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Publié le 28 mars 2018
Selon un article de Niel Irwin publié par le New York Times le 23 mars dernier, les mesures protectionnistes mises en place par Donald Trump interviendraient au pire moment. Selon l'auteur, les mécanismes ayant conduit à la destruction d'emplois de la classe ouvrière occidentale ont déjà produit la plus grande part de leurs effets, alors que la période qui s'ouvre pourrait être plus favorable.
Jean-Marc Siroën
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Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de...
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Selon un article de Niel Irwin publié par le New York Times le 23 mars dernier, les mesures protectionnistes mises en place par Donald Trump interviendraient au pire moment. Selon l'auteur, les mécanismes ayant conduit à la destruction d'emplois de la classe ouvrière occidentale ont déjà produit la plus grande part de leurs effets, alors que la période qui s'ouvre pourrait être plus favorable.

Selon un article de Niel Irwin publié par le New York Times le 23 mars dernier, les mesures protectionnistes mises en place par Donald Trump interviendraient au pire moment. Selon l'auteur, les mécanismes ayant conduit à la destruction d'emplois de la classe ouvrière occidentale ont déjà produit la plus grande part de leurs effets, alors que la période qui s'ouvre pourrait être plus favorable. En quoi la mondialisation est-elle entrée dans une nouvelle phase ? En quoi la constitution d'une classe moyenne, notamment en Chine pourrait elle profiter à nos économies ? 

 
Jean-Marc Siroën : La crise de 2008-2009 a vu le commerce international s’effondrer de plus de 40% en huit mois, une chute jamais vue dans l’histoire. Il s’est certes redressé très rapidement mais à un rythme beaucoup plus lent que par le passé. Jusque-là, dans les années 1990-2000 la dynamique du commerce international avait été portée par les pays émergents en général et la Chine en particulier. Leur ouverture et leur politique d’attractivité des investissements étrangers via le développement des zones franches d’exportation avaient conduit les activités les plus utilisatrices de main d’œuvre peu qualifiée à se localiser dans ces pays ce qui avait accéléré la désindustrialisation des pays développés et pesé sur l’emploi et les salaires des ouvriers employés dans ces industries. Ce fut le cas, par exemple, des activités de couture dans l’industrie textile ou d’assemblage dans l’automobile, l’électronique, les jouets ou les appareils ménagers. Toutefois, la croissance de la Chine « tirait » la croissance des pays émergents et l’enrichissement d’une classe moyenne, ce qui créait de nouveaux marchés pour les pays développés. Pendant cette période, le chômage s’était réduit avant que la crise ne l’aggrave. En d’autres termes les secteurs exportateurs, industrie et services, gagnaient plus que ce que perdaient les secteurs importateurs, même si de nombreux travailleurs restaient sur le carreau.
 
Cette dynamique est aujourd’hui épuisée. De plus, les pays émergents ont vu leurs salaires augmenter et parfois, la main d’œuvre disponible se raréfier. La Chine a compris l’épuisement de son modèle et parie sur la montée en gamme et les nouvelles technologies. Elle veut remonter le processus de production, ne plus se limiter à l’assembly mais aussi investir le designed et les étapes intermédiaires du processus de production. Elle a connu des succès spectaculaires mais qui ne sont sans doute pas encore à la hauteur du défi. Elle a plus de chances de réussir dans l’électronique ou les industries environnementales (batteries électriques, panneaux solaires,…) que dans les industries de communication qui exigent une liberté de circulation de l’information qui n’existe pas dans ce pays qui bannit les réseaux sociaux mondiaux. Qui, hors de la Chine, utilise Baidu, le Google local ?
 
Les effets de cette réorientation sont ambigus : les délocalisations chinoises vers des pays aux salaires beaucoup plus bas, pourraient peser le pouvoir d’achat des ouvriers, mais aussi, à l’inverse, favoriser une montée en qualification favorable à une classe moyenne aisée qui font émerger de nouveaux modèles de consommation plutôt favorables aux exportations des pays développés dans l’industrie et dans les services. 
 
 

En quoi la description faite par l'auteur, appuyée des travaux de l'économiste du MIT David Autor qui a pu déclarer "le choc chinois sur la production manufacturière à grande échelle et ses effets sur le chômage de masse est largement derrière nous" est elle réaliste ? Dès lors, en quoi les propositions faites par Donald Trump pourraient avoir des effets inverses à ceux recherchés ? 

 
Le précédent cycle de mondialisation commerciale était fondé sur trois piliers : la spécialisation des pays émergents dans des industries traditionnelles (dont l’acier), la délocalisation de tâches intensives en travail peu qualifié dans les anciennes industries de consommation (textile, jouet, électronique grand public, …) et l’offshoring dans les industries nouvelles (ordinateurs portables, tablettes,…). Dans les deux premiers cas, l’effet est direct : perte d’emploi et pression à la baisse des salaires dans les anciens pays industriels. Dans le troisième, il est indirect : il n’y a pas d’emplois perdus puisqu’ils n’existaient pas avant, mais un manque à gagner d’emplois. Cette dynamique est épuisée ce qui n’annonce pas un retour en arrière, un renouveau de l’industrie textile bas de gamme ou l’assemblage de composants électroniques même si la robotisation pourrait aller dans ce sens. Ce que Autor dit est que la spécialisation ne peut-être infinie : les effets de la concurrence chinoise sur les activités de main d’œuvre cessent lorsque l’activité a complètement disparu ce qui est plus ou moins le cas dans les secteurs les plus touchés. Le risque serait plutôt maintenant de voir les pays émergents concurrencer les anciens pays industriels sur d’autres secteurs d’activité, plus exigeants en main d’œuvre qualifiée et en contenus technologique. 
 
Les propositions de Trump, si elles étaient mises en œuvre, auraient des effets inverses à ceux attendus pour plusieurs raisons. La première est qu’effectivement, en se polarisant sur des secteurs déclinants et peu compétitifs, on ne se prépare pas à affronter la concurrence chinoises dans les industries et activités nouvelles. La seconde est que si le protectionnisme retarde le déclin d’industries vieillissantes, il diminue le pouvoir d’achat et donc la demande des consommateurs, mais aussi et surtout, élève le prix des biens intermédiaires utilisés par d’autres industrie qui deviennent alors moins compétitives et perdent des emplois. Les Etats-Unis ont ainsi imposé des droits antidumping sur les importations de lave-linge pour protéger l’emploi dans cette industrie, mais pénalise la même industrie en augmentant les taxes sur l’acier qu’elle utilise. Enfin, cette frénésie protectionniste s’exprime pendant une phase de croissance et de quasi-plein emploi. C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’on assiste à un tel contre-emploi ! La vague protectionniste qu’on attendait après la crise de 2008 et qui n’est pas venue, survient en pleine croissance mondiale, quand on ne l’attendait plus, alors que les firmes américaines doivent augmenter les salaires pour trouver les travailleurs qui manquent pour répondre à la demande ! 
 
 

Si les personnes les moins éduquées dans les pays occidentaux sont celles qui ont subi de plein fouet les effets de ce premier stade la mondialisation, en quoi ces catégories pourraient elles profiter de cette 2e vague ? L'éducation n'est elle pas une condition nécessaire à l'intégration dans une telle économie ? Que reste-t-il à faire pour permettre l'inclusion de ces personnes dans nos économies ? 

 
Que la mondialisation des années 1990-2000 soit en crise, il n’y a pas vraiment de doute.  Mais qu’on ne se berce pas d’illusions : les Français ne vont pas retourner dans les mines ou retrouver les millions d’emplois perdus dans le textile. Le protectionnisme peut repousser les échéances, mais l’expérience montre qu’il a rarement permis aux industries menacées de s’adapter. Le protectionnisme dont ont bénéficié l’automobile ou le textile dans les années 1980-90 n’a pas empêché la destruction de millions d’emplois. Les doutes sur l’avenir de la mondialisation n’impliquent pas qu’une hypothétique « nouvelle » mondialisation émerge et que les perdants d’hier soient les gagnants de demain.
 
La circulation de l’information et l’expansion de la connectivité avaient déjà favorisé la délocalisation, l’offshoring et l’éclatement des processus de production. Mais elle n’avait pas porté la dynamique. Pourra-t-il en être autrement dans le futur ? Cela reste à démontrer : les régulations sont inexistantes ou systématiquement prises à défaut, la protection des données n’est pas garantie comme le montre le scandale Cambridge Analytica, le business model n’est pas toujours assuré, le piratage reste une menace, la spéculation sur les titres fragilise les marchés financiers. Et au-delà des emplois qui seraient directement créés, on ignore encore les implications sur le reste de l’économie.   
 
Dans la mesure où les emplois plus ou moins justement considérés comme peu qualifiés et exposés soit à la concurrence internationale, soit tout simplement, au déclin du secteur ou à ses mutations technologiques, la contribution du système éducatif est évidemment indispensable. Encore faut-il avoir une visibilité suffisante sur les emplois de demain. Or personne aujourd’hui n’est capable de prévoir ce qu’ils seront. Au mieux peut-on prôner un système éducatif qui privilégie l’adaptabilité et une formation professionnelle qui accompagne les adaptations. Rappelons aussi qu’heureusement, tous les emplois ne sont pas susceptibles d’être menacés par une nouvelle mondialisation. Si l’industrie qui a été  la plus exposée ne représente qu’une part relativement faible des emplois il est possible que de nouvelles formes de mondialisation menacent davantage certains services. 
 
D’autres problèmes risquent de contraindre les évolutions : la disponibilité des ressources et les effets environnementaux. La modification des habitudes de consommation alimentaires où le développement des outils numériques (cloud, big data,…) sont très consommateurs de matière première et d’énergie. L’ancien modèle de croissance des émergents a buté aussi sur une pollution devenue insupportable et il n’est pas certain que la nouvelle économie mondialisée n’impose pas de nouvelles limites et ne donne pas un nouveau contenu à la mondialisation. La Chine semble l’avoir compris en prenant une spectaculaire avance dans certains secteurs « environnementaux ».
 
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Commentaires (2)
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winnie
- 28/03/2018 - 11:58
Depuis combien de temps?
Les gens de bon sens ont ouvert les yeux et declamer la situation de la desindustrialisation, sans etre ecouter et sutout denigres? ?
tubixray
- 28/03/2018 - 08:56
Merci l'Europe
Ce qui était une zone de libre échange qui avait vocation à faciliter les échanges commerciaux internes s'est transformée en cheval de Troie de la mondialisation ......Seuls les états de l'ancien bloc soviétique en ont tiré un modeste profit mais nous nous sommes faits roulé dans la farine par les dictateurs bureaucratiques de Bruxelles ...