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Paradoxe

Quand le CESE s’invite dans le débat sur la fin de vie en faisant passer la violence de l’euthanasie pour un remède

Publié le 12 avril 2018
Le CESE a donné un avis favorable à l'euthanasie et au suicide assisté. Un avis qui pourrait avoir de lourdes conséquences.
Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
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Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
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Le CESE a donné un avis favorable à l'euthanasie et au suicide assisté. Un avis qui pourrait avoir de lourdes conséquences.

Atlantico : Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) s’est invité dans le débat sur la fin de vie avec la sortie d’un avis favorable à l’euthanasie et au suicide assisté. Il préconise notamment de légiférer sur « les derniers soins » en donnant la possibilité à une personne malade de recevoir une « sédation profonde explicitement létale ». Bien qu’il ne soit que consultatif, quelles sont les conséquences de cet avis sur le débat public des États Généraux de la Bioéthique ? 

Bertrand Vergely : Quand des batailles politiques et idéologiques ont lieu l’un des moyens pour faire plier l’adversaire consiste à aller chercher des soutiens et, notamment, des soutiens représentatifs en vertu de leur légitimité morale ou de leur compétence scientifique afin d’apparaître soi-même comme légitime et compétent. Ainsi sur le mode de « Nous avons raison et nous sommes légitimes parce que untel qui est légitime et compétent est d’accord avec nous », on marque moralement des points en impressionnant. Quand on ne connaît pas grand chose à une question, on est toujours intimidé quand on entend dire que telle sommité scientifique est pour ceci ou contre cela. Même chose quand il s’agit d’un Conseil comme le CESE, réputé pour son sérieux et la qualité de ses rapports. Bien sûr, à lui seul, cet avis favorable ne va pas provoquer la légalisation de l’euthanasie, mais dans la bataille idéologique qui est menée il s’agit là d’une pierre supplémentaire ajoutée à l’édifice que tentent de bâtir les partisans de sa légalisation. Les cheminots qui font grève tentent de conquérir l’opinion publique. Les partisans de l’euthanasie font de même. En démocratie, l’opinion publique étant l’instance souveraine arbitrant les litiges idéologiques, qui a l’opinion publique pour lui maîtrise le pouvoir. Les partisans de l’euthanasie le savent. C’est la raison pour laquelle depuis des années déjà ceux-ci travaillent cette opinion. En reposant régulièrement la question de la légalisation par parlementaires interposés ou en se saisissant de cas de détresse particulièrement spectaculaires afin de susciter dans l’opinion publique des réactions du type : « Mais qu’attend-t-on pour légaliser l’euthanasie ? Que fait le gouvernement ? Quand sera-t-on enfin une civilisation digne de ce nom qui arrête de faire souffrir en permettant l’euthanasie ? » Forcément, à la longue, cela finit par payer puisque, paraît-il, 90% des Français sont pour l’euthanasie ». 

Jusqu’ici, la sédation profonde est utilisée pour endormir et non pour mettre fin à la vie. Le CESE n’est-il pas en train de créer une confusion entre euthanasie et sédation ? Ne risque-t-il pas d’installer une défiance des patients et de leurs proches envers le personnel médical ? 

Cela va plus loin que cela. En 2005, la loi Léonetti autorisant l’arrêt des soins et, avec elle, de l’obstination déraisonnable a été votée à l’unanimité au Parlement.  Ce qui résolvait 95% des problèmes soulevés par l’euthanasie sans pour autant autoriser le geste de tuer. Jugeant que cette loi n’était pas suffisante, les partisans de l’euthanasie ont obtenu que les patients en fin de vie puissent être « sédatés », c’est-à-dire endormis. Aujourd’hui avec la sédation profonde un pas de plus est franchi. Avec elle  il n’est plus  difficile de pousser les choses plus loin en avançant comme argument la différence infime et l’hypocrisie. Entre être dans un coma profond et ne pus vivre, quelle différence ? Une vie qui végète dans un sommeil profond est-elle une vie ? Quand on  met fin à une telle vie est-ce une vie à laquelle on met fin ? N’est-ce pas à un sommeil profond  en  endormant un tel sommeil ? En voulant maintenir un patient dans un coma profond sous prétexte de respecter la vie n’est-on pas  hypocrite ? Quand on a affaire à une personne consciente mettre fin à ses jours est violent. Mais, quand on a affaire à une personne inconsciente, est-ce le cas ? En dévitalisant une vie par sédation, quand on supprime une telle vie, puisqu’elle n’existe plus,  on ne donne plus l’impression de la supprimer.  Quand un être humain est un être humain, on hésite à se débarrasser de lui. Mais, quand il n’est plus qu’un fantôme, on n’hésite pus. Évacuer un fantôme ce n’est pas attenter à la vie. En fait, la sédation n’a pas tant comme effet de confondre sédation et euthanasie que de préparer en douceur la venue de l’euthanasie par la réduction de l’homme à l’état de fantôme. Les familles vont-elles se méfier du milieu médical ? Pas sûr. Pas toutes. Beaucoup de familles sont prêtes à la sédation comme à l’euthanasie. Elles les demandent même. 

L’avis du CESE a provoqué un dissensus exceptionnel et « irréconciliable » parmi les membres de la Commission sur la fin de vie. Par ailleurs, 150 députés d’horizons politiques différents se sont exprimés dans une tribune du Monde   (12-03-2018) contre les risques d’une légalisation de l’euthanasie. Alors que cette question est loin de provoquer un dissensus que penser des sondages qui font systématiquement état d’une majorité écrasante de l’opinion en faveur de l’euthanasie ? 

Les partisans de l’euthanasie ont l’art de poser habilement la question Ainsi, demandez aux Français si pour abréger la souffrance en fin de vie ils sont prêts à ce que l’euthanasie soit légalisée. Vous obtenez immédiatement 80 à 90 % d’opinions favorables. Ce qui est normal. Laissez quelqu’un souffrir comment être pour ? Quand il est question de faire passer le mariage pour tous, la PMA pour tous les couples quel argument met-on en avant ? La tolérance. D’où des scores mirobolants en faveur du mariage pour tous et de la PMA pour tous les couples.  Entre 65 et 70 % nous dit-on. Avec l’euthanasie, il en va de même. En jouant sur la corde sensible, on est sûr de battre des records d’adhésion. Si, maintenant, on posait comme question « Être vous d’accord pour que l‘on revienne sur l’interdit de tuer qui jusqu’à présent fonde notre humanité ? » La vérité de l’euthanasie, à savoir sa violence,  faisant réfléchir, il n’est pas sûr que l’on obtiendrait un record d’adhésions. En fait, tout repose sur une mystification habile consistant à faire passer l’euthanasie qui est une violence pour un remède. L’euthanasie est un drame et en aucun cas un remède. Épicure dans sa Lettre à Ménécée explique que les hommes nagent en pleine contradiction en ce qui concerne la mort. Alors que, quand ils sont heureux ils veulent être immortels et ont peur de mourir, quand ils sont malheureux ils veulent se suicider et appellent la mort de leurs vœux. C’est la passion qui nous fait croire que la mort est bonne ou mauvaise. On l’oublie. C’est la médecine qui est une médecine. Non la mort. 

Le fait de vouloir légaliser l’euthanasie relève-t-il de la transgression d’un interdit fondamental et de ce fait d’une rupture de civilisation ? Quelles conséquences une telle rupture engage-telle ? 

Oui. C’est une transgression. Comme l’avortement. Dans son ouvrage sur l’anthropologie de la mort Louis-Vincent Thomas fait remarquer que notre monde qui se dit humaniste est en réalité hyper-violent. L’avortement au début de la vie en est une illustration. Le projet de légaliser l’euthanasie en fin de vie en est une autre illustration. Certes, il y a ce que vivent les femmes, le poids qu’elles portent, les violences qu’elles subissent. Certes, il y a ce que vivent certaines fins de vie, le poids qu’elles portent, la souffrance qu’elles subissent.  Mais il y a aussi un projet qui fait froid dans le dos à savoir celui de faire advenir un monde où rien ne fait obstacle à l’individu et à son confort. Projet cynique aboutissant à ce que l‘on se débarrasse de la vie quand celle-ci gêne. Cet individu cynique occupe déjà beaucoup de place dans notre monde. Si l’euthanasie est légalisée il va occuper une plus encore plus grande en faisant régner un monde glacial dans lequel on tue sans même plus s’apercevoir que l’on tue, tuer pour le confort n’étant pas tuer. Si l’on développait nos ressources morales et spirituelles je suis sûr que l’on n’aurait pas besoin de recourir à l’avortement pour réguler les naissances ni à l’euthanasie pour quitter le monde sans souffrir. En recourant à des moyens violents comme solutions, on entretient l’ignorance morale et spirituelle de notre monde au lieu de lutter contre.

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moneo
- 14/04/2018 - 12:06
décidément je dois écrire en patagon
Puisque je dis exactement le contraire
Ganesha
- 14/04/2018 - 10:38
Moneo
Vous me faites sourire ! Avec les informations complémentaires que vous nous présentez, vous semblez animé de tendances plutôt masochistes ! Vous rêvez de connaître, tel Jésus-Christ, une agonie bien prolongée et épouvantablement douloureuse ? Rassurez-vous : si vous refusez la morphine, aucun médecin ou infirmière ne vous l'injectera de force ! Et, vous avez déjà prévenu vos enfants : si un jour, vous vous retrouvez réduit à l'état d'un légume, comme Vincent Lambert, vous exigez d'eux, qu'ils vous nourrissent et changent vos couches, pendant au moins les dix années qui suivront !
moneo
- 14/04/2018 - 10:00
@ ganesha
la paranoïa ça vous connait, apparemment ,puisque je réponds à l' auteur ,maintenant ,ce ne sont que mes propositions sur le sujet . Je voudrais même les compléter en disant qu'il faudrait avoir la possibilité d e déposer de son vivant chez un notaire un acte indiquant ses dernières volontés sur le sujet de sa propre euthanasie , ce qui éviterait encore bien des débats.QUI PEUT DECIDER A MA PLACE COMMENT JE VEUX MOURIR DANS DES CAS EXTRÊMES ET AU NOM DE QUEL IMPERATIF RELIGIEUX OU AUTRE PEUT ON ME L'INTERDIRE ???.C'EST MA VIE ET MA LIBERTE ULTIME