintenant. Pourra-t-il continuer à le faire? Non, s’il veut être réélu.

Alors que Donald Trump a pu, par le passé, mettre l'Allemagne à l'index sur la question de ses exportations (notamment en évoquant le cas du secteur automobile), ne peut-on pas voir ici une opportunité pour mettre en phase des intérêts communs entre France et Etats Unis sur ce thème ? Selon la logique de négociation poursuivie par Emmanuel Macron, comment anticiper son positionnement en cas d'affrontement direct entre Paris et Berlin sur ce thème ?

Pour Emmanuel Macron, la situation est simple à décrire. La BCE n’a pas de politique de change active; toute réforme en France peut être anéantie par les effets de la « guerre des monnaies » à laquelle est actuellement livré le monde. Cela n’empêche pas l’Allemagne de s’accrocher au dogme de la Bundesbank: une politique de change est nocive. On comprend bien que la République Fédérale, ayant négocié son entrée dans l’euro à un taux de change favorable, est moins gênée que la France ou l’Italie par les variations du taux de change. Autre dogme allemand: le libre-échange. L’Allemagne utilise bien des ruses (par exemple le recours aux normes) pour protéger son marché et accumule les surplus à la faveur des traités commerciaux internationaux. Sur le sujet monétaire comme sur le sujet commercial, Emmanuel Macron n’a qu’un moyen de reprendre la main: jouer la carte Trump. Les Etats-Unis et l’Europe sont suffisamment impliqués pour qu’il soit pris au sérieux en proposant un resserrement de l’alliance occidentale. C’est complexe pour la France, puisqu’elle fait partie de l’Union Européenne. Cependant on voit bien un plan en trois étapes: boucler rapidement le Brexit selon des termes équilibrés; convaincre l’UE de rejoindre Trump dans l’exigence d’une politique commerciale équilibrée vis-à-vis de la Chine; réconcilier les Etats-Unis et l’UE avec la Russie. La montée en puissance de l’Asie est suffisamment évidente pour que la construction d’une entente commerciale et monétaire Amérique du Nord/Europe/Russie soit à l’ordre du jour.

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