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© KAREN BLEIER / AFP
© KAREN BLEIER / AFP
Poussée de fièvre/

Les défauts de prêts sur cartes de crédit augmentent fortement chez les petites banques aux Etats-Unis. Or c'est un indicateur de forte probabilité de récession...

Publié le 31 mars 2018
Le taux de défaut sur les encours de prêts sur cartes de crédit a fortement augmenté dans les petites banques aux Etats Unis, ce qui pourrait être un signe avancé d'une future récession.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Le taux de défaut sur les encours de prêts sur cartes de crédit a fortement augmenté dans les petites banques aux Etats Unis, ce qui pourrait être un signe avancé d'une future récession.

« Attachez vos ceintures. Le taux de défaut sur les encours de prêts sur cartes de crédit augmente fortement chez les petites banques aux États-Unis. C’est un indicateur de forte probabilité de récession »

Atlantico : Le taux de défaut sur les encours de prêts sur cartes de crédit a fortement augmenté dans les petites banques aux Etats Unis, ce qui pourrait être un signe avancé d'une future récession. En quoi un tel indicateur peut-il être crédible ? En quoi ce type d'indicateurs peuvent-ils percevoir une tendance encore invisible ?

La majorité des Américains ont l’habitude d’utiliser des cartes de crédit pour effectuer notamment leurs achats de consommation (supermarché, dépenses de santé…).Les principaux établissements financiers (Citigroup, JPMorgan Chase&Co…) l’ont bien compris puisque la concurrence entre eux passe notamment par l’augmentation du nombre de détenteurs de leurs cartes bancaires, associées à une ligne de crédit revolving à taux élevé.

Ce scénario suppose que tous les paiements soient effectués à temps. Mais, les organismes de crédit encouragent les ménages à s’endetter toujours plus en n’exigeant qu’un remboursement minimum mensuel de 2 à 3% du total dû.Or, la plupart des individus ne se rendent pas compte qu’en laissant courir, mois après mois, un solde débiteur,ils peuvent être amenés à payer à peu près autant d’intérêts que le montant qu’ils avaient sorti lors de leur achat initial. Un seul retard de versement peut déclencher une hausse des intérêts qui, combinée à des pénalités et des taux de frais, peuvent littéralement « étrangler » les détenteurs.

Ainsi, près d’un tiers des foyers américains ont cumulé plus de 10 000 dollars de dettes chacun sur leurs cartes de crédit. L’encours total atteint aujourd’hui environ 1 000 milliards de dollars, un montant qui a quasiment doublé en dix ans. Ces dettes augmentent de manière exponentielle en raison des vices du système. Les taux d’intérêt pratiqués, entre 10 et 15%, peuvent bondirà près de 30% en cas de retard de paiement. Ainsi, certaines personnes finissent par rembourser 3,4 ou 5 fois ce qu’ils avaient initialement empruntés aux sociétés émettrices de cartes de crédit !et aujourd’hui, lesprincipaux émetteurs (American Express, Bank of America, Citigroup, Capital One…) enregistrent une progression significative des défauts de paiement.

Au final, il semble qu’au lieu d’avoir tiré les douloureuses leçons de la dernière récession, qui est apparue à la suite de la crise des subprimes, les Américains continuent de faire les mêmes erreurs financières.Après la crise du crédit immobilier, la bulle du crédit à la consommation menace de frapper à nouveau le système financier.La situation observée aujourd’hui est donc peut-être un indicateur avancé d’une crise économique. Et si rien n’est fait, une récession risque de se produire à terme.

Rappelons succinctement qu’une récession est une chute du Produit intérieur brut (PIB). Pour l’INSEE, un pays entre en récession quand son PIB se replie pendant au moins deux trimestres consécutifs. Aux Etats-Unis, la récession est entendue comme une baisse significative de plusieurs mois de l’activité économique qui affecte, à la fois, le PIB, les revenus, la production industrielle, l’emploi et le commerce de gros et de détail.

D'autres indicateurs peuvent-ils aller dans le même, et ainsi appuyer la thèse d’un affaiblissement de la conjoncture américaine ?

De quoi demain sera-t-il fait ? Nul ne le sait. C’est donc quelque chose de difficile, pour les économistes chargés de faire de la prévision, d’établir des scénarios infaillibles, au vu des aléas qui pèsent en permanence sur l’activité comme par exemple, aujourd’hui, une moindre sérénité à la suite des décisions de M. Trump, les tensions géopolitiques….

Les modèles sur lesquels ils travaillent sont robustes mais il y a toujours des facteurs d’incertitude. On n’est pas sur une science exacte. Pour établir leurs prévisions, économistes et statisticiens utilisent des indicateurs dits « avancés » comme le moral des ménages, le climat des affaires ou les permis de construire, signalant à l’avance les évolutions à venir de la production ou de la consommation.

Mais parallèlement à ces indices considérés comme « sérieux » - car basés sur des données complètes et scientifiquement corroborées - existent des outils plus surprenants, mis en avant pour leur « capacité prophétique ». Ainsi, la quête du Graalest de trouver l’indicateur qui, aux côtés des indicateurs traditionnels, permettra de prédire l’évolution de la conjoncture et les retournements économiques.

En la matière, il y a eu des tentatives les plus baroques (évolution du nombre de grossesses, des achats de cartons, de ventes de slips…). Ces indicateurs « non conventionnels » sont-ils fiables pour autant ? Il y a des corrélations qui existent, mais de là à en faire des indicateurs avancés, c’est compliqué d’autant que le comportement des acteurs économiquesvarie fortement d’un pays et d’une époque à l’autre.

Or, ce qui s’est passé à un moment donné ne va pas forcément se reproduire. Il n’y a rien de systématique. Ainsi, en France, la fécondité n’évolue pas dans le bon sens- plusieurs études ont montré que la fertilité était une variable procyclique c’est-à-dire qu’elle a tendance à augmenter d’autant plus rapidement que la croissance économique est forte et, réciproquement, à baisser lors des récessions -. Elle a baissé en 2017, dans des proportions assez sensibles : elle passée de 2 enfants par femme en 2014 à 1,88 en 2017. Cela peut correspondre aux difficultés économiques qu’a connues le pays dans les dernières années.Mais on aurait dû la voir se redresser récemment puisque la croissance elle-même s’est améliorée. Ce n’est pas le cas. Est-ce le signe que la reprise ne va pas durer, ou bien que les ménages français sont moins sensibles à la conjoncture qu’aux Etats-Unis ?

Il n’en demeure pas moins que le comportement des consommateurs est très révélateur de la situation économique et des changements de tendance. Aux Etats-Unis par exemple, le consommateur est central dans la vigueur de l’économie. La consommation des ménages y pèse pour un peu plus de 65% du PIB américain, pour l’investissement des entreprises pour 17% et la demande émanant de l’Etat pour 18%.

Quels seront les indicateurs à surveiller pour pouvoir porter un jugement plus définitif sur la tendance économique américaine ?

Dans les mois à venir, il faudra suivre, de manière non exhaustive, notamment certains indicateurs afin de voir où va l'économie américaine.

Concernant le secteur industriel, l’indicateur fréquemment mis en avant est l’ISM (enquête auprès des directeurs d'achat dans l'industrie). Cet indice, évalué en pourcentage, résulte d’une enquête auprès de 400 entreprises portant sur des données telles que les nouvelles commandes, la production, l’emploi, les délais de livraison, le prix, les stocks, les commandes à l’export et l’import ...On considère qu’une valeur supérieure à 50% indique une expansion par rapport au mois précédent, si l’indice est inférieur à 50%, cela indiquera alors une contraction. Actuellement, il se situe aux alentours de 60.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier la consommation des ménages avec l’effet positif de la chute du prix de l’essence mais également l’impact de la réforme fiscale engagée récemment.

Du côté des entreprises, il faudra suivre le niveau de l’investissement, qui est source de gains de productivité.

De manière plus anecdotique, il serait intéressant de regarder les ventes de camions. Leur redémarrage est le signal d’une accélération imminente de l’investissement et de la consommation et des échanges c’est-à-dire de la croissance. Ainsi, si l’on étudie l’évolution de la répartition géographique du chiffre d’affaires des Camions Volvo par exemple, on peut déceler l’Amérique est en fin de cycle alors que l’Europe a redémarré.

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moneo
- 02/04/2018 - 17:16
il y a plus
les américains n'ont jamais autant emprunté pour financer leurs études supérieures ,ce sont des somme colossales qu'il faudra rembourser ,pour certains jusqu' à l âge de la retraite... donc moins de demandes ,les prêts immobiliers n'ont jamais été aussi important , il semble bien que la précédente crise n'ait pas été retenue, le déficit de l'Etat n'a jamais été aussi grand ,même si l'on dit qu'ils ont le privilège de l'émission ;toute remontée des taux sera problématique
et le pétrole remonte, il est déjà à 70 dollars....c'est à la fois un coût pour les clients s US mais aussi un formidable accélérateur pour la prospection et la vente des pétroles et gaz de schiste sur l'extérieur car nos entreprises ,entre autres, investissent là bas puisque chez nous ce n'est pas possible vu le principe de précaution et le lavage vert de cerveaux
bref il y a des risques mais qui va gagner? on peut seulement dire que tout cela est complètement artificiel et que Trump essaie de faire de nouvelles activité économique dans sonpays
ajm
- 02/04/2018 - 10:08
Titrisation..
Les Americains ont l'habitude depuis des lustres d'utiliser les cartes de crédit comme instrument d'endettement courant. Les entreprises financières qui octroient ces crédits ont normalement des marges très substantielles qui tiennent compte du classement des clients dans l'échelle des risques et qui permettent normalement de compenser les pertes en bas de cycle. Le danger provient historiquement du mécanisme de titrisation qui transfère le risque à des investisseurs pas toujours avisés ou trompés par les agences de rating. Il faut se souvenir que la dernière grande crise a été provoquée par des fraudes dans la documentation et la selection des emprunteurs immobiliers ( les " vendeurs" de prêts n'etaient pas des professionnels bancaires ou financiers mais de purs commerciaux payés uniquement à la production de prêts ) . Ce risque de fraude qui abuse les agences de rating et permet la circulation de très mauvais crédits en dehors des émetteurs primaires vers des investisseurs est le vrai risque. En principe, ce risque est connu et les agences de rating comme les investisseurs et les régulateurs doivent effectuer ou faire effectuer les contrôles , nécessairement non exhaustifs.
Guy Bernard
- 02/04/2018 - 07:27
les EU peuvent-ils etre le Danemark ?
C'est très bien vu, et la politique des USA a du mal à offrir des revenus élevés, stables et croissants qui permettraient d’évacuer les risques de défaut des ménages ici, et donc des défauts des banques qui obligeraient l'etat à un refinancement.
un pays a cette stratégie de soutien des revenus des ménages, surendettes, à un niveau élève, le Danemark.
mais c'est un modele à très petite échelle, très sélectif, avec une fonction publique pléthorique et un accompagnement social extrêmement coûteux possible que si on a de larges excédents ; le modele s’essoufflant et n’étant pas à la portée des USA, il faut trouver d'autres solutions.