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Roméo et Juliette, Ballet à l'Opéra Bastille : Une reprise très opportune
Publié le 13 avril 2018
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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BALLET
ROMEO ET JULIETTE
CHORÉGRAPHIE DE SACHA WALTZ
MUSIQUE : HECTOR BERLIOZ 
 
 
INFORMATIONS
 
OPERA DE PARIS
 
PLACE DE LA BASTILLE
 
75012-PARIS
 
TEL : 08922899090
 
 
En alternance jusqu’au 6 mai
 
 
 
THEME
 
Qui ne connaît pas l’histoire de Roméo et Juliette ? L’un Capulet, l’autre Montaigu, ces deux jeunes gens là s’aiment, à Vérone, d’une passion folle, en dépit de la haine que se vouent leur famille. Ils vont en mourir, réunissant par dessus leurs cadavres, leurs parents et amis enfin   réconciliés…
 
Cette tragédie qui remonte au poète latin Ovide, inspira maints auteurs de théâtre, notamment, en 1595, William Shakespeare, puis des compositeurs, dont Tchaïkovski, Berlioz et Prokofiev. Ce sont les partitions de ces derniers qui, à leur tour, enfièvrent depuis quelques années les chorégraphes.
 
C’est le cas ce de Roméo et Juliette que Sacha Waltz écrivit en 2007 sur la  partition d’Hector Berlioz.
 
 
 
POINTS FORTS
 
Ils sont quatre :
 
 1 - Le parti pris de Sacha Waltz, qui est celui de l’épure. Ici, pas de couleur rouge. Entre ombre et lumière, tout est en noir et blanc : les costumes des danseurs et le décor, composé de deux plates-formes perpendiculaires qui s’ouvrent et se referment, sous des angles divers, pour figurer tour à tour, place publique, mur, chambre à coucher, intérieur de palais présidentiel, église, bref, tous les lieux où se passent les scènes de la tragédie. Cette austérité visuelle laisse toute la place aux sentiments qui animent les deux amants.
 
 2 - La distribution, qui rassemble plus de cent personnes. 78 chanteurs du chœur et vingt-sept danseurs… le plateau est impressionnant. Comme à la création en 2007, ce sont deux étoiles qui incarnent les amants maudits. Le  soir où nous y étions, la très précise et très fragile  Ludmilla Pagliero et le bondissant et douloureux Germain Louvet.
 
 3- La chorégraphie en elle-même, qui est passionnante. Très dynamique, elle joue soit sur l’horizontalité, pour toutes les scènes de groupes ( bagarres et bal) et les pas de deux des amoureux, soit sur la verticalité quand il s’agit de symboliser l’impossible et l’inatteignable, le rêve des amants  à être ensemble…
 
 4- La partition de Berlioz, qui est étonnante. Monument du répertoire romantique, elle annonce, en même temps, le XX° siècle. Conçue comme une symphonie dramatique, elle offre  en outre de magnifiques solos aux chanteurs en charge des trois rôles principaux, en l’occurrence, Yann Beuron pour Roméo, Julie Boulianne pour Juliette, et Nicolas Cavalier pour le frère Laurent, le prêtre qui marie les deux amants.
 
 
 
POINTS FAIBLES
 
Ils sont deux, et mineurs :
 
 1- Le phrasé de la chanteuse Julie Boulianne. On ne comprend pas un mot de ce que  chante cette mezzo-soprano, pourtant francophone, puisque québécoise.
 
 2- Les (légers) décalages du chœur. Mais ce problème d’ajustage devrait se régler au fil des représentations.  
 
 
 
EN DEUX MOTS
 
Marier l’abstraction et l’épure avec les débordements et les évanescences mélancoliques du romantisme… Le pari était osé. Avec cette chorégraphie d’un raffinement extrême et qui laisse s’exprimer toutes les émotions, Sacha Waltz l’a gagné.
 
Depuis sa création en 2007,c’est la troisième fois que l’Opéra de Paris reprend ce Roméo et Juliette. C’est la troisième fois et… le public ne s’en lasse pas. Au contraire. Avant même d’avoir démarré, cette nouvelle série affichait pratiquement complet. 
 
Avis aux amateurs : il existe un DVD, somptueux, avec, dans les rôles titres,  Aurélie Dupond et Hervé Moreau.
 
 
 
UN EXTRAIT
 
« Lorsque nous cherchons un symbole de l’amour… nous pensons à Roméo et Juliette parce que, d’une certaine façon, ils incarnent l’amour absolu, l’amour jusqu’à la mort. Cette proximité de l’amour et de la mort rend leur histoire particulièrement émouvante, non seulement  par ce qu’elle dit de la force radicale d’un amour de jeunesse, mais aussi par ce qu’elle dévoile d’une société capable de sacrifier ses enfants au nom de querelles claniques ». (Sacha Waltz, chorégraphe).
 
 
 
LA CHORÉGRAPHE
 
Née le 8 mars 1963 à Karlsruhe, en Allemagne, Sacha Waltz est l’une des chorégraphes les plus incontournables du paysage chorégraphique européen. Par la diversité de ses créations, qui alternent danse contemporaine et opéras dansés, pièces intimes et chorégraphies de groupe.
 
C’est à cinq ans qu’elle commence la danse, dans sa ville natale. A vingt, elle prend le large et va étudier ailleurs, d’abord à Amsterdam, puis à New York.
 
Ce qui lui permet de s’affranchir de l’héritage allemand de la danse moderne, tout en y prenant appui.
 
Sa première chorégraphie d’importance est Dialogue, en 1992, qu’elle crée à Berlin, juste avant de fonder, dans cette même ville, sa Compagnie, Sacha Waltz & Guests. Elle y créera une œuvre fondatrice Travelogue I –Twenty To Eight, qui marque le début de sa première trilogie de post-danse-théâtre.
 
La reconnaissance internationale lui viendra de sa seconde trilogie, composée autour des thèmes du corps avec Körper, S, et Nobody .
 
En 2000, elle entre, avec cette dernière pièce, comme co-directrice artistique à la légendaire Schaubühne de Berlin…
 
Au fil du temps, son œuvre ne cessera de se diversifier. La musique y prendra une part de plus en plus importante. Elle va développer un genre qu’elle appellera elle-même, «  l’Opéra chorégraphique », genre dans lequel les chanteurs font partie intégrante de la composition chorégraphique et auquel appartient ce Roméo et Juliette.
 
Sacha Waltz prendra, en 2019, avec le Suédois Johannes Öhman, la codirection du Staatsballetts de Berlin.
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